‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 34 sur 403 · ARTICLE VII · texte numérisé non relu

ARTICLE VII

Autre égarement du ministre sur le concile de Nicée, où il veut trouver ses deux prétendues nativités du Verbe.

Mais ses erreurs vont croissant à mesure qu'il avance; car aprés avoir assuré que le décret du concile laisse en son entier cette criminelle inégalité, il passe outre et il soutient que cette seconde génération, qui rend le Verbe parfait d'imparfait qu'il étoit auparavant, loin d'avoir été condamnée par cette sainte assemblée, « est confirmée par ses anathèmes ?. »

C'est encore ici un nouveau prodige, et dans le concile de Nicée une découverte que personne jusqu'au ministre n'avoit jamais faite. Mais pour voir jusqu'oü peut aller le travers d'une tête qui ne sait pas modérer son feu, il faut encore considérer sur quoi il se fonde. C'est sur cet anathéme du concile : «Si quelqu'un dit qu'il fut un temps que le Fils de Dieu n'étoit pas, ou qu'il n'étoit pas avant que de naitre, et qu'il a été fait du néant, l'Eglise catholique et apostolique le déclare anathéme?. » Voici donc comme le ministre raisonne *. La seconde proposition arienne étoit celle-ci : « Le Fils de Dieu7n'étoit pas avant que de naitre.» L'opposite tréscatholique étoit donc qu'il étoit avant que de naitre : or cela ne pouvoit s'entendre de sa premiére génération, puisque celle-là étant éternelle, il n'y avoitrien devant ; il en faut done reconnoitre une autre postérieure et dans le temps, qui est celle que le ministre attribue aux Pères, et à raison de laquelle le Fils de Dieu qui est éternel étoit avant que de naitre.

C'est bien ici s’égarer dans le grand chemin, et à force de raffiner, laisser échapper les vérités les plus palpables. Ces trois pro-

1 Phil., 11, 6. — ? P. 213. — 3 Symb. Nic., Anath. in Ep. Euseb. Ccesar., n. 4, in fine Op. S. Athanas., de Decr. Nic. syn. — * P. 211.

Lt.

Anathématisme du concile de Nicée, où le ministre prétend trouver deux nativilés dans le Verbe,

Comment saint Atha-

nase et

saint Hilaire ont entendu

l'anathématisme du concile de Nicée, dont le

ministre

abuse.

positions des ariens : 7l fut un temps que le Fils de Dieu n’étoit pas; et ù n'éloit pas avant de naitre; et il a été tiré du néant ; visiblement ne signifiolent que la méme chose en termes un peu différens. Saint Athanase en parlant aux ariens: «Lors, dit-il, que vous avez dit : Le Fils n’étoit pas avant que de naitre, cela signifie la méme chose que ce que vous avez dit aussi : /l fut un temps que le Fils m'étoit pas; et l'une et l'autre de ces expressions signifie qu'il y a eu un temps devant que le Verbe füt !. » La raison en est bien elaire. Le but des ariens étoit de dire que tout ce qui naissoit avoit un commencement; et par conséquent que si le Fils de Dieu naissoit, comme on en étoit d'accord, sa naissance étoit précédée par quelque temps. Et le but des catholiques étoit au contraire de dire que le Fils de Dieu naissoit à la vérité, mais de toute éternité, d'un Pére qui n'étoit jamais sans Fils, et par conséquent que le temps n'avoit point précédé cette naissance. C'est la perpétuelle explieation que donne saint Athanase à cette proposition des ariens. Saint Hilaire dit aussi qu'ils se servoient des trois expressions : «Il fut un temps qu'il n'étoit pas : Il n'étoit pas avant que de naître : Et il a été fait du néant; parce que la nativité semblant apporter avec elle cette condition, que celui qui n'étoit pas commencát à être, et qu'il naquit n'étant pas auparavant, ces hérétiques se servoient de cela pour assujettir au temps le Fils unique de Dieu?. » Ainsi vouloir trouver un autré sens dans ces anathématismes du concile, c'est y vouloir trouver un sens que les Pères de ce temps-là et ceux-mêmes qui y ont été présens, pour ne pas ici parler de la postérité, n'ont pas connu. Et pour comble de conviction, quoique je n'en aie peut-étre que trop dit sur une si visible absurdité, je veux bien ajouter encore que les anathématismes du concile n'y ont été prononeés après le Symbole, que pour proscrire les erreurs contraires à la doctrine que le concile venoit d'y établir. Le concile venoit d'établir dans le Symbole «que le Fils de Dieu étoit né devant tous les siécles. » On convient qu'il vouloit dire par là que sa naissance étoit éternelle, puisque dès que vous sortez de la mesure du temps, vous ne voyez plus devant vous que l'éternité. Que restoit-il

1 Athan., or. It Adv, Ar., nunc or. 1,n. 1.— ? Hilar., lib. II, de Trín.,n. 11, et alibi.

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