‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 355 sur 403 · CHAPITRE XXX VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX VI

Antiquité de l'Office des Présanctifiés.

J'ai dit (a) : Il y a pour le moins mille ans. Car au reste on ne peut douter qu'il n'y ait beaucoup davantage que l'office. des Présanctifiés est en usage dans l'Eglise d'Orient; et c'est une erreur manifeste que d'en attribuer l'institution , comme fait M. de la Roque *, au concile tenu Zn Trullo. C'est une faute perpétuelle de tous les ministres de mettre l'origine d'une chose à l'endroit où ils s'imaginent en avoir trouvé la première mention. Par exemple, ils ne craignent pas d'établir la date de la prière des Saints au temps de saint Grégoire de Nazianze, parce qu'ils veulent qu'il soit le premier à en parler. Mais sans rapporter les

1 La Roq., p. 61, 218.

(a) A la dernière ligne du chapitre précédent.

autres preuves qu'on en a dans les siècles précédens, il ne falloit pas oublier que saint Grégoire de Nazianze en parle comme, d'une chose déjà établie et qui est venue de bien plus haut. Quand donc M. de la Roque a trouvé dans le concile in Trullo Voffice des Présanctifiés , il devoit faire voir qu'on y en parlecomme d'une chose nouvelle que l'on institue ; mais voici au contraire ce qui en est dit: « Que dans tous les jours du jeüne du saint Caréme, on fasse l'office sacré des Présanctifiés, excepté le dimanche et le samedi et le jour del Annonciation ! : » où l’on parle visiblement de cet office, comme d'une chose connue, dont on détermine les jours, mais dont on suppose le fond déjà établi. Aussi M. de la Roque n'apporte-t-il aucune raison de son sentiment. « Je rapporterai, dit-il, volontiers l'origine de cet office au concile Zn Trullo?..» Je vois bien qu'il le feroit volontiers, et que volontiers il reculeroit le plus qu'il pourroit une pratique qui lui est coniraire; mais le canon qu'il rapporte ne le souffre pas; et une chose déjà établie dans toute l'Eglise orientale , sans doute ne commencoit pas alors. Dien plus on voit cet office plus de soixante ans avant ce concile, sous le patriarche Sergius, qui mourut en l'an 639, plus de quarante ans avant le concile qui, comme nous avons vu, a été célébré en 682. C'est dans la chronique d'Alexandrie à l'olympiade 348, et cinq ans après l'empire d'Héraclius, c'est-à-dire vers l'an 648, que nous trouvons le service des Présanctifiés, mais comme une chose établie. Car il y est dit : Qu'en ce temps sous Sergius, patriarche de Constantinople, « pendant qu'on porte les dons présanctifiés dela sacristie sur l'autel, incontinent après la prière : Dirigatur : Que mos vœux soient dirigés, et après que le prêtre a dit : Par le don de votre Christ, le peuple commence à chanter ces mots : Maintenant les puissances célestes vont adorer invisiblement avec nous; car voilà que le Roi de gloire fait son entrée : voilà que le sacrifice mystique est porté en don : et le reste. C’est la prière que l’on dit encore dans le même endroit de cet office; et pour le remarquer en passant, dès ce temps-là on disoit en apportant le pain consacré : Votlà le Roi de gloire qui fait som entrée : et le peuple joignoit alors ses adora- 1 Conc. in Trul., can. 52; Labb., tom. IV, col. 1166. — ? La Roq., p. 218.

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