‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 315 sur 403 · PARTIE II, CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

PARTIE II, CHAPITRE XXVIII

à cause qu'il voit par là ses prétentions détruites en trop de manières, comme on le va démontrer. Il veut donc, non pas qu'on mélàt les espèces dès le temps de la réserve, mais qu'on les gardât toutes deux à part et qu’on les mêlât dans le moment même de la communion *.

- Mais si ce canon vouloit établir ce que prétend M. de la Roque, on y auroit dit : Quele prétre ait un vaisseau digne d'un tel sacrement , où il garde le corps et le sang de Notre-Seigneur, et qu'il trempe le corps dans le sang en communiant le malade, In communione intinguatur. Or on y dit au contraire : « Que le prêtre ait un vaisseau oü il mette soigneusement, » non pas le corps et le sang, mais « le corps seul; » et l'on n'y dit pas qu'on doive tremper l'oblation réservée au temps de la communion , intinguatur ; mais qu'elle doit l'avoir été, intincta esse debet, dès le temps de la réserve. Si donc on parle de garder le sang, ce n'est pas à part, comme le veut M. de la Roque; mais c'est que la sainte oblation, c'est-à-dire le sacré corps devoit être trempé, ou plutôt, devoit avoir été trempé dans le sang, et conservé en cette sorte ; et le concile ordonnoit que ce fût en cette sorte qu'on la conservât.

Déslorsdoncil paroit premiérement, qu'on n'avoit pasaccoutumé de conserver à part l'espéce liquide, puisqu'ici, où on la conserve, c’est dans la partie plus solide : ce qui loin de nous accabler

selon les menaces de l'Anonyme, confirme tout ce que nous avons dit de la réserve, et détruit les prétentions de nos adversaires.

Secondement, il est vrai que le corps qu'on réservoit devoit par ce canon être trempé dans le sang; mais c'en est assez pour montrer que le malade ne recevoit en effet aucune liqueur, puisque soit qu'on la renouvelât tous les huit jours selon Burchard et Ives de Chartres, ou tous les trois jours selon Réginon, il y avoit assez de temps pour la dessécher.

Troisièmement , il s'ensuit que cette communion étoit bien éluignée de celle que nos adversaires prétendent expressément commandée par Notre-Seigneur, puisque non-seulement on n'y prend pas le corps et le sang séparément, comme Jésus-Christ le

1 La Roq., p. 89, 113.

fit faire, mais qu'en effet on n'y boit pas, ce que nos adversaires pressent tant et qu'au fond on n'y recoit aucune liqueur.

De là suit, en quatrième lieu, une pleine confirmation du fondement principal de notre doctrine, qui est que la manière de communier ne dépend pas si précisément de ce qu'on voit dans l'institution de l'Eucharistie , qu'il ne faille y joindre nécessairement l'interprétation de l'Eglise, ainsi qu'il a été dit tant de fois.

Cinquiémement, il paroit que ce canon ne regarde pas l'usage d'une seule espèce, mais la formule dont on usoit en la donnant, puisque, comme nous venons de le voir dans le Sacramentaire du Père Ménard, en donnant la communion du corps, on disoit : Le corps et le sang vous gardent, etc.

Pour bien entendre ceci, il faut remarquer en sixième lieu, qu'on peut exprimer le corps et le sang en deux manières, ou pour marquer leur liaison inséparable tant en substance qu'en vertu, qui est ce qu'on appelle concomitance , ou pour dénoter ce que chaque espèce contient spécialement et en vertu de l'institution. :

De là il paroit en septième lieu, que lorsqu'en ne donnant qu'une seule espèce on exprimoit le corps et le sang, la formule se vérifioit seulement en un certain sens, qui étoit celui de la concomitance, qu'on peut appeler le sens matériel; mais que lorsqu'on donnoit les deux , elle se vérifioit en tout sens, méme dans le sens formel: et c'est ce que les Pères du concile ont eu en vue.

D'oü il s'ensuit en huitième lieu, qu'ils ne songeoient pas à condamner la réserve et la communion sous une espèce, usitée jusqu'alors en tant de manières, mais seulement à vérifier dans un sens plus formel et plus exprés la formule dont on usoit en la donnant aux malades.

Reste une difficulté : Comment ils croyoient pouvoir vérifier cette formule dans ce sens formel et exprés, puisqu'enfin au bout detrois jours et encore plus au bout de huit, la liqueur devoit être desséchée. Mais il est aisé de répondre que c'est aussi en cela qu'ils se trompoient, et que c'est aussi pourquoi leur canon est demeuré sans observance.

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