‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 68 sur 403 · PARTIE II, N. CXV · texte numérisé non relu

PARTIE II, N. CXV

des faits particuliers ou de sortir des bornes d'une légitime réfutation. Mais pour lui, qui le peut porter à raconter tant de faits visiblement calomnieux qui ne font rien à notre dispute, si ce n'est qu'il veut la changer en une querelle d'injures? « Son zèle, dit le ministre (c'est de moi qu'il parle), paroist grand pour la divinité de Jésus-Christ : qui n'en seroit édifié? Il y a pourtant des gens qui croient que tout cela n'est qu'une comédie; car des personnes de la communion de l'évesque de Meaux lui ont rendu méchant témoignage de sa foy.» Mais par quelle règle de l'Evangile lui est-il permis d'inventer de tels mensonges? Est-ce qu'il croit que dès qu'on n'est pas de la méme religion, ou qu'on écrit contre quelqu'un sur cette matière, il n'y a plus, je ne dirai pasde mesures d'honnéteté et de bienséance, mais de vérité à garder, en sorte qu'on puisse mentir impunément, et imputer tout ce qu'on veut à son adversaire; ou bien quand on n'en peut plus, qu'on soit en droit pour se délasser, de lui dire qu'il ne croit pas la divinité de Jésus-Christ, et qu'il fait dela religion une comédie? «Des gens de ma communion me rendent mauvais témoignage sur ma foy.» Qui sont-ils ces gens de ma communion? Depuis vingt ans que je suis évêque, quoiqu'indigne, et depuis trente ou trente-cinq ans que je préche l'Evangile, ma foi n'a jamais souffert aucun reproche : je suis dans la communion et la charité du Pape, de tous les évêques , des prêtres, des religieux, des docteurs, et enfin de tout le monde sans exception ; et jamais on n'a oui de ma bouche ni remarqué dans mes écrits une parole ambigué, ni un seul trait qui blessát la révérence des mystères. Si le ministre en sait quelqu'un, qu'il le relève : s'il n'en sait point, lui est-il permis d'inventer ce qu'il lui plait? Et quil ne s'imagine pas en étre quitte pour avoir ici ajouté: « Je ne me rends pas garant de ces oui-dire : seulement puis-je dire que le zéle qu’il fait paroistre pour les mystéres ne me persuade pas qu'il en soit persuadé '. » Voilà son style. Un peu aprés, sur le sujet du landgrave, il ose m'accuser de choses que l'honnéteté etla pudeur ne me permettent pas de répéter. Comme il sait bien que ce sont là des discours en l'air et des calomnies sans fonde- ! Tabl., lett. VI, p. 300.

ment, il apaise sa conscience et se prépare une échappatoire, en disant: «Je n'en sais rien : je veux croire qu'on lui fait tort *, » Il me semble que j'entends celui qui en frappant de sa lance, et en jetant les traits de ses calomnies, s'il. est surpris dans le crime de nuire frauduleusement à son prochain, dit : Je l'ai fait en riant ?. Celui-ci, aprés avoir lancé ses traits avec toute la violence et toute la malignité dont il est capable, et aprés les avoir trempés dansle venin de la plus noire calomnie, dit à peu prés dans le méme esprit : Je n’en sais rien, je ne garantis pas : mais s’il n'en savoit rien, il falloit se taire, et n'alléguer pas, comme il fait, pour toute preuve des ou?-dire, ou quand il lui plait, la réputation ?, à qui il fait raconter ce qu'il veut, et qu'on n'appelle pas en jugement.

Mais puisqu'il ne veut pas nommer ses auteurs ni ces gens de ma communion, qui lui ont rendu de si mauvais témoignages de ma foy, je veux apprendre ce secret au publie. Un religieux, curé dans mon diocèse dont je l'ai chassé, non pas, comme il s'en est vanté, à cause qu'il penchoit à la Réforme prétendue, car je ne lui ài jamais remarqué ce sentiment; mais parce que souvent convaincu d'étre incapable de son emploi, il m'a supplié lui-même de l'en décharger : ce curé ne pouvantsouffrir la régularité de son cloître où je le renvoyois, s’est réfugié entre les bras de M. Jurieu, qui s'en vante dans sa Lettre pastorale contre M. Papin: « Plus d’ecclésiastiques, dit-il *, se sont venus jeter entre nos bras depuis la persécution, qu'il n'y ena eu en quatre-vingts ans de paix. » Nous en connoissons quelques-uns de ces malheureux ecclésiastiques, qui nous avouent tous les jours avec larmes et gémissemens qu'en effet ils ont été chercher dans le sein de la Réforme de quoi contenter leur libertinage. Parmi les ecclésiastiques que M. Jurieu se glorifie d'avoir recus entre ses bras, celuici, tout misérable qu'il est, a été l'un des plus importans ; et c’est lui qui sous la main de ce ministre a publié un libelle contre moi, où il avance entre autres choses dignes de remarque, queje ne crois pas la transsubstantiation, à cause, dit-il, qu'il m'a vu à la

1 Tabl., lett. vt, p. 300. — ? Prov., xxvi, 19. — ? P. 281, 301. — * Lett. past. cont. Pap., p. 1.

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