PARTIE IL, N. CXV
campagne et dans ma chapelle domestique entendre la messe quelquefois avec un habillement un peu plus aisé que ceux qu'on porte en publie, quoique toujours long et régulier, et que ma robe (car il descend jusqu'à ces bassesses) n'étoit pas assez boutonnée à son gré ; d’où il conclut et répète trois ou quatre fois qu'il n'est pas possible que je croie aux mystères ni à la transsubstantiation. Voilà cet homme de ma communion , qui à son grand malheur n'en est plus : le voilà, dis-je, celui qui rend un si mauvais témoignage de ma foi: c'est le méme qui a raeonté à M. Jurieu tout ce qu'il rapporte de ma conduite; c'est le méme qui lui a dit encore que je menois les gens à la messe à coups de barre : car il rapporte dans son libelle qu'il m'a vu en pleine rue menacer et charger d'injures les prétendus réformés qui ne vouloient pas m'en croire, avec un emportement qui tenoit de la fureur. M. Basnage a relevé cette historiette fausse en toutes ses parties, et l'a jugée digne d’être placée dans sa préface à la tête de sa Réponse aux Variations. Il est vrai qu'il se dédit dans cette préface de la circonstance d'un garde-fou, sur lequel dans le corps de l'ouvrage il me faisoit monter comme sur un théátre pour y crier des injures aux passans qui refusoient de se convertir ?, Mais enfin au garde-fou prés,il soutient tout le reste comme vrai. « On m'a veüà forcer un malade à profaner les mystéres les plus augustes, et à recevoir le sacrement contre sa conscience; » moi qui n'ai donné les mystères qu'avec les épreuves et les précautions que Dieu sait et que tout le monde a vues. Les ministres prennent plaisir à exagérer mes violences et ma feinte douceur avec aussi peu de vérité que le reste qu'on vient d'entendre ; pour éloigner s'ils pouvoient ceux à qui je tâche dans l'occasion, et lorsque Dieu me les adresse, d'enseigner la voie de salut en toute simplicité ; et tout cela sur la foi d'un apostat qui peut-être leur a déjà échappe, et dont en tout cas je puis leur répondre qu'ils seront bientót plus las que moi qui l'ai supporté avec une si longue patience. Nous ne laisserons pas cependant de purger l'aire du Seigneur; et puisque ces Messieurs se glorifient d'en ramasser la paille, ils pourront recueillir encore d'un si grand nombre de 1 Tabl., lett. vi, — ? Basn., tom. 1, I part., cap. 1, p. 1, 4.
bons et de fidéles pasteurs trois ou quatre loups dont j'ai délivré le troupeau de Jésus-Christ, et il ne tiendra qu'à M. Jurieu d'enrichir de leurs faux rapports le récit qu'il a commencé de ma conduite.
Je ne dirai rien davantage sur ses calomnies : tout le monde s'en plaint dans son parti où il se rend redoutable par ce moyen : venons à des matières plus importantes. Il me reste encore à traiter la partie la plus essentielle de cet Avertissement, qui est l’état de nos controverses et de la religion protestante. Maïs pour donner du repos à l'attention du lecteur, je réserve cette matière à un discours séparé. Il est digne par son sujet d’être examiné et travaillé avec soin. Il paroitra pourtant bientôt, s'il plaît à Dieu : et ceux qui ont de la peine à me voir si longtemps aux mains avec un homme aussi décrié, méme parmi les honnétes gens de son parti, que le ministre à qui j'ai affaire, peuvent s'assurer qu'aprés avoir ajouté ce dernier éclaircissement aux matières trés-essentielles qu'il m'a donné lieu de traiter, je ne reprendrai plus la plume contre un tel adversaire, et je lui laisserai multiplier ses paroles, et répandre à son aise ses confusions.