‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 330 sur 403 · PARTIE: II, CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

PARTIE: II, CHAPITRE XXXI

seul:. » Et quoi qu'il en soit, il est certain que dans le siècle où mourut Paschal, c'est-à-dire dans le douzième, Guillaume de Champeaux, évêque de Châlons, dont j'ai produit le passage entier dans le Traité de la Communion ?, et Hugues de Saint-Vietor enseignent « qu'il faut donner la communion aux enfans avec le calice seul; » ou comme dit Hugues de Saint-Victor, l'un des plus célèbres théologiens de son temps, « sous la seule espèce du sang au bout du doigt, parce qu'il leur est naturel de sucer, » et cela, dit ce grave auteur, « selon la première institution de l'Eglise ?. »

M. de la Roque prétend * que cetíe première institution dont parle Hugues de Saint- Victor, regarde le décret de Paschal; mais il se moque. Appelleroit-on la première institution de l'Eglise un décret donné seulement au douzième siècle et peu d'années auparavant? Il paroit donc au contraire que l'expérience ayant appris que les-enfans rejetoient le peu qu'on leur donnoit de pain sacré, on crut qu'il étoit mieux d'en revenir à la premiere institution, qui avoit été en vigueur dés le temps de saint Cyprien, encore qu'elle eût été interrompue durant quelques siècles : et ce qu'il y a de plus remarquable, c'est que Hugues de Saint-Vietor, quoiqu'on ne donnát que le sang, ne laisse pas d'enseigner aprés saint Cyprien et saint Augustin, qu'on satisfaisoit à ce précepte, qui ordonne de « manger la chair et de boire le sang pour avoir la vie *: » tant cette tradition étoit constante.

Nous avons donc une claire démonstration de la vérité dans la pratique des premiers siecles, qu'on voit revivre dans les der- - niers; et tout ce qu'on peut conclure de la variation qu'on voit entre deux, c'est l'indifférence que nous prétendons.

Pour les Grecs, si nos adversaires n’en veulent pas croire les auteurs catholiques, je les renvoie à M. Smith, prétre protestant de l'église d'Angleterre *, qui, en expliquant les rites de l'église grecque moderne avec beaucoup de sincérité et d’exactitude, a écrit naturellement qu'on y communioit les enfans sous la seule

1 Pasch. II, ep. xxxi, tom. X, Conc., col. 656; La Roq., Rép., p. 90; Hist. de la Comm., p. 25.— ? Traité de la Comm., I part. n.3, p. 272. —9 Lis. I, de Sac., cap. xx, tom. X; Bibl. PP., p. 1376.— % La Roq., p. 129.— 5 Joan. e L

— 6 Traité de la Cbraniuti., I part. n. 3, p. 271, 272; Th. Smith, de Eccl. € stat. hod., p. 104, 1 edit.

espèce du vin (a). Il est vrai qu'il a depuis changé d'avis dans la seconde édition de son livre; et je ne m'en étonnerois pas; s'il avoit apporté des preuves capables de faire changer un homme comme lui : mais puisqu'il nous donne pour toute raison des auteurs grecs, suspects autant que récens, on peut craindre qu'il n'y ait eu plus de complaisance que de raison dans son changement ; et ce qui nous confirme dans cette pensée, c'est qu'il se fonde principalement sur le témoignage d'un archevêque de Samos, qui nous disoit le contraire pendant qu'il étoitici. M. Smith reconnoit lui-méme linsigne duplicité de son auteur, dans un livre qu'il vient de publier sous le titre d’'Œuvres mélées. « L'archevéque de Samos, dit-il, a eu honte d'avoir par une trompeuse fiction corrompu la vérité quand je la lui avois demandée à Paris, lorsqu'il y étoit dans le dessein de s'établir en France. Mais depuis étant arrivé à Londres, ne pouvant excuser sa dissimulation, il a reconnu qu'il m'avoit trompé par la précipitation de sa langue et faute d'attention, et il a volontairement corrigé son erreur !. »

Mais enfin quelles paroles nous a-t-il rapportées de cet auteur? Celles d'une lettre où cet archevêque lui écrit qu'aprés le baptême, le prêtre « tenant le calice où est le sang de notre Sauveur avec le corps réduit en petites particules, y prend dans une petite cuiller une goutte de ce sang ainsi mêlé : de sorte qu'il se trouve dans cette cuiller quelques petites miettes du pain consacré, ce qui suffit à l'enfant pour participer au corps de Notre-Seigneur ?. »

Nous confessons ce mélange, et en cela larchevéque n'a pas trompé M. Smith. Il ne l'a pas trompé non. plus en lui disant « qu'on voit nager dans la liqueur sainte des particules dont on communie-les adultes; » c'est ce que les Grecs appellent des marguerites ou des perles : et M. Smith demeure d'accord que ce n'est pas de celles-là qu'on donne aux enfans; ce qu'il faudroit faire toutefois, si l'on vouloit leur donner aussi bien le corps que le

1 net Lond,; an. 1686, Procem., de Infant. Com. ap. Gr.— ^? Præf., 11 edit. Smith.

(a) Is font moins encore : « Ils se contentent, dit Renaudot, de mettre dans la bouche des enfans la cuiller avec laquelle on administre la communion, ou de leur toucher la langue avec le doigt trempé dans le calice. » (Lifurg. Orient. Collect., tom. 1, p. 291.)

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