PARTIE II, CHAPITRE XXX
que la petite fille dont il s'agit, avoit pris de cette manière du pain offert aux idoles ; » loin que cela nous nuise, je conclus que «c’est au contraire ce qui fait voir combien on étoit persuadé qu'une seule espèce étoit suffisante, puisque n'y ayant en effet aucune impossibilité à donner le corps aux petits enfans, on se déterminoit si aisément à ne leur donner que le sang. »
Je ne vois pas qu'on puisse proposer les choses ni en tirer les conséquences d'une manière plus simple. Ces éblouissantes paroles que me reproche M. de la Roque, ne paroissent ici nulle part, et je me suis contenté de faire voir clairement ce qu'il y avoit à expliquer pour me répondre. Tout se réduit à nous dire d’où vient, si cet enfant a recu le corps, que le miracle et l'émotion que lui causa 7^ haristie ne paroit qu'au sang. C'est sur .quoi M. de la Roque ne dit pas un mot. Et pour qu'on ne pense pas que je veuille ici surprendre le lecteur, je rapporterai mot à mot toutes ses réponses. Elles commencent ainsi : « Je viens maintenant, dit-il, au passage de saint Cyprien, sur lequel j'ai, poursuit-il, plusieurs choses à dire : premièrement que quand il seroit tel que le prétend M. de Meaux, ce qui n'est pas, il ne devroit pas l'emporter sur sept ou huit témoignages formels et positifs que jaiallégués pour prouver la communion des petits enfans sous les deux espèces !. » Le lecteur remarque déjà de lui-même et sans que je parle, que quelque formels que soient ces passages qu'on oppose à celui de saint Cyprien, ils ne nous feront pas connoitre ce que nous cherchons, ni pourquoi la petite fille n'est si extraordinairement agitée qu'à l'approche du sang de Notre- Seigneur, si elle en a auparavant recu le corps. Aussi M. de la Roque ne conclut autre chose de ces passages, sinon que celui de saint Cyprien a besoin « de commentaire et d'interprétation ?, » et il ajoute, que pour le bien faire, «il faut rassembler et peser: exactement les circonstances. » Oui, celles qui fontau fait, et non celles qui ne feroient que détourner l'attention du lecteur de son objet principal, qui doit étre de rechercher la cause de ce grand trouble, plutótà l'égard du sang qu'à l'égard du corps, si l'enfant a recu l'unet l'autre. Voyons donc quelles circonstances remarquera
1 La Roq., p. 150. — ? Ibid., p. 151.
M. dela Roque : «Je dis, poursuit-il, en second lieu, qu'onne peut nier que la chose que saint Cyprien raconte ne soit arrivée dans l'assemblée des fideles.» D'accord; et je conclus de là qu'elle n'en est que plus authentique , et qu'il n'en est que plus assuré que la coutume de communier les petits enfans avec le sang seul n'avoit rien d'extraordinaire. M. dela Roque continue: «On ne peut nier non plus que dans les assemblées publiques on ne communiât sous les. deux espéces. » Pour les adultes, comme on parle, peutêtre, et je n'en veux pas ici disputer : pour les enfans, c'est la question, qu'il ne falloit pas supposer, comme fait M. de la Roque, lorsqu'il ajoute ces mots : « On ne peut pas nier que les diacres ne présentoient jamais le calice qu'à ceux qui avoient déjà recu le pain. » Car c'est ce qu'on peut si bien nier à l'égard des petits enfans, que c'est en effet ici précisément de quoi l'on dispute. Que le lecteur juge maintenant qui des deux veut surprendre le monde, ou de moi qui propose si nettement en quoi consiste la difficulté, ou de M. dela Roque qui jusqu'ici ne fait autre chose que de supposer pour certain ce qui est tout le sujet de la dispute.
Mais peut-étre que dans la suite il viendra enfin au point. Nullement; car voici par oü il finit : « Enfin on ne peut nier que le diacre de saint Cyprien n'ait présenté la coupe à cet enfant, après l'avoir présentée aux fidèles, qui étoient présens dans l'assemblée et qui la recurent; saint Cyprien ne mettant point de différence, pour ce qui est de la présentation du calice, entre les fidéles et l'enfant, et ne remarquant pas des adultes, non plus que de la petite fille, qu'ils eussent recu le pain ‘. » Je le crois bien, puisqu'il n'y avoit aucune raison de parler ici des adultes, auxquels il n'étoit rien arrivé de miraculeux. Mais à l'égard de cette petite fille, si le miracle avoit commencé au pain, comme il auroit dû arriver en cas qu'elle l'eüt recu, c'est aussi par là que saint Cyprien auroit dà commencer l'histoire , et il faudroit nous rendre raison d’où vient qu'il ne le fait pas. Au lieu de nous dire enfin cette raison, le ministre conclut ainsi: « Cependant M. de Meaux ne disconviendra pas que les fidèles n'eussent recu le pain avant
1 Là Roq., p. 152.