‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 327 sur 403 · PARTIE II, CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

PARTIE II, CHAPITRE XXXI

communion , qui étoit celle des petits enfans nouvellement baptisés ; et dans cette suite de passage , Jobius ne fait qu'appuyer ce qu'il avoit avancé d'abord.

Mais, dit M. de la Roque, « il traite visiblement des adultes !. » L'Anonyme lui répondra bientót qu'il parle des petits enfans. Voyons donc sur quoi se fonde M. de la Roque, pour assurer avec tant de confiance que Jobius traite visiblement des adultes. Pour cela il produit ces paroles de notre auteur : « Ceux qui ont été illuminés (c’est-à-dire baptisés, comme le ministre l'explique luiméme ) portent des habits blancs durant sept jours. » Est-ce là un caractère d'adultes? Les petits enfans baptisés n'étoient-ils pas appelés comme les autres ?ilum?nés ? Comme les autres ne portoient-ils pas un habit blanc durant sept jours? Le ministre ne lignoroit pas; et c'est pourquoi, aprés avoir lui-même traduit Jobius, comme je viens de le rapporter, il se fonde sur la version du jésuite Schottus, qui tourne ainsi: « Les catéchumènes qui ont été baptisés marchent sept jours durant avec des habits blancs.» Mais enfin ni le grec ne parle de catéchuménes, ni il ne dit que les baptisés marchent avec des habits blancs : il dit simplement qu'ils les portent, Asurpopopoïo, di8 portent des habits éclatans ; et le ministre lui-même reconnoit qu'il falloit traduire ainsi. Pourquoi donc alléguer cette traduction , si ce n'est pour embrouiller une chose claire ? Quoi? parce que M. de la Roque ne trouve rien dans l'original de ce qu'il prétend , faudra-t-il que la version l'emporte sur le texte? Mais quelle misère d'opposer ici, comme fait ce ministre, les catéchumènes aux petits enfans ; comme si les petits enfans qu'on exorcisoit, qu'on bénissoit, qu'on oignoit pour Ie baptéme, n'avoient pas toujours été appelés catéchumènes, et ne l'étoient pas encore dans nos Rituels / Mais enfin de quelque manière qu'on le veuille prendre, toujours faut-il nous rendre raison pourquoi dans la communion, dont nous a parlé Jobius, il n'a nommé que le sang , qui n'ayant aucun sens dans la communion des adultes, n'a de lieu que dans celle des petits enfans.

Que sert aux ministres que Jobius ait voulu confirmer cette coutume par des passages de l'Ecriture peut-étre mal appliqués,

1 La Roq., Rép., p. 134.

et par des subtilités que Photius ne juge pas dignes de la gravité de la théologie‘? Je n'ai pas besoin de soutenir tous les raisonnemens de Jobius : je n'ai besoin que d'un fait, d'un point de coutume qu'il rapporte; coutume que Photius ne contredit pas, qui étoit done très-constante et qui ne peut plus être contestée.

Voilà pour ce qui regarde M. de la Roque. L'Anonyme paroit procéder plus sincèrement, et il avoue contre M. de la Roque qu'il s’agit du baptéme des petits enfans. Mais dans la suite il ne fait que brouiller ; et forcé de rendre raison pourquoi Jobius n'a exprimé que le sang, ila voulu sans en apporter la moindre preuve, imaginer une différence entre les enfans et les adultes, en ce que donnant le corps et le sang aux uns et aux autres, aux adultes on commencoit par le corps, et aux enfans par le sang ; ce qu'il prétend suffisant pour donner lieu à Jobius de nommer le sang tout seul. Mais jamais il n'y eut réponse plus visiblement illusoire que celle-là. Car si, comme l'Anonyme le suppose, on vouloit donner aux enfans , non-seulement le sang , mais encore le corps du Sauveur, quelle finesse trouvoit-on à commencer par le sang et à renverser l'ordre de l'institution ? L'Anonyme tombe ici dans le trouble; et la maniére dont il s'explique est si pleine de contradictions, qu'elle montre bien qu'il ne sait où il en est. « L'on commencoit, dit-il, la nourriture mystique des enfans par le breuvage du sang de Jésus-Christ, mais qui n'étoit jamais séparé du pain que l'on donnoit devant ou aprés, ou méme dans le vin ?. » Qui vitjamais une confusion semblable ? Le méme homme dire en trois lignes qu'on donnoit le vin le premier, et néanmoins qu'on donnoit le pain devant ou aprés ou dans le vin! Combien fautil étre frappé d'un passage, quand on tombe pour y répondre dans un désordre si visible ? Mais laissons à part le désordre et les contradictions de l'auteur. Voyons la chose en elle-méme. Donnoit-on le corps devant le sang ? Cela ne se peut, puisqu'on demeure d'accord que c'est par le sang que l'on commencoit. Le donnoit-on aprés? mais quelle raison de renverser l'ordre? Le donnoit-on avec et mêlé dedans ? Mais pourquoi donc nommer le sang et non le corps? Toutes les fois qu'on fait cette question à

1 La Roq., Rép, p. 134; Anonyme, p. 203. — ? Anonyme, p. 202.

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