PARTIE III, N. XIII
leur fait dire qu'ils sont mille contre un : mais depuis quel temps et en quel pays? Je leur soutiens qu'avant les sociniens et les anabaptistes, il n'y a pas eu un seul docteur de marque qui ait appuyé leur sentiment. » Il ne s'agit pas de savoir ce qu'on pensoit sur la tolérance avant les sociniens et les anabaptistes ; c'està-dire, si je ne me trompe, avant que le nombre en füt grossi au point qu'il est : il s'agit de répondre s'il est vrai que les tolérans soient aujourd'hui mille contre un, comme ils s'en vantent: le ministre n'ose le nier, et ne s'en tire qu'en biaisant. « Nous sommes, disent-ils, mille contre un : c’est, répond-il !, une fausseté ; et je ne connois pas de gens fort distingués qui soient dans ce sentiment. » Quelque beau semblant qu'il fasse, et malgré le démenti qu’il leur donne, il biaise encore : les indifférens qu'il attaque se vantent, à ce qu'il dit, de la multitude, et il leur répond sur les gens de marque, sur la distinction des personnes. Mais si on lui demandoit comment il définiroit ces gens distingués, il biaiseroit encore beaucoup davantage; et on ne voit que trop, quoi qu'il en soit, que l'indifférence prend une force invincible dans la Réforme, et que c'est là ce torrent impur auquel M. Jurieu s'oppose en vain.
Mais les actes du synode Vallon, tenu à Amsterdam le 23 août et les jours suivans de l'an 1690, achévent de démontrer combien ce torrent est enflé et impétueux. Trente-quatre ministres de France réfugiés en Angleterre se plaignent à ce synode « du
OM n . . : FE "i scandale que leur causent ces ministres réfugiez, qui, estant in-
fectez de diverses erreurs, travaillent, disent-ils?, à les semer parmi le peuple..... Ces erreurs, poursuivent-ils , ne vont à rien moins qu'à renverser le christianisme; puisque ce sont celles des pélagiens et des ariens, que les sociniens ont jointes à leurs systèmes dans ces derniers siècles. » On voit qu'ils parlent en mémes termes que le ministre Jurieu, et qu'ils reconnoissent comme lui la ruine du christianisme dans ces erreurs. Mais le reste s'explique encore beaucoup mieux. « Il y en a, continuentils, qui soutiennent ouvertement ces erreurs : il y en a d'autres
1 P. 558. — ? Leltres écrites au syn. d' Amst. par plus. min. réf. à Londres ; Tabl., lett. v1tI, p. 559.