CHAPITRE XXXVII
Le corps et le sang nommés , quoiqu'il n'y ait qu'une espéce , parce que leur substance et leur vertu sont inséparables.
L'Anonyme ne peut souffrir cette réponse, et il veut que je l'appuie par quelque bon témoignage ‘. Il en. a déjà vu plusieurs des plus authentiques, et celui-ci n'est pas des moindres. Mais l'Anonyme le tourne d'une autre manière; et pour ne rien oublier, il ne faut pas laisser passer sa conjecture sans examen.
Voici done comment il fait l'histoire de l'office des Présanctifiés : « Il est vrai, dit-il, que les Grecs (durant le Caréme) consacroient seulement le samedi et le dimanche ; mais il est constant aussi qu'ils réservolent suffisamment du pain et du vin pour la communion des autres jours.» Voilà ce qu'il pose pour constant; et il conjecture que dans la suite « peu à peu on a gardé peu de vin; et enfin par une sotte crainte que le vin ne s'aigrit ou ne se gátát, ils se sont contentés de mêler quelques gouttes de ce vin sacré sur le pain qu'ils vouloient réserver. Mais quoique leurs rits aient changé, on n'a rien changé dans ces Rifuels anciens de l'Eglise, et on reconnoit encore aujourd'hui dans leur ond quelle étoit la foi et la pratique ancienne ?. »
La conjecture est ingénieuse , et pourroit avoir quelque vraisemblance, si ce n'étoit que ce que cet auteur pose d'abord pour constant, par malheur, selon lui-même, n'est pas sûr, et qu'absolument il est faux. «Il est constant, dit-il, que les Grecs réservoient suffisamment du pain et du vin pour la communion des autres jours; et c'est, poursuit-il, ce que nous apprend en termes formels Nicétas Pectorat, moine grec, dans sa dispute contre les Latins environ l'an de grace 1053. » Voilà un fait bien articulé : voilà ce que l'Anonyme donne pour constant. Mais c’est sans en être trop assuré, puisqu'aussitót après il varie. «Il est, dit-il, évident que les Grecs gardoient autrefois le pain et le vin sacrés, ou bien s'ils ne gardoient que le pain, comme M. Bossuet assure qu'ils font maintenant, qu'en le mélant au vin non consacré, ils
1 Anonyme, p. 246. — ? p. 249.