PARTIE II, CHAPITRE XXVII
puisque ce cardinal en reproche l'usage , comme celui du mélange à l'Eglise grecque *. Pour ce qui est du mélange, la défense attribuée à Jules I et celle du concile iv de Brague tenu au septième siécle?, subsistoit encore, et n'avoit nulle exception en faveur des malades : au contraire elle étoit fondée sur des raisons générales, tirées de l'institution de Notre-Seigneur, qui avoit donné séparément les deux espèces. Et quand on voudroit supposer que le concile de Clermont avoit dérogé au concile de Brague en l'an 4095, le manuscrit du Père Ménard le devance de cent ans. Ainsi on n'y a dà imaginer ni de cuiller ni de mélange , comme en effet il n'en paroit rien ni dans cet endroit, ni dans tout le Sacramentaire, quoique tout le rit de la communion, méme des malades, y soit exprimé dans la dernière exactitude, Il y paroit seulement par la formule qui précéde celle que nous discutons ici, qu'à cause de l'empressement qui ne permettoit ni de dire la messe selon la coutume, ni d'apporter au malade autre chose que le corps qu'on réservoit seul, on ne donnoit aussi que la communion du corps; et que cependant on n'en usoit pas moins de la formule ordinaire, en exprimant le corps et le sang : tant on étoit persuadé de la liaison actuelle, ou plutôt de l'unité parfaite tant de la grace que de la substance de l'un et de l'autre.
C'est pour la méme raison que dans un ancien Rituel manuserit, qu'on croit être de six à sept cents ans, il est expressément marqué, « que l'on communie les enfans avec une feuille ou avec le doigt, en le trempant dans le sang de Notre-Seigneur, et qu'en le mettant dans leur bouche, le prétre leur dit: Le corps avec le sang de Notre-Seigneur vous garde pour la vie éternelle. »
Et pendant que nous en sommes sur ces anciens Sacramentaires, il y en a un qu'on appelle le Sacramentaire ou le Missel de Gélase. Ce grand pape gouvernoit l'Eglise au cinquième siècle, plus de cent ans avant saint Grégoire. Le savant Père Joseph- Marie Thomasi, clerc régulier, a tiré ce livre à Rome de la riche bibliothèque de la savante Christine reine de Suède. Il a été vu en ce pays-ci, puisqu'il vient de la fameuse bibliothèque de M. Pétau. Tous les savans lui donnent plus de neuf cents ans, et il n'y en a
1 Resp. Card, Humb., tom. XI Bar., p. 144. — ? Conc. Brac. LV, cap. Ile
point de plus vénérable par son antiquité et par les choses qu'il contient. Nous y avons une formule pour baptiser les catéchumènes mourans , qui nous peut aider à entendre la manière d'administrer les fidèles qui étoient dans le méme état. Là on eommence par l'exorcisme : on y confesse distinctement par trois fois qu'on croit au Père, qu'on croit au Fils et qu'on eroit au Saint- Esprit : à chaque fois on plonge l'enfant dans les eaux *, soit qu'il faille entendre par ce mot d'enfant , ou en effet un enfant dans le berceau, ou tout fidéle nouvellement régénéré, que l'Eglise appeloit enfant à cause de la nouveauté de sa renaissance. Je raconte ces cérémonies , afin qu'on remarque l'antiquité de ce précieux Rituel par celle du rit; mais ce qu'il y faut observer plus que tout le reste, ce sont ces mots de la rubrique : « Aprés ces choses, si l’on fait l’offrande, il faut dire la messe et il communie ; sinon, vous lui donnerez seulement le sacrement du corps et du sang de Notre-Seigneur, en disant : Le corps de Jésus-Christ vous soit donné pour la vie éternelle?. » La formule fait voir qu'on ne disoit pas la messe, et aussi qu'on ne donnoit que le corps, et néanmoins la rubrique parle du corps et du sang : ce qui confirme de nouveau ce que j'ai dit plusieurs fois dans le Traité de la Communion et dans celui-ci, qu'à cause dela naturelle union de vertu et de substance des deux symboles, on donnoit souvent à un seul le nom de tous les deux.
Avant que de passer outre, je ne puis m'empécher de témoigner la joie secréte que je ressentois, en racontant ces saintes pratiques de nos pères, ce zèle de l'Eglise, cette patience et cette piété de ses enfans jusqu'à l'agonie. Si l'on pratiquoit à présent auprès d'un malade une petite partie des observances que nous avons vues, on s'écrieroit qu'on l'étourdit et qu'on lui avance ses jours. Mais alors on n'avoit pas ces foibles égards. L'Eglise par .Ses prières et par le pieux travail qu'elle ressentoit pour les mourans, inculquoit et à eux et aux spectateurs l'importance de ce terrible passage , et le soin qu'on devoit avoir de s'y préparer. Ceux qui s'épargnoient si peu dans la prière et dans l’assiduité
1 Lib. | Sacr. Eccl. Rom., cap. Lxxv, p. 107. — ? Posteà si fuerit oblata, agende sunt Missæ et communicat.