EXPOSITION, N. II
Je ne puis ici m'empêcher de retracer, en aussi peu de paroles qu'il sera possible, le sujet de notre dispute. Dans la préface de l'Histoire des Variations j'avois posé ce principe comme le fondement de tout l'ouvrage : « Que toute variation dans l'exposition de la foi est une marque de fausseté dans la doctrine exposée ; que les hérétiques ont toujours varié dans leurs symboles, dans leurs règles, dans leurs Confessions de foi, en ne cessant d'en dresser de nouvelles; pendant que l'Eglise catholique donnoit toujours dans chaque dispute sur la foi une si pleine déclaration de la vérité t, » qu'il n’y falloit après cela jamais retoucher; d'ou suivoit cette différence entre la vérité catholique et l'hérésie, « que la vérité catholique venue de Dieu a d'abord sa perfection, et l'hérésie au contraire comme une foible production de l'esprit humain, ne se peut faire que par piéces mal assorties ? » et par de continuelles innovations.
Par ces principes, l'Aistoire des Variations n'étoit plus une simple histoire ou un simple récit de faits; mais elle se tournoit en preuve contre la Réforme , puisqu'elle la convainquoit d'avoir varié, « non pas seulement en particulier, mais en corps d'église, dans les livres qu'elle appeloit symboliques, c'est-à-dire dans ceux qu'elle a faits pour exprimer le consentement de ses prétendues églises; en un mot dans ses propres Confessions de foi ?, » dans les décisions de ses synodes et enfin dans ses actes les plus authentiques *.
Les ministres ne pouvoient donc s’élever assez contre des principes si ruineux. à la Réforme; et le ministre Jurieu qui s’est mis en possession de défendre seul la cause commune, après avoir fait longtemps le dédaigneux selon sa coutume, et sur le livre des Variations et sur les Avertissemens qui le soutenoient comme sur des livres qui ne méritoient ni réponse ni même d’être lus, est enfin bénignement demeuré d'accord daas son Tableau, « qu'il étoit ici tout à fait de l'intérêt de la vérité de faire voir des variations considérables dans l'exposition de la doctrine des anciens, afin de ruiner ce faux principe de M. de Meaux, que la véritable
1 Préf. de l'Hist. des Var., n. 2, 3 et suiv. — ? Ibid,, n. 1. — 3 Ibid., n. 8. — ^ ]bid., n. 19 et suiv. — 5 Tab. lett: Vr, p. 297.
Etat de cette dispute remis devant les yeux du lecteur.
Division de ee discours en trois questions.
religion ne peut jamais varier dans l'exposition de sa foi. » Enfin donc il confessera qu'il étoit important de répondre, et que c'étoit par foiblesse qu'il faisoit auparavant le dédaigneux.
On pourroit ici lui demander à qui donc il importoit tant de détruire ce faux principe. Est-ce à une église qui prétend ne varier pas? Point du tout. Qu'on écrive tant qu'on voudra que la foi ne souffre point de variation, nous ne nous en offenserons jamais, parce que nous ne prétendons point avoir varié ni varier àlavenir dans la doctrine : au contraire nous applaudirons à cette maxime, et l'Eglise déclarera que sa règle est de croire ce qui a toujours été cru. Par une raison contraire, si la Réforme ne peut souffrir qu'on lui propose la méme règle et qu'on lui demande une doctrine stable et invariable, c'est qu'elle a varié et ne veut pas se priver de la liberté de varier encore quand elle voudra: elle ne peut donc pas trouver mauvais qu'on ait fait l'Histoire des Variations, et cet ouvrage n'est plus si méprisable que le ministre disoit.
En effet, si on ne lui avoit montré aucune variation dans la foi de son église, ou si celles qu'on lui a montrées étoient seulement dans les paroles ou en tout cas peu essentielles, il n'avoit qu'à convenir du principe sans troubler les siècles passés et sans y ébranler jusqu'aux fondemens. Mais dés qu'il a oui parler de variations, il a cru tout perdu pour la Réforme. Il a appelé. tous les Pères à garants, sans épargner ceux des trois premiers siècles, encore qu'il les préférât à tous les autres sur la pureté de la doctrine; et il a cherché de tous cótés dans ces saints hommes qui ont fondé le christianisme après les apôtres, ou des défenseurs ou des complices.
Et remarquez, mes chers Frères, car ceci est t ut à fait nécessaire pour établir l'état de notre question; remarquez, dis-je, quil ne s'agit pas d'accuser d'erreur quelques Pères en particulier, puisque mon principe qu'on vouloit combattre étoit que l'Eglise ne varie jamais. Il falloit donc pour le réfuter montrer des erreurs non dans les particuliers, mais dans le corps; et c'est pourquoi le ministre dès ses Lettres de 1689, marquoit les erreurs des Péres comme étant non d'un ni de deux , mais de fous : ce qui