EXPOSITION, N. 1I
l'oblige à parler toujours de leur théologie comme étant celle de « l'Eglise et de leur siècle *. » Et pour ne laisser aucun doute de son sentiment il vient encore d'écrire, ce qu'il ne faut pas oublier et ce qu'on ne peut assez remarquer pour entendre notre dispute, que l'erreur qu'il attribue aux trois premiers siècles « estoit la théologie de tous les anciens avant le concile de Nicée sans en excepter aucun ? : » sans quoi en effet il ne feroit rien contre ma proposition, et il ne prouveroit pas les variations de l'Eglise, comme il l'avoit entrepris.
Au surplus, il fait paroitre tant de joie d'avoir trouvé « cette grande et notable variation dans la doctrine des Péres du deuxiéme, du troisiéme et mesme du quatriéme siécle *, » qu'il ne croit plus dorénavant avoir rien à craindre du coup que je lui portois; et il s’en vante en ces termes : « Cet argument est un coup de foudre qui réduit à néant l'argument tiré contre nous de nos variations : c'est un argument si puissant, qu'il vaut tout seul tout ce qu'on peut dire pour anéantir ce grand principe de M. de Meaux, que la véritable Eglise ne scauroit jamais varier dans l'exposition de sa foy. »
Pendant qu'il me foudroie de cette sorte, et que cherchant des variations dans les points les plus essentiels, il a poussé l'erreur des anciens jusqu'à leur faire nier l'égalité des trois Personnes divines, pour ne point encore parler des autres impiétés aussi capitales, on a vu dans son parti méme les inconvéniens de sa doctrine. On a vu qu'il faisoit errer les trois premiers siècles sur les fondemens de la foi contre ses propres maximes qui en rendoient la croyance invariable dans tous les siècles : et ce qui est plus fâcheux pour lui, on a vu qu'il ne pouvoit plus refuser la tolérance aux sociniens ni les exclure du salut, puisqu'il étoit forcé d'avouer en termes exprès que ces étranges variations qu'il attribuoit aux anciens n'étoient pas essentielles et « fondamentales *. » Les non tolérans se sont élevés contre lui d'une terrible manière. On a senti ses excès jusque dans son parti. On sait ce qu'a écrit M. de Beauval en abrégeant mes Avertissemens dans
1 [[I6 Ans, lett. vr, p. ££, 43, eto. — ? Tub., lett. vt, p. 251. — ? [bid., p. 280. — * |lfe Ann., lelt. vr, p. 44.
son Histoire des ouvrages des Savans *. On a vu ses vigoureuses réponses contre les durs avis de M. Jurieu; et s’il se tait à présent pour n'avoir plus à combattre contre un homme qui ne se défend « qu'à coups de caillou, » c'est en lui remettant eneore devant les yeux toutes ses erreurs ?. On sait aussi qu'un ministre en a représenté la liste à tout un synode, et qu'il n'a rien moins reproché à M. Jurieu « que l'arianisme tout pur » dans cette inégalité des trois Personnes ?. Mais pour montrer qu'il ne cède pas, M. Jurieu ajoute encore aujourd'hui dans la sixième Lettre de son Tableau que lerreur des Pères, quoiqu'elle emporte en termes formels cette détestable « inégalité, ne ruine pas le fondement; » et non-seulement « n'est condamnée par aucun concile, » pas méme « par celui de Nicée, » mais encore « qu'elle ne peut être réfutée par l'Ecriture, et qu'on ne peut en faire une hérésie *. »
On peut maintenant apercevoir pourquoi il prenoit tant son air de mépris, et déclaroit si hautement quil ne daigneroit me répondre *. Malgré ses fiertés affectées, il sentoit bien l'embarras où il s'étoit mis, et que pris dans ses propres lacets plus il feroit d'efforts pour se dégager, plus il redoubleroit les nœuds qui le serrent. Il n'entre donc que forcé dans cette dispute; et il est comme obligé de l'avouer, lorsqu'il dit dans son avis à M. de Beauval : « A cet endroit, » lorsqu'on en sera aux avantages que les sociniens et les tolérans tirent continuellement de ce qu'il a opposé à mes Variations, «iln'y aura pas moyen d'éviter M. de Meaux. » Vous l'entendez, mes chers Frères; la rencontre de cet ennemi « qu'il n'y a plus moyen d'éviter, » lui paroit importune. Ce n'est pas moi qu'il redoute; c'est la vérité qui le presse par ma bouche : c'est qu'il falloit se dédiré, comme on verra qu'il a fait, de ce qu'il avoit assuré en 1689, et bâtir un nouveau systéme qui ne se soutiendroit pas mieux que le premier. Comme il ne peut plus reculer, et que malgré lui il faut commencer un combat où son désordre ne peut manquer d’être sensible, il ne
1 Hist. des ouvrag. des Savans , mai, 1690, art. 13, p. 396. — ? Jbid., juillet, 1690, art. 9, p. 501. — ? Rép. de M. de la Conseill., p. 6; Fact. de M. de la Conseill., p. 37. — ^ Tab., lett. v1, art. 3, p. 268, 271, 213. — 5 Jur., Lett. sur M. Papin, p. 16. — 9 P. 4.