‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 294 sur 403 · PARTIE II, CHAPITRE XXT · texte numérisé non relu

PARTIE II, CHAPITRE XXT

nouvelle Réforme. On impute à l'Eglise orientale et occidentale, c'est-à-dire à l'Eglise universelle, un sentiment qu'elle n'eut jamais , comme on le verra en son lieu : lorsqu'on n'a aucune preuve d'une ehose de fait qu'on avance, on se contente de dire que les fidèles n’y manquoient pas selon toutes les apparences ; et cela enfin pour établir une chose du moins aussi difficile que celle qu’on veut éviter, c’est-à-dire la consécration par le mélange, pour éviter la communion sous une espèce.

Oui, mes Frères, je vous le répète encore, la consécration par le mélange a deux inconvéniens, plus grands et plus invincibles que la communion sous une espèce : le premier, est de consacrer et de faire un sacrement sans paroles, qui est la chose du monde la plus inouïe; le second , de prendre ensemble le corps et le sang que Notre-Seigneur a donnés séparément en mémoire de sa mort violente, et de son sang séparé du corps par tant de plaies.

En effet si nos adversaires parlent franchement, ils avoueront que la consécration par le seul mélange, et la communion des deux espèces unies, ne leur paroissent pas moins nulles, ni moins opposées à l'Evangile, que la communior sous une espéce. Ils s’en expliquent assez pour peu qu'on les presse. Le docteur allemand, dont on a parlé, décide que selon les sentimens de ceux de la Confession d' Augsbourg , la communion par le mélange est directement contre l'Evangile : les calvinistes sont de méme avis; et enfin tous les protestans ont le malheur de ne pouvoir éviter la communion sous une espéce, sans mettre des choses autant ou plus difficiles de leur aveu propre.

Pour ce qui est de l'Eglise catholique, elle se suit parfaitement elle-méme. Elle n'approuve en aucune sorte la consécration sans parole, par le seul mélange parce qu'elle la trouve également contraire à l'Eeriture et à la tradition : elle approuve la communion sans réserve et avec réserve, sous une ou sous deux espèces, mélées ou prises séparément, parce que trouvant toutes ces manières de communions dans la tradition de tous les siècles, soit qu'elles soient écrites ou non écrites , elle ne peut croire qu'elles viennent d'une autre source que de Jésus-Christ.

Rt pour pousser la chose encore plus loin, la communion qu'on

faisoit dès les premiers temps en particulier dans la maison, lui persuade que les messes, où le prêtre seul communie, ne laissent pas d'étre bonnes, n'y ayant pas plus d'inconvénient d'admettre la communion des fidéles sans l'oblation précédente, que d'admettre l'oblation sans que le peuple communie, puisqu'apres tout il ne tient qu'au peuple de communier : que le concile de Trente les y invite, et que Jésus-Christ méme les convie à son banquet ; semblable à un pére de famille dont la table est toujours préte et toujours dressée, encore que ses enfans n'y mangent pas toujours. Mais reprenons le fil de notre discours , et écoutons ce que nous objectent nos adversaires sur la réserve de l'Eucharistie.

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