PARTIE II, CHAPITRE XLI
une fois les paroles consécratoires. Continuant à nous raconter la suite de la liturgie , il dit qu'après cette oblation où la consécration se faisoit, on venoit à la fraction, qui par ce moyen supposoit la consécration déjà faite. Or le mélange dont il est parlé dans le concile d'Orange suit la fraction, puisque sans doute on ne mettoit pas un pain entier dans le calice, mais la parcelle d'un pain rompu. Ce mélange donc, qui supposoit la fraction, supposoit à plus forte raison la consécration au sens dont il s'agit en ce lieu. Et voilà , pour la troisiéme fois, M. dela Roque qui abuse des mots contre sa propre science et contre ce qu'il a lui-même enseigné, quand il a écrit la chose à fond. Il ne fait done qu'éblouir les simples et les ignorans, et il attire sur lui la malédiction de celui qui dit : « Maudit l'homme qui fait errer l'aveugle dans son chemin, et qui lui met un empéchement devant ses pieds pour le faire trébucher ?. »
Qu'est-ce donc que cette consécration dont parle le canon d'0range, et que M. de la Roque fait tant valoir ? D'un côté je ne suis pas obligé de m'en mettre en peine, puisque déjà, de l'aveu de M. de la Roque, ce n'est pas ce que M. de la Roque prétend ; mais d'autre cóté la chose est si aisée et si triviale, que j'aurois tort de la taire à nos Frères. Personne n'ignore les divers sens que les anciens interprètes de la liturgie donnent au mot consécration. Il se prend ordinairement et dans sa propre signification pour l’endroit précis où les dons sont changés au corps et au sang : il se prend aussi quelquefois pour ce qu’on fait dans la liturgie envers le corps et le sang , pour honorer les mystères de Jésus-Christ et signifier la sanctification de son corps mystique. Le corps et le sang mélés ensemble dans lEucharistie, comme nous l'avons déjà dit, représentent dans leur union celle qui fut faite à la résurrection de Notre-Seigneur : le sang est uni au corps, comme à la source d’où il est sorti pour notre salut, et découvre au peuple fidèle un nouveau principe de grace dans la résurrection de Notre- Seigneur. Voilà le sacré mystère et la consécration que ce mélange contient. Que les ministres disent ce qu'il leur plaira de ce lan-
5 Hist. de l'Euchar., | part., chap. 1x, p. 109. — ? Deuter., xxvil, 18; Levit., xix, 14.
gage mystique: il est certain qu'il est ecclésiastique et bien connu des anciens ; et s'ils veulent quelque chose de plus simple, Alcuin leur dira que ce mélange du corps et du sang s'appelle consécration par cette raison particulière, « à cause que par ce moyen le calice de Notre-Seigneur contient toute la plénitude de son sacrement, » Mais, quoi qu'il en soit, toujours demeurera-t-il pour constant qu'en ce lieu le mot consécration ne peut signifier ce que M. dela Roque a prétendu. Tout ministre de bonne foi interrogé par un protestant, l'avouera sans peine. Ainsi aprés nous avoir vanté les anciens Grecs et les anciens Latins, M. de la Roque, destitué du canon d'Orange où il avoit mis sa principale confiance et la seule preuve authentique qu'il ait rapportée, n'aura pour tout ancien parmi les Grecs que Michel Cérularius, qui commenca le schisme en 1050 , et n'aura parmi les Latins qu'une parole équivoque de l'Ordre romain , neuf cents ans aprés les apôtres.