‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 342 sur 403 · PARTIE II, CHAPITRE XXXIV · texte numérisé non relu

PARTIE II, CHAPITRE XXXIV

digne le corps de Jésus-Christ; mais ils évitent absolument de boire le sang de notre rédemption. C'est pourquoi nous voulons que votre Sainteté le sache, afin que ces sortes d'hommes vous soient manifestés par ces marques, et que ceux dont la dissimulation sacrilége aura été découverte, soient marqués et chassés de la société des Saints par l'autorité sacerdotale *. »

Pour accommoder le discours de ce grand pape à la discipline de son temps, il faut de nécessité faire concourir ces deux choses à l'égard des manichéens : la première, qu'ils aient pu se cacher dans l'assemblée des fidéles en n'y communiant que sous une espéce; la seconde, qu'ils aient pu étre découverts avec le temps. J'ai parfaitement satisfait à ces deux besoins, en disant d'un cóté, que dans l'assemblée des fidèles, il étoit libre de communier sous une ou sous deux espéces, sans quoi les manichéens n'auroient pas pu s'y cacher; et de l'autre, que la perpétuelle affectation d'éviter la communion du sang de Notre-Seigneur ne pouvoit manquer dans la suite de les faire découvrir.

M. de la Roque perd ici beaucoup de paroles, pour me plaindre du malheur que j'ai de faire « des réflexions si peu solides; et j avois, dit-il, attendu toute autre chose de M. de Meaux ?. » Je reconnois ici la méthode ordinaire des ministres. C'est quand ils sont aux abois qu'ils tàchent d'amuser le monde par ces belles et éblouissantes figures. Au lieu de ces vains discours, il falloit songer à mettre l'espéce d'une si grave ordonnance de saint Léon. Ce grand pape, qui selon M. de la Roque éfoit un homme de mérite ? (car c'est la fade louange que lui donne ce ministre), ne discouroit pas en l'air; et il faut trouver un cas conforme à la discipline du temps, qui s'ajuste avec son discours. Je l'ai posé clairement ce cas nécessaire, puisqu'en supposant qu'il étoit libre de prendre ou de ne pas prendre le sang de Notre-Seigneur, je suppose en méme temps qu'il étoit pris trés-souvent, et méme ordinairement par ceux qui n'y entendoient pas la méme finesse que les manichéens. Que le ministre ne travailloit-il à poser de son cóté un cas qui convint avec sa croyance? I] n'y songe seulement pas, tant il a désespéré de le trouver : il ne dit pas un seul

1 Serm. iv. de Quadr., cap. v. — ? La Roq., Rép., p. 190. — 3 Jbid., p. 192.

mot, ni pour expliquer comment les manichéens auroient pu , en ne prenant qu'une espèce, se cacher dans une assemblée où tout le monde prenoit nécessairement toutes les deux, ni comment ils auroient pu s'empécher d’être découverts à la longue par une perpétuelle affectation d'éviter une chose, non-seulement bonne, mais encore très-commune dans l'Eglise. C'est ce que j'avois objecté ; c’est à quoi ce ministre ne réplique rien; et après avoir dit sans preuve « qu'il ne pouvoit aecorder à M. de Meaux une liberté qui ne fut jamais et une difficulté imaginaire et sans fondement ‘, » encore que le fondement en soit dans les paroles de saint Léon méme, il passe insensiblement au passage de saint Gélase, où il espère trouver plus d'avantage.

L'Anonyme selon sa coutume entre plus franchement dans la difficulté; mais aussi selon sa coutume il découvre plus clairement et plutôt le foible de sa cause ?. Premièrement, il me fait dire que dans l'assemblée des fidéles, plusieurs « ne communioient ordinairement que sous la seule espèce du pain. » Mais encore qu'il le répète deux et trois fois, je ne l'ai pas dit une seule. J'ai dit seulement qu'il étoit libre de communier sous une espèce ou sous deux; et j'avouerai méme, si l'on veut, ce que je crois aussi le plus raisonnable, qu'on recevoit plus communément les deux espèces qu'une seule. Mais si on les recevoit nécessairement toutes deux, où se cachoient les manichéens, et comment n'étoient-ils pas découverts d'abord? C'est aussi ce qui arriva, réplique l'Anonyme. Il se trompe. Saint Léon dit bien qu'ils furent découverts; mais il paroit par tout son discours, qu'ils ne le furent ni aisément ni d'abord. Que si l'on veut supposer que la communion d'une espèce ne fut jamais libre, encore un coup, où se cachoient ces hérétiques , e& pouvoient-ils un seul jour tromper les yeux de toute l'Eglise ?

« Plusieurs se cachoient, dit l'Anonyme, parce que ce n'étoit pas une méme personne qui donnoit le pain et le vin; mais l'évéque ou le prêtre donnoit premièrement le pain; ensuite un diacre portoit à chacun en son rang la coupe sacrée ?. » Je l'avoue,

1 La Roq., Rép., p. 193. — ? Anonyme, II part., chap. vr, p. 233, 234. — 3 P, 234, 235.

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