‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 32 sur 403 · PARTIE I, ART. VI, N. XLIX · texte numérisé non relu

PARTIE I, ART. VI, N. XLIX

mémes qui ont assisté au concile de Nicée n'y auront rien compris : ear distinetement ils excluent cette portion de substance et de lumière que le ministre veut qu'on y ait pris de Tertullien. Saint Athanase a composé un traité exprés pour expliquer le Symbole de Nicée; mais au lieu de ces portions de lumière ou de substanee, il jUtonngit dans le Fils la méme « ers et impartibilité, ou indivisibilité, » que dans le Père, zi aueoée ! : ce qu'il explique ailleurs, en disant que « le Verbe n'est pas une portion de la substance du Père ?.» Il loue aussi Théognoste, un ancien auteur, pour avoir dit « que le Fils n'étoit pas une portion de la substance paternelle ?; » ce que cet auteur dit expressément pour expliquer la comparaison de la lumiére. Et ce qui se dit de la lumière, se dit aussi de la substance, selon saint Athanase, puisqu'il assure « que la lumière » en cette occasion « n'est autre chose que la substance méme * : » et loin d'admettre dans le Fils de Dieu cette prétendue portion de lumière de Tertullien, il pousse les ariens par la comparaison de la lumière en cette sorte : S'ils veulent dire que le Fils de Dieu « n'a pas toujours été, ou qu'il n'a pas toute la substance de son Pére, qu'ils disent donc que le soleil n'a pas toujours eu son éclat, » ou sa splendeur et son rayon, « ou que cet éclat n'est pas de la propre substance de la lumière ; ou s'il en est, que ce n'en est qu'une portion et une division *. » Donc ou les Pères de Nicée ne songeoient point à Tertullien, ou Tertullien ne prenoit pas ce terme de portion à la rigueur ; ou saint Athanase, qui a tant aidé à composer le Symbole de Nicée, ne savoit pas qu'on y avoit mis cette pensée de Tertullien dans le dessein d'en faire un asile à l'erreur de l'inégalité.

Saint Hilaire, son contemporain et un si docte interprète du Symbole de Nicée, rejette aussi en termes formels et avec horreur ce que les ariens imputoient au concile de Nicée, « que le Fils étoit une portion détachée du tout?;» c’est pourquoi en expliquant dans la suite l'endroit du Symbole de Nicée dont nous par-

1 Athan., De decr. Nic. syn., n. 23.— ? Or. 11, nunc Or. 1, n Arian.— ? Or. 111, nune or. 11 Zn Arian., n. 33. — * De Decr. Nic. syn., n. 28, — 5 Or. III, nunc 11 in Arian., n. 33. — 9 Hilar., lib. IV, de Trin., n. 10.

que les Péres qui y ont assisté y ont compris :

pas d

thanase , de saint Hilaire, d'Eusèbe de Cesarce

lons et cette comparaison de la lumière, il en exclut positivement « cette portion de substance! ; » d’où il conclut « que l'Eglise ne connoit point cette portion dans le Fils, mais qu'elle sait qu'un Dieu tout entier est sorti d'un Dieu tout entier : » qu'au reste, « comme il n'y a rien en Dieu de corporel, qui dit Dieu le dit dans sa totalité; » en sorte qu'en mettre « une portion, » c'est en mettre « la plénitude : » et ainsi qu'en disant de Jésus-Christ « quil est Dieu de Dieu, comme il est lumière de lumière, » on fait voir que « rien ne se perd dans cette génération; » c'est-àdire que tout s'y donne sans diminution et sans partage, parce que le Fils n'est pas « une extension » de la substance du Père mais « une seule et méme chose » avec lui.

Eusèbe de Césarée, qui étoit présent au concile, dans la lettre quil écrivit à son Eglise sur le mot de consubstantiel, raconte qu'en proposant les difficultés qu'il trouvoit dans cette expression et dans celle de substance?, on lui avoit répondu que « sortir de la substance du Pére ne signifioit autre chose que sortir de lui en telle sorte qu'on n'en soit pas une portion ; » si bien qu'en tout et partout ce fondement d'inégalité qu'on tire de Tertullien étoit banni du Symbole.

L Mais sans nous arréter davantage au passage de Tertullien, à compas. qui il ne paroit pas que le concile ait songé plutôt qu'à saint “a et Hippolyte où l'on trouve la méme expression?, ou aux autres vient “s. anciens docteurs et à la commune tradition, il falloit aller à la ment de source d’où le concile et tous les auteurs avoient puisé cette belle qui “a comparaison de la lumière; et c’est l’apôtre saint Paul, qui dit venit dans la divine Epitre aux Hébreux que le Fils est « la splendeur

” . etléclat de la gloire de son Père ‘; » car c’est en effet à ce passage

. que saint Athanase et les autres ont perpétuellement recours pour expliquer cette comparaison. Vouloir donc que cette expres-

sion : Lumière de lumière, emporte inégalité, c'est s'en prendre,

non point aux Pères et à Tertullien, mais à l'Apótre méme d’où

elle est venue; ainsi rien n'empéche plus que toute inégalité entre

le Père etle Fils ne soit condamnée dans le symbole de Nicée.

1 Hilar., lib. VI, de Trin., n. 10. — ? Euseb., Soc., lib. 1, cap. v. — ? Hipp. hom., de Deo uno et trin., passim. — ^ Hebr. 1, 3.

Page 1