‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 356 sur 403 · PARTIE HJ, CHAPITRE XXXVI · texte numérisé non relu

PARTIE HJ, CHAPITRE XXXVI

lions à celles des anges. Mais ce qui fait à notre sujet , c'est que dans une si grande antiquité, on nous parle de l'office des Présanctifiés comme étant déjà tout formé, puisqu'on marque seulement l'endroit où l'on commenca alors à placer une certaine prière. La Chronique d'Alexandrie est écrite au huitième siècle, et lorsque la mémoire de cette pieuse introduction étoit encore récente. Ainsi l'office des Présanctifiés ne nous paroit, il y a déjà tant de siècles, que comme ancien et formé, sans que personne en marque le commencement. Et en effet je ne comprends pas la difficulté que peut trouver M. de la Roque à le reconnoitre dés les premiers temps, puisqu'aprés tout, cet office , selon ce ministre, n'est autre chose que la communion avec l'Eucharistie consacrée dans les jours précédens ; chose que la communion domestique et celle des malades nous fait voir dès les premiers siècles du christianisme. Aussi voyons-nous cet office fondé manifestement sur le concile de Laodicée, dont l'année (a) est incertaine; mais qui fut tenu constamment au quatrième siècle. Voici done ce que dit ce saint concile : « Qu'il ne faut pas offrirle pain durant le Caréme, si ce n'est le samedi et le dimanche. » On y voit donc dés ce temps la défense d'offrir et de consacrer aux jours de jeüne. Mais nous avons déjà vu que ce n'étoit que l'oblation et le sacrifice, ou ce qui est la méme chose, la consécration, et non pas la communion, que l'on jugeoit répugnante à la tristesse du jeüne. Encore donc qu'on s'abstint de consacrer, rien n'empéchoit qu'on ne communiát; et c’est pourquoi nous voyons dans le concile de Laodicée qu'il est défendu d'offrir, et non pas de communier : Il ne faut pas, dit-il, offrir le pain. En défendant seulement de l'offrir, il approuve tacitement qu'on le mange, comme nous voyons en effet qu'on le faisoit ; et il ne parle que du pain, pour montrer qu'en communiant sous cette espèce sacrée on le mangeoit à la vérité les jours de jeüne, mais sans l'offrir ni le consacrer : chose qui se rapporte si bien à l'office des Présanctifiés que

1 Can. 49. +

(a) Pagi se fondant sur Godefroid, et sur les raisons que cet auteur tire de Philostorge pour appuyer ses conjectures, pense qu'il est trés-probable que ce concile a été assemblé l'an 363. Voyez Pag., Crit. histor. chronol., tom. I, p. 317. (Edit, de Déforis.)

les Grecs conservent encore, qu'on ne peut douter qu'il ne vienne de cette source. Que dis-je, de cette source? Le concile de Laodicée n'institue rien de nouveau, et il ne fait qu'affermir ou renouveler ce qu'il trouvoit établi. Ainsi, et le sacrifice des Présanctifés, et la communion que l'on y faisoit sous une espèce, sont de la première antiquité dans l'Eglise grecque.

Contre de si solides fondemens, M. de la Roque n’oppose rien que trois témoignages ! : l'un de Nicétas Pectoratus au milieu du onzième siècle ; l'autre de Michel Cérularius du méme temps; et le dernier de Siméon de Thessalonique, qui vivoit, dit ce ministre, il y a plus de trois cents ans. Voilà toute l'antiquité qu'il: a pu donner à sa consécration par le mélange. L'Anonyme y ajoute Cabasilas, auteur encore plus récent : et il est vrai que ces quatre auteurs, dont le plus ancien passe à peine six cents ans, pour trouver dans leur office des Présanctifiés la communion sous les deux espèces, ont dit que sans aucune des paroles sanctifiantes , le vin étoit consacré par le seul mélange du corps. Mais. c'est par leur nouveauté que nous prouvons invinciblement l'ancienne tradition de la communion sous une espèce. Car. tous ces auteurs reconnoissent qu'on ne réservoit que le pain pour célébrer l'office des Présanctifiés, et.c'étoit sans contredit l'ancienne pratique. C’est aussi ce qu'on voit encore dans l' Euchologe des Grecs. L'infusion de quelques gouttes de sang, qu'on y a depuis ajoutée, n'est de l'aveu de ces auteurs ni suffisante ni ancienne. Elle n'est pas suffisante, puisque quelques gouttes sur un pain ne suffisent pas pour sauver les deux espèces, Elle n'est pas ancienne, puisque Michel Cérularius en a reconnu la nouveauté. La consécration par le mélange n'est pas moins nouvelle, puisque déjà, sans aller plus loin, il paroit que Michel Cérularius ou les auteurs de son temps sont les premiers qui l'ont avancée, et nous verrons qu'elle est opposée à toute la tradition précédente. Il ne reste donc rien d'ancien dans l'office des Présanctifiés , selon la propre tradition de l'Eglise grecque, que la réserve du pain et la communion sous une espéce. Ÿ

Il faut néanmoins répondre à quelques difficultés que nous font

1 La Roq., p. 220.

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