PARTIE II, CHAPITRE XXXII
baptéme est prévenu de la mort avant que d'avoir mangé le corps et bu le sang du Sauveur, les fidéles ne doivent pas en étre émus, sous prétexte que Notre-Seigneur a prononcé cette sentence : S? vous ne mangez la chair, etc. Car quiconque regardera ces paroles, non pas selon les mystères dont la vérité est enveloppée , mais selon la vérité méme, qui est enfermée dans le mystère, il verra que cette parole de Notre-Seigneur est accomplie dans le baptéme. Que fait-on en effet dans le baptéme, si ce n'est de faire de tous les croyans autant de membres de Jésus-Christ, et de les incorporer à l'unité ecclésiastique? Car c’est à eux que saint Paul écrit : Vous êtes le corps de Jésus-Christ et un de ses membres : et le même Apôtre fait voir non-seulement qu’ils participent au sacrifice, mais encore qu'ils sont eux-mêmes le sacrifice, lorsqu'il leur adresse ces paroles : Je vous conjure , mes Frères, que vous fassiez de votre corps une hostie vivante !. » Ce grand homme fait voir ensuite par d'autres passages que nous devenons un seul corps, un seul esprit et un seul pain de Jésus-Christ, son sacrifice, son temple, et un membre de son corps, « quand nous sommes unis à Jésus-Christ comme à notre chef dans le baptéme. Celui donc, continue-t-il, qui est fait un membre de Jésus-Christ dans le baptéme, peut-il ne recevoir pas ce qu'il devient? Puisqu'il est fait le vrai membre du corps dont le sacrement se trouve dans le sacrifice , il devient done par la régénération du saint baptéme ce quil doit recevoir ensuite dans le sacrifice de l'autel. »
Saint Fulgence démontre par là qu'il ne faut pas étre en peine du salut d'un homme baptisé , quand il mourroit sans communier, puisqu'il a recu par avance dans le baptéme ce qu'il y a de principal dans la communion , qui est d'étre incorporé à Jésus- Christ, et par conséquent participant du salut que trouvent en lui ceux qu’il fait les membres de son corps. Mais afin qu'on ne pensât pas que cette doctrine lui fût particulière, il insere dans sa lettre un Sermon de saint Augustin aux enfans, c'est-à-dire aux fidèles nouvellement baptisés, où cet incomparable docteur leur enseigne « qu'ils sont le corps de Jésus-Christ, qu'ils sont un seul pain , » et que cela leur est donné par le baptéme : qu'ils y
1 Fulg., ep. xit, ad Ferr. de Bapt. Æth., cap. 11, n. 24.
sont moulus comme le grain : « qu'ils y sont comme pétris par l'eau baptismale : qu'ils y sont cuits par le feu du Saint-Esprit : » que par là ils sont ce qu'ils voient sur l'autel, et « qu'ils y recoivent ce qu'ils sont. » Que nos adversaires n'aillent pas ici sortir de la question, et songer aux difficultés qu'ils se forgent dans.ce passage contre la présence réelle, pendant qu'il s'agit de vider celle de la nécessité de l'Eucharistie. On ne peut ni on ne doit tout dire à toute occasion et en tout lieu; et tout ce que je prétends ici, c'est de conclure avec saint Fulgence : « qu'il s'ensuit indubitablement de ces paroles de saint Augustin , que chaque fidèle-participe au corps et au sang de Jésus-Christ, quand il est fait membre de Jésus-Christ par le baptéme; et qu'il n'est pas privé de la communion de ce pain et de ce calice, encore qu'il meure sans en avoir ni mangé ni bu. Car il ne perd point la communion et le fruit de ce sacrement, puisqu'il se trouve étre déjà ce que ce sacrement signifie; » c'est-à-dire qu'il est lui-méme le corps de Jésus-Christ à sa manière, comme étant un membre vivant du corps de l'Eglise dont Jésus-Christ est le Chef (a).
ll faut donc conclure de là que selon la doctrine de saint Augustin, tout baptisé, qui a recu le fruit du baptéme, a recu au fond dans le même temps la grace du sacrement de l'Eucharistie , et par conséquent avec la vie nouvelle le gage du salut éternel.
Saint Fulgence auroit pu eonclure la méme chose de cent autres passages de saint Augustin, où il enseigne aprés l'Ecriture que par le baptéme nous sommes régénérés , renouvelés , justifiés , adoptés et enfans de Dieu : que la rémission de tous nos péchés nous y est donnée, l'image de Dieu réformée en nous, sa grace répandue dans nos cœurs , et d'autres choses semblables qui font voir que le baptéme est suffisant par lui-méme pour assurer notre salut, puisqu'il n'est pas possible, je ne dis pas que saint Augustin et les autres Pères, mais qu'aucun homme, quel qu'il soit, ait pu s'imaginer qu'on füt damné avec tous ces dons. Tout cela n'em-
(a) Bossuet remarque, à la marge de son manuscrit, que saint Augustin parle dans son Sermon cccxxiv d'un enfant mort catéchumène, et ressuscité à la prière de sa mère, et que le saint docteur, en racontant tous les sacremens qu'on
donna à cet enfant ressuscité, ne dit pas un mot de l'Eucharistie. (Edit. de Leroi.)