‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 337 sur 403 · CHAPITRE XXXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIII

De la communion donnée sous la seule espèce du pain aux enfans plus avancés en âge : histoire rapportée par Evagrius et par Grégoire de Tours : second concile de Mácon.

J'ai fait voir dans le Traité de la Communion, que l'Eglise qui approuvoit la communion sous une espèce en donnant le sang tout seul aux petits enfans dans le berceau, ne lui donnoit pas une moindre approbation en donnant le corps seul aux autres enfans un peu plus avancés en âge; et je me souviens d'avoir promis tout à l'heure de confirmer clairement cette vérité. Il me sera maintenant aisé de tenir parole, en faisant voir les foibles réponses de mes adversaires.

Je leur avois proposé !, « l'ancienne coutume de l'Eglise de Constantinople , » comme l'appelle Evagrius ?, de donner à de jeunes enfans « ce qui restoit des sacrées parcelles du corps immaculé de Notre-Seigneur, s'il y en avoit un grand nombre. » C'est qu'aprés la consécration, et pour faire la distribution du pain, on le partageoit en morceaux ou en parcelles. Si aprés la communion il n'en restoit que trés-peu, le clergé suffisoit pour le consumer ; que s'il en restoit beaucoup à consumer, on y appeloit les enfans ; et comme il ne pouvoit manquer d'arriver souvent qu'il y en eüt beaucoup de reste, cette sorte de communion sous une espèce étoit très-fréquente et très-ordinaire. Elle doit aussi être regardée comme très-ancienne , et Evagrius la remarque déjà comme ancienne dés le temps de Justinien et du patriarche Mennas, c'est-à-dire au sixième siècle. On ne peut nier non plus

1 Trait. de la Comm., Ipart. n.3, p. 275.— ? Evag., Hist. Eccl.,lib. IV, cap. XXXVI.

qu'elle ne füt très-célèbre et connue par toutes les églises, à cause du miracle arrivé à un enfant juif, qu'Evagrius raconte dans le méme endroit. Ce jeune enfant ayant communié en cette manière avec les autres enfans de son âge, en haine de cette action, fut jeté par son pére, vitrier de profession, dans la fournaise brülante, où il fut miraculeusement conservé ; et ce miracle écrit en Orient par Evagrius est rapporté en Occident à peu prés dans le méme temps, par saint Grégoire de Tours ‘.

A cette occasion j'ai rapporté une coutume semblable de l'Eglise de France ?, marquée dans le célébre canon du second concile de Mâcon en 585, où il est porté « que tous les restes du sacrifice, apres la messe achevée, seroient donnés, arrosés de vin, le mercredi et le vendredi à des enfans innocens, à qui on ordonneroit de jeüner pour les recevoir?. » Par où l’on voit combien étoit ordinaire cette communion, et qu'elle avoit ses jours réglés à chaque semaine, c'est-à-dire le mercredi et le vendredi.

Il est bon de considérer ce que disent ici les protestans. Premièrement, le docte Saumaise, dans le Traité qu'il a composé eontre Grotius de la Transsubstantiation ^, sous le nom de Simplicius Verinus, décide de son autorité, et sans en alléguer aucun témoignage, qu'en général on SOROR montrer que l'Eucharistie se donnoit quelquefois aux catéchumènes et aux pauvres. ll ajoute au sujet des enfans dont Evagrius a parlé, « que leur âge neleur permettant pas de communier au corps de Jésus-Christ, ils recevolent des morceaux de lEucharistie comme du pain commun, et non pas du moins comme étant le sacrement de son COrps.

M. de la Roque semble avoir suivi ce sentiment, et quoi qu'il en soit, il assure qu'en donnant ces restes aux enfans, con ne songeoit à rien moins qu'à les communier; » ou comme il s'explique un peu aprés, que ce n'étoit « rien moins qu'une communion légitime, » necraignant pas méme de Va une communion imaginaire 5.

! Lib. de Glor. Mart., 1, cap. x.— ? Traité de la Commun., 1 part. n. 3, p. 216. — 3 Conc. Matisc. 1, can. 6, Labb., tom.V, col. 982.— * De Transsubst., an. 1646, — 5 La Roq., p. 156 , 158.

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