PARTIE II, CHAPITRE XLVIII
semblant de'douter de l'instruction des nouveaux baptisés !, et qui ne veut pas sentir saint Ambroise dans un style si coulant, si doux et si plein d'une solide et tendre piété, il sait bien en sa conscience qu'un tel doute est méprisé de tous les savans ; et que la froide critique de quelques auteurs de la religion pour contester ce livre à saint Ambroise, n'a servi qu'à faire voir qu'ils en étoient terriblement incommodés. Et aprés tout, qu'y a-t-il ici de nouveau? On trouve dans ces deux livres ce qu'on trouve dans tous les auteurs de ce temps : ce que les auteurs de ce temps ont recu de plus haut. Saint Justin a dit dés le commencement du second siècle, que les alimens ordinaires dont nos corps sont sustentés, deviennent l’Eucharistie « par la prière de la parole qui vient de Jésus-Christ ?. » L'Anonyme chicane ici sur le mot de prière, parce qu'il ne veut pas entendre qu'il y a une intention de prière dans les paroles;qu'on récite pour obtenir de Dieu un certain effet. Mais enfin il faut céder à ces termes de saint Justin; qui met la consécration?de l'Eucharistie « dans la parole qui vient de Jésus- Christ. » C'est en ce sens que saint Irénée a répété par deux fois, que le calice « mêlé de vin et d'eau, et le pain rompu, en recevant la parole de Dieu, deviennent l'Eucharistie du corps et du sang de Jésus-Christ?. » Quelle parole de Dieu recoit l'Eucharistie, si ce n'est celle que Jésus-Christ a proférée? Mais de quelque manière qu'on le veuille prendre, toujours est-ce une parole prononcée sur l'Éucharistie, et autant sur le vin que sur le pain, qui les fait devenir le corps et le sang. Les Pères de tous les siècles le disent également; et avant eux tous saint Paul avoit dit : « Le calice de bénédiction que nous bénissons : » et le Maitre même a été l'original de ces paroles consécratoires, en ce qu'il a dit séparément sur le pain : Cect est mon corps, et sur le vin : Ceci est mon sang, sanctifiant chacun de ces alimens par sa consécration particulière. Qu'on ne dise plus que ces paroles : « Ceci est mon corps, ceci est mon sang, » sont des paroles énonciatives et déclaratives. Car nous avons démontré cent et cent fois, et tous les siècles l'ont cru avant nous, qu'à celui qui est tout-puissant, dire et opérer c'est la même chose, et que
4 Anonyme, p. 257. — ? Just., Apol., I, n. 66, p. 83. — ? Iren., lib. V, cap. i1, n. 2 et seq.
sa parole qui est la vérité méme, se vérifie toujours par sa propre force. Ainsi à cette parole: Femme, tu es guérie *, la maladie disparoit; ainsi à ces mots puissans : Enée, le Seigneur Jésus vous guérit ?, le mouvement et la force reviennent à ce paralytique; et pour montrer qu'il y a une vertu de commandement dans ces énonciations de Jésus-Christ et des hommes lorsqu'ils agissent par sa puissance, c'est qu'en méme temps qu'il dit: Vos péchés vous sont remis ?, on entend que c'est lui qui les remet et qu'il exerce sa toute-puissance par ces paroles. Selon cette sainte doctrine, comme il y a une inteution de commandement dans ces paroles: Ceci est mon corps, ceci est mon sang, lorsque Jésus- Christ les prononce, de méme il y a aussi une intention de prière, lorsque nous les répétons en mémoire du premier effet qu'elles ont eu, afin d'avoir encore la méme grace. Quand donc l'Anonyme dit qu'on ne peut croire « que le récit de l'institution de l'Eucharistie soit invoquer Dieu, et qu'il faut avoir la cervelle troublée pour croire une telle extravagance *, » j'entends un froid grammairien, qui servilement attaché au son des paroles, dit des injures à ceux qui en prennent l'intention et l'esprit. Mais qu'il dise ce qu'il lui plaira : qu'il traite d'extravagance la doctrine de tous les siècles, il ne nous échappera pas par ce moyen, puisqu'enfin, soit que les paroles de Jésus-Christ répétées opèrent par ellesmémes tout le mystére, soit qu'il faille pour en appliquer la vertu, user d'une priére plus expresse, toujours demeurera-t-il pour certain que la parole y est nécessaire, que le calice comme le pain a sa bénédiction et sa consécration particulière; et que cette vérité est si manifeste, qu'il n'y a pas seulement un auteur ecclésiastique où on ne la trouve trés-clairement exprimée. De sorte que l'Anonyme semble avoir entrepris de joindre ensemble toutes les absurdités imaginables, lorsqu'il a dit que l'on consacroit sans paroles, ou avec des paroles prononcées la veille, ou enfin avec des paroles qui n'ont aucun rapport avec l'Eucharistie , soit qu'il ait voulu y faire servir l'Oraison Dominicale ou d’autres prières générales et indéfinies ; et qu'enfin tous les protestans montrent la derniére foiblesse, lorsque pressés non-seulement par l'Office 1 Luc., xit, 12. — ? Act., IX, 34. — ? Luc., vit, 48. — * Anonyme, p. 258.