‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 37 sur 403 · ARTICLE VIII · texte numérisé non relu

ARTICLE VIII

Suite des égaremens du ministre, qui fait établir au concile trois naissances du Fils de Dieu, au lieu des deux qu'il confesse : l'une du Fils comme Dieu, et l'autre comme homme.

Quand il n'y auroit que ces trois naissances qu'il faudroit faire rx.

attribuer à Jésus-Christ par le concile, c'en seroit assez et trop «eoe a: pour confondre le ministre : car il fadarón dire au pied de la jii sunt lettre que Jésus-Christ est né trois fois, deux fois comme Dieu, et eei m une fois comme homme. Mais où les Pères de Nicée auroient-ils ci qe: pris ces trois naissances? Lorsqu'ils firent leur symbole, ils avoient "ss devant les yeux le commencement de l'Evangile de saint Jean, où 45 aux ils rencontroient d'abord cette naissance éternelle que les ariens "^^ contestoient au Fils de Dieu : « Au commencement le Verbe étoit, et le Verbe étoit en Dieu, et le Verbe étoit Dieu !. » Le voilà Dieu, « Fils unique de Dieu; » toujours « dans le sein de son Père ?, » comme il est expliqué un peu au-dessous. Aprés cette premiere et éternelle naissance, ils ne trouvolent que celle où il s'est fait homme : « Et le Verbe a été fait chair *;» ils n'avoient donc garde de penser à une troisième naissance également réelle, et c'est pourquoi en suivant le méme ordre et le même progrès que saint Jean, ils disent du Fils de Dieu à son exemple, « qu'il est né avant

1 Joan., 1, 1. — ? Ibid., 14, 18. — 9 Ibid., 14

Prophétie de Michée, qui s'accorde avec saint Jean:

que le Fils de Dieu seroit imparfait, s'il naissoit deux fois

comme

Dieu.

Que. la doctrine des deux naissances

tous les siècles, de la substance de son Père : » d’où ils passent incontinent à la seconde naissance : «Et il a été fait homme, » sans songer seulement à cette troisième qu'on voudroit aujourd'hui leur faire confirmer.

Un prophéte avant l'évangéliste avoit prédit ces deux nativités. Michée dans cette admirable prophétie qui étant rapportée dans saint Matthieu ‘, étoit continuellement à la bouche et devant les yeux de tous les fidèles, avoit dit : « Et toi, Dethléem, le eonducteur d'Israél sortira de toi: » mais de peur qu'on ne s'arrétàt à cette naissance humaine sans vouloir croire que le Sauveur sortit de plus haut, il ajoute : « Et sa sortie est dós le commencement , dès les jours éternels ?. » L'évangéliste et le prophète s'aceordent à raconter comme d’une voix ces deux nativités du Sauveur : l’une dans léternité, et l’autre dans le temps; l’une comme Dieu et l'autre comme homme; et la seule différence qu'il y a entre eux, c'est que l'un comme historien commence par la naissance éternelle, d’où il descend à la temporelle; et l'autre conduit d'abord par le Saint-Esprit à la crèche de Bethléem, où il contemple Jésus- Christ nouvellement né du sein de sa Mère, s'élève jusqu'au sein du Père éternel où il étoit engendré devant tous les temps. Mais dans ce progrès admirable, ni l’un ni l’autre ne trouve, pour ainsi parler, en son chemin cette troisième nativité qu'on. veut être si parfaite; et le concile de Nicée, qui les suit tous deux, n’en fait non plus nulle mention, mais passe seulement comme eux de la naissance éternelle à la temporelle. Car aussi n’y ayant en Jésus-Christ que deux natures, il pouvoit bien naître deux fois, mais non pas davantage; et le faire naître deux fois selon sa nature divine, comme si le Père éternel n’avoit pas pu tout d'un coup l'engendrer parfait, c'est attribuer au Pére et au Fils tant de changement et tout ensemble tant d'imperfection et tant de foiblesse , qu'une telle absurdité n'a pu entrer dans l'esprit d'aucun homme de bon sens, pour ne pas dire d'un si grand concile.

Il est vrai que nous trouvons dans la lettre d'Arius à saint Alexandre son évêque que quelques-uns, dont les noms ne sont pas venus jusqu'à nous, furent assez insensés pour avoir dit en

1 Matth., 11, 6. — ? Mich., v, 2.

Page 1