PARTIE II, CHAPITRE XXI
nion, d'une manière à ne laisser aucun doute aux gens raisonnables. En effet M. de la Roque entreprend ce livre, il m'attaque de tous côtés, comme nous avons vu; dans l'embarras où il est, il se dédit de beaucoup de choses qu'il avoit très-bien établies dans son Histoire de l'Eucharistie ; maïs il persiste dans celle-ci, et demeure d'accord avec moi ? que «les anathémes de ces conciles ne s’adressoient que contre des impies, des profanes et des hérétiques, tels que pouvoient être les priscillianistes, en un mot eontre ceux qui, aprés avoir recu l'Eucharistie, la jetoient par infidélité , selon l'explication de l’onzième concile de Tolède ?. » Bien plus, il oppose un nouveau passage, un capitulaire de Charlemagne, qui veut « qu'on chasse comme des sacriléges tous ceux qui recoivent l'Eucharistie et qui ne la mangent pas; » et il répond «que ce capitulaire n'étant qu'une répétition du xrv* canon du concile de Toléde, il ne croit pas que cela regarde l'abolition de la coutume dont il s'agit *, » c'est-à-dire de la réserve de l'Eucharistie et de la communion domestique.
Ainsi il doit maintenant passer pour constant que durant mille ans que cette coutume a duré dans l'Eglise, loin que jamais on l'ait blâmée , elle n'a jamais été tenue pour suspecte. Si elle a été abolie dans d'autres temps, c'a été, comme on a changé beaucoup d'autres choses bonnes en elles-mémes, à cause que l'on commençoit à en abuser, et sans jamais cesser de respecter la pratique des siècles précédens. On nous objecte* le Père Pétau, qui ne craint point de dire « qu'emporter l'Eucharistie chez soi et la garder seroit une action punissable et tenue pour une profanation du sacrement *. » Il ne falloit pas oublier ici un mot essentiel. C'est que ce savant auteur ne dit pas absolument qu'une réserve approuvée durant tant de siécles soit une action punissable; mais il dit qu'elle est aujourd'hui une action punissable, et le reste ; et loin qu'on puisse conclure de son discours qu'elle fût blámable par elle-méme, son dessein est de prouver, ce qui est certain, que l'Eglise n'a pas dessein de rétablir toutes les coutumes bonnes et
1 Traité de la Commun., 1 part. n. 4, p. 280. — ? La Roq., Rép., p. A11. —3 Conc. Tolet. XI, can. 11. — * La Roq., p. 177, 178. — 5 La Roq., p. 177. — 8 Pét., de la Pénitence publ., liv. I, chap. vir, n. 3, p. 95.
louables par elles-mémes, parce que devenues mauvaises par les circonstances, elles ont perdu l'avantage qu'elles avoient dans leur origine ; et il pousse la chose si avant, qu'il range cette coutume parmi celles « qui marquent une grande sainteté et une vertu de tout point accomplie, à laquelle elles étoient attachées dans la primitive Eglise; » c'est-à-dire une si profonde et si süre vénération des fidéles pour les mystéres, qu'on n'en craignoit aucune sorte de profanation entre leurs mains. Que si aujourd'hui on pense autrement, ce n'est pas, comme le dit M. de la Roque, que la nature des choses soit changée; mais c'est qu'aprés tant d'abus qu'on a vus du sacrement, on ne pourroit plus en attribuer la réserve qu'à de trés-mauvais desseins. Voilà ce que dit le Père Pétau; et c'est trop visiblement tromper le monde que de le produire comme un auteur qui juge blámable la coutume des premiers siècles. On ne se donne pas de ces sortes de libertés parmi nous. C'est un privilége dont nous croyons que nos adversaires eux-mémes ont de la honte ; et malgré tout ce que leurs préjugés les obligent à écrire, ils ne peuvent pas s'empécher d'étre peinés en secret d'avoir à défendre une cause qu'ils ne peuvent soutenir, sans condamner tout ce que le christianisme a eu de plus pur.
Que si à la fin on en rougit, et qu'on soit contraint d'avouer que ce qui est approuvé dans toute l'Eglise dés l'origine du christianisme ne peut être que très-bon, qu'on me réponde à cet argu-
. ment. Il n'est point parlé de la réserve de l'Eucharistie , ni de la communion domestique, dans l'Evangile ni dans toute l'Ecriture ; au contraire, à ne regarder que les termes, Jésus-Christ a dit seulement à ceux qui étoient présens : Prenez et mangez, et ils l'ont fait; et néanmoins sans qu'il y paroisse autre chose, toute l'Eglise a pratiqué la réserve dela communion domestique : done elle l'a prise autre part que dans l'Evangile : donc elle a eru que la tradition étoit la seule interprète de l'Evangile méme.
Poussons encore plus avant. Ces paroles de Jésus-Christ : Prenez et mangez, et : Buvez-en tous, n'expriment pas plus la communion sous les deux espèces, qu'elles expriment la consomption actuelle de l'Eucharistie dans le temps que Jésus-Christ l'a con-