CHAPITRE XXVIII
Examen d'un canon d'un concile de Tours.
Il nous reste à examiner ce canon tant vanté par nos adversaires ! : « Il me semble, dit l'Anonyme en le rapportant, que je vois tomber un carreau de foudre sur Rome?. » Mais pour nous, sans perdre le temps en de si vaines menaces, prions seulement le lecteur de se défaire de ses préjugés, et de regarder avec attention sur qui tombera cette foudre.
Le canon dont il s'agit est d'un concile de Tours, qui ne se trouve pas chez les compilateurs, dont on n'a rien, que je sache , que ce seul chapitre. M. de la Roque souhaite que nous le rapportions, comme il se trouve dans la Collection de Réginon , auteur du dixième siècle ; et le voici, pour le satisfaire, tel qu'il est : « Que chaque prétre ait une boite et un vaisseau digne d'un si grand sacrement, où il mette avec soin le corps de Notre-Seigneur pour le Viatique des mourans ; et cette oblation sacrée doit être trempée dans le sang de Jésus-Christ, afin que le prêtre puisse dire véritablement au malade : Que le corps et le sang de Jésus-Christ vous profitent ; qu'il soit toujours sur l'autel , et qu'on
4 La Roq., Rép., p. 84, 85. — ? Anonyme, p. 178, 179.
y prenne garde à cause des souris et des hommes méchans , et qu'on le change de trois jours en trois jours; c'est-à-dire que l'oblation soit consumée par le prétre, et qu'une autre consacrée le méme jour soit mise à sa place; de peur, ce qu'à Dieu ne plaise, qu'elle ne se moisisse, si elle étoit gardée plus longtemps !. » Ce canon peut avoir été fait vers la fin du onzième siècle. Il est unique dans sa disposition ; et l'on ne trouve rien de semblable dans aucun canon, ni des temps qui précèdent, ni des temps qui suivent. On n'en voit non plus aucune exécution ; et il est rapporté de même chez les collecteurs, puisqu'il se trouve dans la collection de Burehard, et dans le Décret d'Ives de Chartres?, aveecette seule différence que le renouvellement est ordonné chez les deux derniers tous les huit jours, et tous les trois jours seulement chez Réginon.
A la lecture de ce canon, nos Frères ( j'en suis assuré ) s'arréteront plutôt aux altérations qu'on appréhende dans Y Eucharistie qu'à la question dont il s'agit. Ames infirmes , pour ne pas dire charnelles et grossières, qui ne peuvent comprendre d'un côté, que ces altérations font partie de la hauteur du mystére que Dieu veut cacher à nos sens, et de l'autre que Jésus-Christ supérieur à ces changemens par sa propre majesté, n'y est blessé par aucun endroit; de sorte que les précautions que l'on prend pour les empécher, sont une marque de nos respects pour ce sacrement , et non l'effet d'une appréhension qu'on ait pour la Personne du Fils de Dieu. Laissant donc ces terreurs paniques, qui embarrassent la plupart de nos adversaires et sont un si grand obstacle à la connoissance de la vérité, venons à ce qui regarde la réserve, puisqu'aussi bien c'est uniquement de quoi il s'agit , et commencons par expliquer ce que c'est que ce canon veut établir, parce que M. de la Roque aussi incommodé de cette ordonnance qu'il veut que nous le soyons, l'a étrangement obscurcie.
Le dessein du canon est que le prétre en réservant le corps pour les malades, le trempe dans le sang, et qu'il réserve en cette sorte les deux espèces mêlées. Quoique les paroles du canon y soient expresses, M. dela Roque n'en veut pas demeurer d'aecord,
* Lib. 1 de Eccl. Disc., cap. Lxx. — ? Decr., l1 part., cap. XIX,