‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 311 sur 403 · PARTIE II, CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

PARTIE II, CHAPITRE XXVII

pour la vie éternelle; » à cause, conclut ce Pére, encore qu'il n'en soit rien dit dans son manuscrit, qu'on leur donnoit les deux espèces mélées dans une cuiller. ;

Quand la conjecture de ce Pére seroit véritable (et nous allons voir par son propre manuscrit qu'elle ne l'est pas), on n'en pourroit rien conclure, si ce n'est que vers la fin du dixième siècle on communioit les malades sous les deux espèces, dans les cas tant de fois marqués : qu'on les communiát sous les deux espèces, en tout cas et à toute heure, le contraire est démontré surtout dans ce siècle même, par des preuves si concluantes que je doute qu'on ose jamais les contester.

Les autres Sacramentaires , où l’on trouve les deux espèces données aux malades ‘, doivent pareillement être rapportés à la coutume qu'on observoit de dire la messe dans leur maison ou dans l’église pour eux, quand on en avoit le loisir, afin de les communier dans le sacrifice, ou incontinent après. Les messes pro Infirmo, qu'on trouve dans tous les Sacramentaires, étoient destinées à cet usage. On ajoutoit à la messe des prières propres pour les autres sacremens, c’est-à-dire pour la Pénitence et pour l'Extréme-Onction : on faisoit méme tout l'Office de l'Eglise chez le malade; et l’on voit distinctement qu'on y disoit matines, vépres et enfin tout le Service du matin et du soir, « avec des hymnes, des lecons, et des antiennes convenables ?. » On s'y prenoit de bonne heure pour administrer le malade, afin d'avoir tout le loisir de faire ces choses, et on les continuoit sept jours durant, et davantage s'il le falloit *. Qui doute qu'en administrant les malades de si bonne heure et avec tous ces soins, il ne füt aisé de prendre le temps de dire la messe, afin de leur donner le saint Viatique à la suite du sacrifice, à peu prés comme aux autres fidèles? Mais quand on étoit surpris à des heures éloignées du sacrifice, ou qu'on craignoit une mort trop prompte, on abrégeoit la cérémonie, ainsi qu'il est porté dans ces Rifuels. C'étoit le cas de donner lEucharistie réservée, dont il est tant parlé dans les canons et ailleurs, sous la seule espéce du pain; et c'est aussi ce

1 Mén., lib. Sacr., Greg., p. 253 ; aliàs', Sacr., p. 335, 342, 344, etc. — ? Mén., ibid., p. 253, 354. — 3 Ibid.

que nous voyons dans ce vénérable Sacramentaire de Reims, dont parle le Père Ménard :.

Il le transcrit tout entier dans ses notes sur le Sacramentaire de saint Grégoire, et il remarque lui-même deux formules abrégées dont on pouvoit se servir quand le temps pressoit ?. Il y a dans la premiere : « Qu'on fasse la réconciliation par l'oraison qui commence : Deus misericors, Ó Dieu miséricordieux ! et par celle qui commence, MajEsTATEM TUAM : Nous prions votre Majesté : qu'on récite le Symbole, comme ci-devant , et puis la communion du corps?.» Or il faut ici remarquer que dans tous lesautres endroits où tout se fait à loisir, et où il paroit par la suite qu'on a pu dire la messe, on voit toujours le corps et le sang, et que le dernier n'est jamais omis une seule fois. ll n'y a que ce seul endroit où il n'est parlé que du corps. Pourquoi? Si ce n'est à cause de l'empressement qui ne laissoit pas le temps de dire la messe, comme nous l'avons souvent dit; de sorte qu'on ne pouvoit donner alors autre chose que le corps réservé, et que selon la remarque du Père Ménard * on usoit de la formule abrégée.

Mais ce qu'il y a de plus remarquable, c'est que dans une seconde formule qui suit immédiatement, pour abréger, quand le malade est pressé, encore qu'il soit remarqué dans la précédente qu'on ne donnoit que le corps seul dans l'empressement, on ne laisse pas de dire en communiant le malade : « Que le corps et le sang de Jésus-Christ gardent votre ame pour la vie éternelle. »

C'est sur cela que le Pére Ménard a conjecturé que, dans cet état pressant, on donnoit «dans une cuiller, le corps trempé dans le sang, » à cause que le malade ne pouvoit « ni avaler le corps seul , ni prendre le sacré calice sans péril d'effusion. » Mais il n'est parlé dans son manuscrit ni de calice, ni de sang, ni d'effusion , ni de mélange, ni de cuiller. Ces cuillers n'étoient pas connues en Occident, au temps que ce Sacramentaire a été écrit, c'est-à-dire sur la fin du dixième siècle. Dien avant dans l’onzième et sous Léon IX , on voit dans la Conférence du cardinal Humbert avec Nicétas Pectoratus, que l'Occident ne les connoissoit pas encore ,

! Mén., ibid., p. 356. — ? P. 356-358. — 3 Not. 16, 17. — * Mén., ibid.,

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