‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 328 sur 403 · PARTIE II, CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

PARTIE II, CHAPITRE XXXI

l'Anonyme , il retombe dans le trouble. « Jobius, dit-il, ne parle que du sang , parce que c'étoit le sang qu'on donnoit le premier, et que le pain ne se donnoit qu'en petite quantité , et encore selon toute apparence détrempée et dissoute dans le vin. » Que de suppositions báties en l'air, et qui pis est, discordantes ! Car comment est-ce que le sang, qu'on suppose donné le premier, se trouve tout d'un coup mêlé avec le corps ? Mais quel vestige trouve-t-on alors de ce mélange, que l'Eglise greeque n'a connu que plusieurs siècles après (a) ? Ce n'est pas assez à l'Anonyme de mettre ici sans

(a) Ce rit de l'Eglise grecque, de mêler les deux espèces dans le ealice pour la communion des fidèles, ne paroit pas s'étre introduit vers le temps de son schisme, comme Bossuet l'a cru. Dans tous les projets de réunion entre les églises grecque et latine, on n’a jamais exigé que la première abandonnât sa pratique sur ce point; et les théologiens de Rome , fort attentifs jusque sur les moindres choses et qui ne pardonnoient rien aux Grecs, ne formérent aucune objection sur ce sujet. ( Perpétuité de la foi, tom. V, pag. 510.) La réunion se fit sans que le Pape entreprit d'y donner atteinte : les Grecs réunis l'ont conservé en Gréce et en Italie sans aucune opposition. Aussi le cardinal Bona désapprouve-t-il la vivacité avec laquelle le cardinal Humbert reprenoit cette discipline ( Rer. Lifurg., lib. 1L, c. xvi, n. 3), qui méritoit d’être respectée. Mais écoutons M. Renaudot ( Rer. Liturg., pag. 554) : « Pour commencer par les Grecs, dit ce savant abbé, ils ont cette coutume si ancienne qu'on n'en peut certainement marquer le commencement, que pour la communion des laïques , ils rompent plusieurs partieules du pain consacré, qu'ils mettent dansle calice. Ensuite ils ont une petite cuiller avec laquelle le prétre prend une de ces particules trempées dans le, sang précieux, et il la donne ainsi aux communians. ll n'y a que les prétres et les diacres assistans à la liturgie, auxquels on donne le calice. Les Grecs prétendent que saint Jean Chrysostome établit lusage de cette cuiller ; mais il zy en a aucune preuve certaine dans les auteurs ecclésiastiques. Cepen dant on doit reconnoitre que cet usage est fort ancien, et au moins avant le concile d' Ephése, parce que les nestoriens, qui s'étant séparés de l'Eglise catholique dans ce temps-là, conservèrent la discipline qui subsistoit alors, donnent la communion de cette manière, qui est aussi en usage parmi les Jacobites Syriens et Cophtes, les Ethiopiens ,les Arméniens et tous les chrétiens du rit oriental. ll s'ensuit donc d'abord, qu'avant le cinquième siècle le calice a été retranché aux laïques, sans aucun trouble et sans aucune plainte de leur part, personne ne croyant que cette nouvelle discipline fût contraire à l'institution de Jésus-Christ. IIneparoit pas que les uns ni les autres aient eu sur cela le moindre scrupule, ni que les laïques se soient plaints des ecclésiastiques; et on n'en peut imaginer aucune raison, sinon que tous étaient persuadés qu'on recevoit également l'Eucharistie entière selon son institution, quoiqu'actuellement on ne recüt pas le calice. On ne trouve pas que, pendant plus de douze cents ans, ces paroles: Buvez-entous, que les calvinistes croient si claires pour établir la nécessité de boire le calice, aient été entendues dans le sens qu'ils leur donnent, puisqu'on ne peut nier que recevoir avec une petite cuiller.une particule trempée n'est pas boire le ealice. ll est vrai qu'en cette manière les Grecs et les Orientaux recoivent les deux espèces, quoiqu'autrement que selon la première institution ; mais on n'y peut trouver une entière conformité avec cette Cène apostolique dont les protestans parlent toujours, et sur laquelle ils n'ont jamais pu s'ac-

aucun témoin, sur une simple apparence , comme il le confesse , le pain dans le vin sacré ; il faut qu'il y soit dissous et comme réduit en liqueur. On ne le peut trouver dans ce passage qu'en le rendant insensible. Est-ce ainsi qu'on mange le corps du Seigneur ? Les ministres ne pressent-ils si violemment la rigoureuse observance de ces paroles évangéliques , Mangez et buvez , que pour en venir à ces minuties? On a peine à souffrir aux Grecs modernes ces extravagantes subtilités : faudra-t-il pour expliquer Jobius les placer dans les premiers siècles ?

Que si tout ce qu'on répond à cet auteur, de quelque cóté qu'on le tourne, est visiblement ridicule, on ne peut plus contester que la coutume de communier les enfans sous la seule espèce du vin, ne se trouve très-clairement établie dans l'Eglise orientale. Quand Théodore de Mopsueste nous feroit voir une autre pratique en quelques églises ', comme l'Anonyme le prétend, tout ce qu'on en pourroit conclure seroit quelque diversité dans une chose indifférente ; ce qui suffit pleinement pour notre dessein, puisque les églises qu'on supposeroit avoir eu sur ce sujet différentes pratiques, n'en vivoient pas moins dans une parfaite unité, et ne songeoient pas seulement à s'inquiéter l’une l’autre : d’où résulte, sinon la pratique, du moins l'approbation de la communion sous une espèce dans toute l'Eglise. Car de conclure avec l'Anonyme qu'il faut suppléer par Théodore de Mopsueste ce qui manque à Jobius, c'est un raisonnement visiblement faux, puisqu'il ne peut rien manquer à Jobius, qui expliquant de dessein formé l'ordre des mystéres, assure positivement que l'on commencoit par le sang, et suppose par conséquent qu'on ne donnoit point le corps,

1 Theod. Mops., Ap. Phot., cod. 117.

corder:tant de formes si différentes de l'administration de leur Céne faisant assez voir qu'ils ont une idée fort confuse de l'original. Les Grecs conviennent que la manière dont ils administrent la communion aux laïques, a été établie afin de prévenir l'effusion du calice : donc ce ne sont pas les Latins seuls qui ont eu de pareilles précautions, ponr empêcher la profanation de l'Eucharistie ; et si elles sont une preuve certaine de l'opinion de la présence réelle, comme les ministres en conviennent,.... il faut que la présence réelle ait été crue plusieurs siécles avant toutes les époques qu'ils ont inventées d'un prétendu changement de créance, dont on leur a démontré l'impossibilité. » Perpétuité de la fot, tom. V, liv. VIII, ch. 1, p. 548, 549. Voyez aussi du méme auteur, Liturg. Orient. Collect., tom. 1, pag. 282, 283, et Goar., Not. ad Eucholog., pag. 152 et seq. (Edit. de Déforis.)

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