PARTIE II, CHAPITRE XXXIII
tères aussi bien que du langage de l'Eglise, il lui fait nommer simplementle pain. Mais lui qui étoit évêque et qui nomme naturellement , non le signe , mais la chose même, parle selon la phrase ecclésiastique , et l'inséparable union du corps et du sang lui fait joindre les noms de tous les deux par rapport à une seule espèce.
Il est done plus clair que le jour qu'on croyoit véritablement communier ces enfans , encore qu'on ne les communiát que sous une espèce. C'est une erreur insensée, selon les Pères , de croire que la consécration eût cessé dans les précieuses parcelles qu'on leur donnoit ; et les paroles que nous avons rapportées de M. Saumaise nous font bien voir ce que c'est que ces grands savans, lorsqu'enflés des sciences humaines, ils entreprennent de décider par leur propre sens de la tradition de l'Eglise. Ce docte Saumaise ne dit pas un mot qui ne soit, je ne dirai pas à un tel homme, une ignorance grossière, mais la marque d'une pitoyable prévention. Croiroit-on qu'un tel docteur, qui sans cesse feuilletoit les livres, où l'on trouve partout la communion des petits enfans , ait pu dire que les petits enfans n'avoient pas la permission de communier, et qu'on leur donnoit à la place des morceaux de lEucharistie réduite à n'étre plus que du pain commun? Mais quelle audace d'appeler du pain commun , ou en tout cas quelque chose qui ne füt pas regardé comme le sacrement du corps, ce que l’auteur qu'il produit appelle les sacrées parcelles du corps immaculé de Notre- Seigneur ! Quelle précipitation à un homme qui dévoroit et retenoit dans sa mémoire tant de livres, de ne songer pas seulement aux canons de Mâcon et de Tours, où sa prétention est si visiblement condamnée! Et quel prodige enfin de dire qu'on donnoit l'Eucharistie aux catéchumènes et aux pauvres, faute d'avoir distingué l'ordre des mysteres! Car il est vrai, comme il est porté dans l'Ordre romain , qu'avant la consécration , « le pontife ou l'officiant regardoit ce qu’il y avoit d'oblation dans les vaisseaux qui servoient à cet usage , afin que s'il y en avoit trop on la mit en réserve‘, » pour en faire le pain bénit, comme il est porté en d'autres endroits, et pour être employée à la subsistance du clergé et du peuple ; mais
1 Ord. rom., tom. X Bibl. PP., col. 9.
qu'aprés la consécration on en ait jamais fait un tel usage, c'est un prodige inoui à tous ceux qui ont quelque idée des antiquités ecclésiastiques.