PARTIE II, CHAPITRE XXI
l'Eucharistie ‘. » Ainsi sans se mettre en peine des martyrs, il se contente de décider malgré toute l'antiquité, que leur coutume n'étoit pas conforme à l'institution de Jésus-Christ. Tout ce qu'il fait pour leur défense, c'est de répondre que cette coutume étoit, à la vérité, un abus, mais non pas une profanation. Qu'est-ce done que profaner les mystères, sinon prendre pour l'Eucharistie ei pour sacré ce qui ne l'est pas, et changer la sainte Cène de Notre-Seigneur, mystère terrible et vénérable, contre sa propre institution, en une pratique irréguliére et superstitieuse? Voilà comment ces Messieurs défendent les saints martyrs : voilà comment ils sont jaloux de l'honneur du christianisme.
C'est une chose étrange et abominable qu'on ait pu accoutumer les chrétiens à entendre dire que l'erreur avoit gagné dans toute l'Eglise, dès les siècles les plus purs, et à écouter sans frémir un si grand opprobre de la religion chrétienne. Mais nos réformés ne s'en étonnent pas. Tous les jours nous leur entendons dire de sang-froid que «le mystère d'iniquité commencoit déjà à se mettre en train dés le temps de saint Paul. » Mais quand ils auroient prouvé, ce qu'ils ne feront jamais, que ce mystère d'iniquité étoit les erreurs concues dans le sein de l'Eglise, pourroit-on penser sans horreur que dés le temps de saint Paul elles y fussent approuvées? On est donc forcé d'avouer que ce mystère d'iniquité, dont parle saint Paul?, n'emporte pas avec lui l'approbation de l'Eglise. Que si pour l'honneur de l'apostolat et de la religion chrétienne, on est obligé d'avouer que les erreurs pouvoient bien naitre dans l'Eglise, mais qu'elles y étoient rejetées du temps des apótres, ne tremble-t-on pas quand on ose dire qu'elles y ont été établies sans aucune contradiction incontinent aprés leur mort? Car ici il ne s'agit pas de quelques abus particuliers que l'Eglise réprouvát : il s'agit d'une coutume universelle, pratiquée par les plus saints du peuple et autorisée par les pasteurs, par un Tertullien lorsqu'il étoit le plus respecté dans l'Eglise, par un saint Cyprien, par un saint Basile, en un mot par tous les Pères. Si le mystère d'iniquité avoit déjà entraîné les plus grands hommes de l'Eglise, que doit-on penser du reste? Et si « la
! Anonyme, p. 112. — ? II Thess., 11, 1.
518 LA TRADITION DÉFENDUE SUR LA COMMUNION, ETC. lumière , qui étoit en nous, n'étoit que ténèbres, que sera-ce des ténèbres mêmes ' ? »
Mais, dira-t-on , il n'est pas vrai que cette coutume ait été approuvée. Le docteur allemand ,'dont nous venons de parler, objecte que saint Jéróme, en parlant de cette coutume, a dit « quil ne la blàmoit ni ne l'approuvoit?. » Lisons les paroles qu'il produit : « Je sais, dit saint Jéróme, que c'est la coutume à Rome de communier tous les jours, ce que ni je ne blàme, ni je n'approuve ?. » Sans doute de communier tous les jours; car cela dépend des dispositions, et c'est chose qu'on ne peut ni blàmer ni approuver en général. Mais pour ce qui est de porter la communion dans sa maison, saint Jéróme l'approuve si expressément, qu’il demande le méme respect pour la communion de la maison que pour celle de l'église, et que méme il fait cette demande à ceux qui y mettoient de la différence : « N'est-ce pas le méme Jésus-Christ qu'on recoit dans la maison et dans l'église? » Nous en avons vu autant dans saint Dasile, dans saint Cyrille, et en un mot dans tous les Péres; et on y trouve une approbation universelle de cette coutume, loin qu'on puisse trouver le moindre endroit où elle soit blämée le moins du monde.
On allégue deux conciles d'Espagne, celui de Sarragosse et le premier de Tolède, où ceux qui « n'avalent pas l'Eucharistie reçue des mains de l'évéque, sont chassés comme sacriléges et frappés d'anathéme *. » Tous les docteurs allemands ne manquent pas de nous opposer ces deux canons, aprés Calixte; mais grace à la miséricorde divine, on ne pousse pas toujours la contradiction jusqu'à l'extrémité. Mes adversaires abandonnent cette preuve. Celui de tous les ministres qui a le mieux examiné cette matière, en un mot, M. de la Roque avoue et prouve invinciblement dans son Histoire de l'Eucharistie *, que ces canons de Sarragosse et de Tolède n'ont pas été faits pour condamner la coutume d'emporter l' Eucharistie et de la garder. Je me suis servi de son aveu, et j'ai établi cette méme vérité en trois pages du Traité de la Commu-
! Matth., vt, 23. — ? Act. vei amot., part. IL, cap. IX, n. 8, p. 170. — ? Hier., ep. xxx; Apol., pro lib. adv. Jovin., tom. IV. — * Conc. Cas. August., can. 3; Tolet. 1, cap. xiv. — 5 Hist. de lEuchar., | parl., cap. xiv, p. 174,