‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 393 sur 403 · PARTIE II, CHAPITRE XLVIII · texte numérisé non relu

PARTIE II, CHAPITRE XLVIII

Ecoutons maintenant saint Ambroise, dans l'instruction admirable qu'il donne aux initiés, ou à ceux qui avoient été baptisés nouvellement. Il dit que dans le mystère de l'Eucharistie, « c'est par la bénédiction plus forte que la nature, que la nature même est changée; que dans cette divine consécration, c'est la parole de Notre- Seigneur qui opère: que celte parole de Jésus-Christ, qui a pu faire ce qu'il lui a plu de ce qui n'étoit pas, a bien pu changer ce qui étoit en ce qu'il n'étoit pas !. » I1 ajoute aussitôt après, que par ces paroles célestes, et par cette bénédiction de Notre-Seigneur, le sang autant que le pain est consacré; et par ce moyen , il nous apprend à ne chercher pas pour le vin une autre sorte de consécration.

L'Anonyme répond que, lorsque saint Ambroise dit que tout se fait « par la parole de Jésus-Christ, c'est à dire par sa vertu et selon son institution ?. » Mais il n'a pas voulu songer que constamment, selon saint Ambroise, on répétoit ces paroles de Jésus- Christ : Ceci est mon corps; ceci est mon sang; et que c'est à ces paroles, ainsi répétées, que ce Père attribue la consécration et le changement. « Jésus-Christ crie : CECI EST MON corps : devant la bénédiction de ces paroles célestes, on nomme une autre espéce, » c'est-à-dire du pain: « aprés la consécration, on exprime que c’est le corps de Jésus-Christ; il dit que C’EST SON sac : devant la consécration on nomme une autre chose, » c'est-à-dire on nomme du vin : « après la consécration on nomme du sang; et vous dites: AMEN, il est vrai. Que votre esprit confesse au dedans ce que votre bouche prononce ?. »

Qui ne voit donc qu'il parle ici de ce qui se fait dans l'Eglise à la célébration des mystères, et que c'est aux paroles de Jésus- Christ qu'on y répète, qu'il attribue la vertu? Et cependant l'Anonyme s'emporte ici contre moi, comme si j'avois falsifié les paroles de saint Ambroise: « Hé donc! faut-il aprés avoir corrompu la foi des Péres, corrompre et falsifier leurs témoignages *? » Laissons-lui passer son exclamation, pourvu du moins qu'on reconnoisse la coutume perpétuelie des protestans , de faire la con-

1 De iis qui init. seu de Myst., cap. 1x, n. 50. — ? Anonyme, p. 257. — 3 Ambr., De iis, etc, — * Anonyme, p. 257,

tenance la plus triomphante quand ils savent le moins où ils en sont. |

Notre auteur montre bien la confusion où il est, lorsqu'il fait semblant d'ignorer le passage du livre des Sacremens ; et il dit quil y répondra quand j'en aurai marqué l'endroit. Je l'avois marqué à la marge; et s'il avoit seulement ouvert les yeux, il y auroit vu l'endroit que j'y ai marqué; il y auroit lu ces paroles : « Voulez-vous savoir comment la consécration se fait par des paroles célestes? Le prétre dit : Rendez-nous cette oblation approuvée, raisonnable, ratifiée, qui est la figure du corps et du sang *. » Le ministre à cru peut-étre que le mot de figure me feroit peur, et que je n'oserois jamais produire ces paroles. Il se trompe; car la suite va faire voir que si avant la consécration l'oblation n'est encore qu'une figure, elle devient la vérité aussitôt aprés. Car cet excellent auteur expliquant la suite de la consécration, en attribue la vertu aux paroles de Jésus-Christ qu'on répète : « Devant, ditil, qu'on ait consacré, c'est du pain; mais quand les paroles de Jésus-Christ sont prononcées, c'est le corps de Jésus-Christ. » Il en dit autant du sang, afin qu'on ne s'aille pas imaginer qu'il puisse étre consacré d'une autre sorte: « Devant les paroles de Jésus- Christ, poursuit ce Pére, c'est un calice plein de vin et d'eau : quand les paroles de Jésus-Christ ont fait leur opération, là est fait le sang de Jésus-Christ, qui a racheté le monde. Voyez donc, conclut-il, en combien de manières la parole de Jésus- Christ est puissante pour tout changer. »

Qu'importe que cet auteur soit un autre que saint Ambroise, ou saint Ambroise lui-méme (a), puisqu'il est constant d'ailleurs que c'est un auteur ancien, qui n'a fait qu'étendre et expliquer, mais toujours avec la méme douceur et un semblable génie, ce que saint Ambroise a compris en moins de paroles dans l’instruction des nouveaux baptisés. Nos adversaires ne gagnent rien dans ces disputes, et en divisant les auteurs, ils ne font que multiplier les témoins qui déposent contre eux. Pour l'Anonyme, qui fait ici

{ Lib. IV, cap. v.

(a) Le livre des Sacremens a été attribué à saint Ambroise pendant huit ou neuf siècles, sans aucune contesiation; les hypocrites des temps modernes en ont seuls contesté l'authenticité.

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