‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 372 sur 403 · PARTIE II, CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

PARTIE II, CHAPITRE XII

qui toutes deux convainquent de faux le sens qu'il donne au canon d'Orange.

La première , c’est qu'en expliquant la consécration, il raconte qu'elle se fait en l'Eglise grecque , lorsqu'aprés avoir récité les paroles de l'institution : « Céci est mon corps, ceci est mon sang, » ete., on dit ces mots : « O Seigneur, envoyez votre Saint- Esprit, afin qu'il fasse ce pain le sacré corps et ce vin le sacré sang de Jésus-Christ:.» Il ne se contente pas de nous montrer cette prière dans les Constitutions apostoliques : il en trouve de toutes semblables dans la liturgie de saint Jacques et de saint Mare : «et ainsi, poursuit-il, en celles de saint Basile , de saint Chrysostome , et généralement en toutes, à la réserve de la liturgie latine : je dis en celle d'aujourd'hui, car je ne saurois dissimuler qu'il n'en étoit pas ainsi anciennement ; et que selon toutes les apparences on a retranché de cette liturgie, je veux dire du canon de la messe, les prières qui suivoient, comme dans les autres, les paroles de l'institution , et par lesquelles prières les chrétiens faisoient la consécration pendant l'espace de mille ans.» Ils ne la faisoient donc pas par le mélange, sans paroles : ils la faisoient par des prières, et celle du sang comme celle du corps ; car il s’agit ici de l'une comme de l'autre, et l'on ne dit pas moins à Dieu: « Faites de ce vin le sang du Sauveur, » qu'on lui dit : « Faites de ce pain son corps. »

Il dira qu'il a décrit en ce lieu la consécration accoutumée, de la manière qu'elle se fait dans toutes les messes de l'année avec ses cérémonies ordinaires ?. Car c'est ce qu'il insinue dans la Réponse qu'il a faite contre moi ; mais c'est par où je le prends. Car dans le canon d'Orange ce n'est pas d'une messe du Vendredi saint , d'une Messe des Présanctifiés, ou d'une messe imparfaite qu'il s'agit : e'est de la messe à l'ordinaire, où l'on offre le calice avec le pain; ce qui ne se faisoit pas le Vendredi saint, ni dans la Messe des Présanctifiés. Donc à la messe dont il est parlé dans ce canon, la consécration méme du calice se faisoit à l'ordinaire par la priére, et non sans paroles par le mélange ; et en ce lieu le mot consécration nécessairement veut dire autre chose que la

1 Hist, de VEuchar., Y part., chap. vir, p. 73. — ? La Roq., p. 215.

consécration proprement dite, où le vin est changé au sang; donc M. de la Roque abuse le monde.

N'importe qu’il favorise les Grecsd'aujourd'hui, et qu'en avouant qu'on trouve dans toutes les liturgies, avec les paroles de l'institution : « Ceci est mon corps, ceci est mon sang , » les prières pour changer les dons, il aime mieux attribuer un si merveilleux effet à la prière des hommes qu'à la parole de Jésus-Christ : n'importe qu'il accuse à faux l'Eglise romaine d'aujourd'hui d'omettre la prière où l'on demande que « le pain soit fait le corps, et le vin le sang,» puisque nous le faisons encore aussi bien que les Grecs, et que la seule différence qu'il y ait entre eux et nous, c'est que nous la faisons devant, et eux aprés les paroles de l'institution : n'importe qu'envenimé contre l'Eglise romaine, il l’accuse sans fondement d'avoir tronqué son ancienne liturgie au préjudice de la pratique qu'elle avoit suivie durant mille ans. Tout cela est vain , tout cela est faux ; la liturgie de l'Eglise romaine se trouve de mot à mot comme on la dit aujourd'hui, dans des volumes et dans des auteurs qui ont neuf cents ans et mille ans d'antiquité , qui devoient donc, selon lui, avoir précédé ce retranchement qu'il prétend avoir été fait. Mais enfin quand tout cela seroit aussi vrai qu'il est visiblement faux, ceci nous demeurera toujours, que dans l'Occident comme dans l'Orient, durant mille ans, on a fait la consécration, du moins ordinaire, tant celle du sang que celle du corps, par des paroles : donc les Pères d'Orange, qui vivoient en 444, la faisoient ainsi, et ne la faisoient pas par conséquent par le mélange : done la consécration dont ils parlent n'est pas celle dont il s'agit, où le vin est changé au sang : donc, encore une fois, M. de la Roque abuse de la foi publique.

La seconde chose par où il s’est lui-même convaincu de faux, c'est ce qu'il dit de l'oblation. Car voici comment il raconte l'ordre de la messe et les oblations qui se font dans les anciennes liturgies!. La première est celle du peuple qui présente ses dons à l'autel, c’est-à-dire son pain et son vin; la seconde, selon lui, est l'oblation « qu'on faisoit à Dieu de ces mémes dons dans le propre moment qu'on les consacroit ; » et ici il rapporte encore

1 Hist. de l'Euchar,, I part., chap. vitr, p. 88, 89.

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