‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 359 sur 403 · PARTIE II, CHAPITRE XXXVII · texte numérisé non relu

PARTIE II, CHAPITRE XXXVII

le consacroient par ce mélange : ce qui fait dire à Cérularius, patriarche de Constantinople, quele vin dans lequel on méle le corps réservé, est changé au sang précieux par ce mélange. »

Voilà manifestement assurer ce qu'au fond on sent bien qu'on ne sait pas. Il est constant qu'on réservoit du pain et du vin, témoin Nicétas : il est évident que si l'on ne réservoit que le pain, on s'en servoit pour changer au sang le vin qu'on ne réservoit pas, témoin Cérularius. Et ce qu'il y a de plus important, c'est que l'un de ces faits visiblement détruit l'autre. Car si sans réserver le vin, on le consacroit par le corps réservé, selon Cérularius, on ne réservoit pas le pain et le vin selon Nicétas : et ce qu'il y a encore de pire, c'est que Cérularius étoitle patriarche de Nicétas, et que c'étoit sous les ordres de ce patriarche que Nicétas disputoit contre les Latins. C'étoit donc dans le méme temps et dans la même église de Constantinople, que constamment, selon Nicétas, on réservoit le vin consacré, et que constamment, selon Cérularius , on ne réservoit que le pain avec lequel on changeoit le vin au sang précieux. Quelle plus grande confusion peut-on jamais imaginer dans un auteur? Et que diroit l'Anonyme, s'il trouvoit de pareilles contradictions dans nos écrits?

Mais enfin au fond, dira-t-on, peut-étre se trouvera-t-il que Cérularius et Nicétas, le patriarche et le moine à qui il a confié la défense de son église, assurent des faits contraires. Pour le voir une bonne fois , et n'y jamais revenir, il faut encore répéter l'endroit où l’Anonyme cite Nicétas. « Il est constant , dit-il, que les Grecs réservoient suffisamment du pain et du vin pour la communion des autres jours. C'est ce que nous apprend en termes formels Nicétas Pectorat, moine grec, dans sa dispute contre les Latins environ l'an de grace 1053 *. Nous sanctifions, dit-il, les dons le samedi, desquels nous en gardons suffisamment pour toute la semaine; et dans les autres jours, nous élevons le pain présanctifié, donnons les choses saintes aux saints par la communior du pain et de la coupe des mystères de Jésus-Christ. ?. »

Deux choses sont ici certaines : l'une que Nicétas parle de son temps : « Nous sanctifions, dit-il, nous gardons, nous élevons,

1 Anonyme, p. 245. — ? Nicet., disp. cum Latin.

nous donnons. » Voilà visiblement un homme qui. parle de son temps. L'autre chose, également certaine, est que l'Anonyme produit ce passage pour prouver qu'il est constant que l'Eglise grecque réservoit le vin aussi bien que le pain consacré ; de sorte qu'il sera vrai qu'à la face de l'univers, le patriarche et son religieux déposeront en méme temps de deux faits contraires à l'égard de la méme église de Constantinople. Mais comme c'est une absurdité qu'on ne peut pas soutenir, aussi n'y a-t-il rien de plus facile que de concilier ces contemporains sur un fait qu'ils voyoient tous deux tous les jours. Car Nicétas ne dit pas qu'on garde le pain et le vin, mais seulement qu'on garde les dons; c'est-à-dire les pains réservés et les parcelles qu'on en faisoit pour les distribuer : ce que la coutume appeloit les Dons. Il ne dit pas qu'on élève le pain etle vin présanctifiés; mais qu'on élève le pain présanctifié comme la partie du sacrement qu'on réservoit seule, et que seule on consacroit le jour précédent; et s’il parle de la coupe des mystères, c'est qu'il suppose avec Cérularius son patriarche, selon l'erreur que l’on commencoit d'établir alors, qu'elle devenoit sacrée, et la coupe des mystères par le mélange.

Mais comme cette doctrine ne remonte pas au-dessus de Cérularius et de Nicétas, et qu'avant ce temps il est impossible de trouver un seul homme qui l'ait enseignée, ce qui reste pour constant , c'est que la tradition que ces auteurs ont trouvée dans l'Eglise, est celle de réserver et de ne donner qu'une espèce dans l'Office des Présanctifiés, et cette tradition devoit nécessairement venir de plus haut. Car si l'on avoit ici changé quelque chose de ce qui se pratiquoit au commencement, ce changement seroit marqué comme les autres. Lorsque l'on a ajouté dans cet office, entre les autres prières, cette hymne d'adoration : Maintenant les puissances célestes, et le reste que nous avons rapporté, on a marqué cette addition, et il est marqué qu'elle a été faite sous le patriarche Sergius. On a introduit dans ce méme Office la coutume de mettre quelques gouttes du sang précieux sur le corps que l'on réservoit. La nouveauté en est observée; et l'on doit croire par cet exemple, que si l'on avoit innové quelque autre chose de considérable dans cet Office, on auroit remarqué cette innovation.

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