‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 318 sur 403 · PARTIE II, CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

PARTIE II, CHAPITRE XXIX

nous avons des Vies de saint Basien et de saint Gaudence, comprovinciaux et contemporains de saint Ambroise : nous avons celles de saint Augustin, de saint Fulgence, de saint Germain de Paris et de saint Germain d'Auxerre, de sainte Geneviève, de saint Grégoire, de Gontran, de Sigebert, rois de France, de Sigismond roi de Bourgogne, de saint Perpétuus évéque de Tours, de saint Faron évêque de Meaux, de sainte Fare sa sœur, de saint Eustase abbé de Luxeuil. Mais pourquoi perdre le temps à en nommer d'autres? Nous en avons une infinité , où il n'est point parlé qu'ils aient recu la communionà la mort, quoiqueleur mort soit décrite et circonstanciée autant qu'on le peut désirer. En conclura-t-on qu'on ne communioit pas de leur temps? Selon M. de la Roque, saint Augustin aura négligé cet acte de piété, lui dont le méme M. dela Roque nous a produit un Sermon où il y exhorte tous les fidèles. Et sans s'arréter à ce Sermon, qui en effet n'est pas de saint Augustin, ne savoit-il pas la communion de saint Ambroise, qui l’avoit régénéré en Jésus-Christ, et ne l'avoit-il pas vue dans une Vie qui lui étoit dédiée? Etoit-ce une chose si peu commune de communier en mourant, puisque saint Paulin évéque de Nole, son intime ami, le fait ainsi en 431, un an après la mort de saint Augustin : et tant d'autres dans les temps voisins (a)? Mais le pape saint Grégoire, dont nous tenons tant d'exemples de communions des mourans, n'aura-t-il pas pratiqué ce qu'il a loué dans les autres? D'oà vient donc que Jean Diacre n'en dii rien, lui qui a écrit avec tant de soin la vie et les actions de ce saint pape? Peut-étre que du temps de saint Eloi ce n'étoit pas la coutume en France de communier les malades : mais le ministre loue une homélie, où il en enseigne la pratique : et cependant saint Ouen, ce grand archevêque de

(a) Ce n'est pas seulement dans l'Eglise latine qu'on voit les plus grands Saints recevoir l'Eucharistie dans leur dernière maladie; l'Eglise grecque en fournit aussi des exemples. Saint Chrysostome épuisé des fatigues de son éxil, et averti pendant la nuit par le martyr saint Basilisque qu'illui seroit réuni le lendemain, se revêtit à jeun d'habits blancs; et aprés avoir pris les divins symboles, il fit devant les assistans sa dernière prière, et alla se joindre à ses pères : E£ sumptis Dominicis symbolis coram adstantibus ultimam orationem facit... emtendit speciosos pedes... appositus ad patres suos. Pallad. De Vit. S. Joan. Chrysost., ejusd. Oper. (Edit. de Déforis.)

Rouen, qui a écrit en deux livres la Vie de cet illustre évéque son intime ami, ne nous dit pas qu'il ait fait ce qu'il a préché, encore qu'il parle amplement de sa fin bienheureuse. Ceux qui ont éerit la Vie de saint Ouen lui-méme et qui ont admiré sa sainte mort, ne parlent pas du saint Viatique : deux récits exprès de la mort du Vénérable Bède n'en font non plus nulle mémoire, quoique nous en ayons vu une si fréquente mention dans ses écrits ; et le saint homme Pierre Damien, qui nous marque si distinctement la communion des mourans, ne parle ni de celle de saint Romuald, ni de celle de Dominique Loricat, dont il a écrit la Vie. Ce n'est pas que tous ces saints hommes aient été surpris de la mort : au contraire ils l'ont vue venir, et ils l'ont recue avec des soins particuliers, Mais on ne prend pas toujours la peine de remarquer des choses si communes. C'est pourquoi plus bas encore, et dans le temps que la réception du saint. Viatique étoit le plus établie, on ne trouve la communion ni du dévot saint Bernard, ni de sainte Hildegarde , ni méme, si je ne me trompe, de saint Francois, dans la belle Vie qu'a écrite saint Bonaventure son religieux, ni de saint Bonaventure lui-méme , ni de sainte Brigitte, ni de sainte Marguerite fille du roi de Hongrie, de l'ordre des Prédicateurs, ni de tant d'autres dont la mémoire ne me revient pas, et dont aussi je n'ai pas dessein de parler, ni d'affecter de l'érudition dans une matiére si vulgaire. J'ajouterai seulement que dans toutes les Vies des Saints de l'Eglise orientale, à peine y en a-t-il une ou deux où je me souvienne d'avoir remarqué le saint Viatique, bien qu'il ne soit pas moins commun parmi les Orientaux que parmi nous de le recevoir. C'en est trop pour nous faire voir quil n’y a rien à conclure de ce que souvent on n'écrit pas des choses communes. Ce qui donne lieu à les écrire, c'est lorsqu'il y est arrivé quelque circonstance remarquable, comme dans la mort de la plupart des Saints, la grace d'en avoir été avertis, et d'avoir sur ce céleste avertissement demandé ou recu leur saint Viatique, et quand d'autres occasions particulières, qui ont relevé les choses communes , ont donné lieu de les remarquer. Il arrive aussi qu'on les remarque méme hors de ces occasions : il arrive aussi qu'on les tait souvent ; et entreprendre de rendre raison des

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