CHAPITRE XXX
Communion des enfans sous la seule espèce du vin : chicanes des ministres
sur le passage de saint Cyprien : passages de saint Augustin, de saint Paulin, de Gennade.
L'exemple que nous tirons de saint Cyprien pour la communion des petits enfans, souffre si peu de réplique, qu'à vrai dire mes adversaires n'y en font aucune. Pour faire voir que saint Cyprien, et de son temps l'Eglise d'Afrique, dont il étoit le primat, ne donnoit pas la communion aux enfans sous la seule espèce du vin, M. de la Roque commence par des passages d'autres siècles et d'autres pays. Nous verrons dans la suite ce qu'il en faut croire ; mais, en attendant, il est clair que tout cela ne fait rien à saint Cyprien. Car dans une affaire de discipline indifférente, comme je prétends qu'est celle-ci, on peut en d'autres temps et en d'autres lieux montrer d'autres observances, sans détruire celle que j'établis, et sans qu'on puisse conclure autre chose de cette variation, sinon, ce qui me suffit, que la chose est indifférente. Il faut donc enfin parler de saint Cyprien. M. de la Roque y vient le plus tard qu'il peut ; et quandil y est, il s'amuse encore à me reprocher vainement que pour couvrir le foible de l'argument que j'en ài tiré, je le propose selon ma coutume, et à l'exemple du cardinal du Perron, « par de belles paroles, afin d'éblouir les simples et de jeter de la poussière aux yeux des lecteurs '.» Pour désabuser
! La Roq., Rép., p. 144.
une fois nos frères errans de l'opinion qu'ils pourroient avoir que je sois capable d'user d'un artifice si grossier, aussi bien que si criminel, pour les surprendre, je proposerai le fait avec une entiere simplicité, et l'on verra qu'il n'en est que plus décisif. Commencons par la lecture de saint Cyprien. « On avoit fait prendre à une petite fille, dit ce Père, une parcelle du pain offert aux idoles, trempée dans du vin. La mére qui n'en savoit rien, la porta au saint sacrifice; mais dés que cet enfant fut dans l'assemblée des saints, elle fit voir par ses pleurs et par son agitation, que nos prières lui étoient à charge; et au défaut de la parole, elle déclara par ce moyen , comme elle pouvoit, le malheur dans leque! elle étoit tombée. Apres les solennités accoutumées, le diacre, qui présentoit aux fidéles la coupe sacrée, étant venu au rang de cet enfant, elle détourna sa face, ne pouvant supporter une telle Majesté, elle ferma la bouche, elle refusa le calice. Le diacre lui fit avaler par force quelques gouttes du précieux sang ; maisla sainte Eucharistie ne put rester dans un corps et dans une bouche impure : la petite fille fit des efforts pour vomir, et vomit en effet le sang de Jésus-Christ qu'elle avoit recu dans ses entrailles souillées : tant est grande la puissance et la Majesté de Notre-Seigneur ‘. »
Sur ce passage de saint Cyprien, aprés avoir remarqué ?, ce qui est visible, que ce saint martyr n'attribue cette émotion extraordinaire qu'à la présence et à la réception du sang de Notre- Seigneur, j'ai formé ce raisonnement très-simple : « Le corps de Jésus-Christ n'eüt pas dü faire de moindres effets, et saint Cyprien qui nous représente avec tant de soin et tant de force tout ensemble, le trouble de cet enfant durant toute la priére; ne nous marquant cette émotion extraordinaire que l'Eucharistie lui causa qu'àl'approche et à la réception du sacré calice, sans dire un seul mot du corps, montre assez qu'en effet on ne lui offrit pas une nourriture peu convenable à son àge. »
Mais de peur qu'on ne crüt que je voulois dire qu'un petit enfant füt entièrement incapable d'avaler une nourriture solide, si on la détrempoit, je remarque « qu'il paroit dans cette histoire
1 Cypr., de Laps., p. 189. — ? Traité de la Commun., | part. n. 3, p. 267.