PARTIE II, CHAPITRE XXXI
sang. On se contente de présumer qu'il s'attache à la cuiller de l'enfant quelques. particules du pain consacré, comme M. Smith les appelle. Voilà comment, selon lui, on communie les enfans sous les deux espèces.
Il persiste dans ce sentiment; et dans l'Avertissement de son dernier ouvrage, oü, aprés avoir vu ce que j'avois dit sur son changement *, il s'explique définitivementsur la coutume de l'Eglise grecque, voici ce qu'il écrit: « Le pain consacré, brisé avec grand soin en petites parties, est mélé avec le vin consacré, afin de communier les laiques de ce mélange. Dans le calice ainsi préparé selon la coutume, le prétre prend avec la cuiller ce qu'il doit donner aux communians, et ce n'est point d'un autre calice où il n’y ait point de marguerites qu'on communie les enfans. Qu'on suppose done, afin que mon argument soit plus fort, que le creux de la cuiller soit humecté du sang seul, sans qu'il s'y attache aucune miette, quoiqu'il y en puisse avoir d'insensibles et que cela puisse facilement arriver, lorsqu'on brise du pain levé. Si c'est le sentiment de l'Eglise grecque qu'on puisse communier sous une seule espèce, qu'est-il nécessaire de les mêler toutes deux, et de ne donner la communion que de ce seul mélange ?? » Voilà tout l'argument de M. Smith. Mais je lui demande à mon tour : Si c'est l'intention de l'Eglise grecque de donner aux enfans les deux espéces du sacrement, et aussi bien ce qu'on y mange que ee qu'on y boit, pourquoi, dis-je, choisit-on pour eux la liqueur seule, pendant qu'on donne aux adultes les particules sensibles du pain sacré? Que ne coule-t-on dans la bouche de l'enfant quelqu'une de ces marguerites, comme ils les appellent? Et en un mot que ne les fait-on manger aussi bien que boire, si l'on regarde ces deux choses comme inséparables? Le lecteur peut maintenant juger, si je n'avois pas raison de dire dans le Traité de la Communion?, que M. Smith eüt aussi bien fait de demeurer dans son sentiment que de se corriger de cette sorte sur des fondemens si légers, et pour ne dire au fond que la méme chose.
Au reste je me sens obligé de répéter encore une fois ce que
! Traité de la Commun.,| part. n. 3, p. 272.— ? Miscel., Procem., de [nfant. Com. — ? Loc. cit.
j'ai dit et ce que je prouverai en son lieu, que dans le septième siècle le mélange n’étoit pas encore connu parmi les Grecs. Il s’y est coulé insensiblement , sans que dans une chose si indifférente on se soit opposé au changement, ou qu’on ait pris soin de le remarquer. Pour moi du moins, je n’en sais autre chose, si ce n'est qu'il y étoit établi au dixième siècle, et que je n'en trouve rien, ni à l'égard des adultes, ni à l'égard des enfans dans tous les siécles précédens : ce qui montre que le mélange qu'on a voulu imaginer pour se sauver de Jobius, est absolument chimérique.
T] nous reste encore à résoudre une légère objection de l'Anonyme ‘. Cet homme peu attentif à ce que je dis, suppose que je reconnois qu'on réservoit le sang pour les enfans; et prétend détruire par là ce que je soutiens, que la réserve ne se faisoit qu'avec le seul pain. Mais il n’a pas considéré que si la petite fille dont j'ai rapporté l'exemple, recut le sang de Notre-Seigneur, ce fut dans le sacrifice et qu'il n'y avoit aucun lieu à la réserve. Les autres enfans communioient de méme. Le baptéme leur étoit donné à la messe le Samedi saint, comme tous les Sacramentaires le font voir; et s'il n'y avoit quelque autre empéchement, on pouvoit alors leur donner le sang sans qu'il eüt été réservé, ou méme les deux espèces nouvellement consacrées. Mais quand ils étoient malades, et qu'il les falioit baptiser à la maison sans avoir le temps de dire la messe, nous avons vu que, comme aux autres malades, on ne leur donnoit que le corps; ce qui achéve de démontrer que la réserve ordinaire ne se faisoit qu'avec l’espèce solide. Que si dans quelques endroits, aprés qu'on eut pris la résolution de ne leur jamais donner le pain sacré, on les attendoit quelque temps avec le sang de Notre-Seigneur, de peur de les priver tout à fait dela communion, Hugues de Saint-Victor, qui seul parle de cette courte réserve, ajoute que « s'il y a du péril ou à garder le sang, ou à le donner, il faut surseoir, » c'est-à-dire ne communier pas les enfans : de sorte que, quelque désir qu’eût l'Eglise de leur donner la communion , elle aimoit mieux les en priver que d'exposer le sang de Notre-Seigneur au péril, ou d’être altéré en le
4 Anonyme, p. 102,