‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 74 sur 403 · PARTIE III, N. X, XI · texte numérisé non relu

PARTIE III, N. X, XI

fruit du commerce trop étroit que quelques théologiens anglois ont eu avec les œuvres d'Episcopius. » A la fin donc il avouera que c’est par principe, à l'exemple d'Episcopius, que l'Angleterre devient indifférente. Ce n'est pourtant que quelques théologiens anglois. Car il faut toujours exténuer le mal, et couvrir autant qu'on pourra la honte de la Réforme chancelante, qui ne sait plus ce qu'elle veut croire, ni presque méme si elle veut être chrétienne, puisqu'elle embrasse une indifférence, qui selon M. Jurieu ne tend à rien de moins qu'à renverser le christianisme. En effet, quoi qu'il puisse dire de ce petit nombre de théologiens défenseurs d'Episcopius, le nombre en est assez grand pour faire penser à une infinité de gens, qui en ont assuré M. Jurieu que l'Angleterre ne faisoit point de facon de déclarer son indifférence, ef de tirer les sociniens du nombre des hérétiques.

Voilà pour ce qui regarde l'Angleterre, où l'on voit que les m dispersés indifférens ont trouvé le champ assez libre : voyons ce ce même qu'ils auront trouvé en Hollande. « Ils ont abusé, dit notre mi- Ve mo nistre!, de la tolérance politique qu'on avoit ailleurs pour les sao v différentes sectes : » nous entendons ce langage et la liberté de site. — ces pays-là, qui a fait dire, comme on vient de voir, à M. Jurieu que tout est plein d'indifférens dans ces provinces ?. M. Dasnage n’en a pas moins dit, puisqu'il nous assure que l’hérétique ma rien à craindre dans ces bienheureuses contrées ? : et sans besoin d'édits pour sy maintenir, tout y est tranquille pour lui. Mais cette tolérance politique, dont on prétend que les dispersés ont abusé, va bien plus loin qu'on ne pense, puisque selon M. Jurieu", ceux qui l'établissent « ne vont pas à moins qu'à ruiner les principes du véritable christianisme...., à mettre tout dans l'indifférence, et à ouvrir là porte aux opinions les plus libertines : » ce que le méme ministre confirme en ajoutant un peu après”, que « par là on ouvre la porte au libertinage, et qu'on veut se frayer le chemin à l'indifférence des religions. »

Ainsi la tolérance civile, c'est-à-dire l'impunité accordée par sn ae

1 Tabl., lett. I, p. 8. — 2 Droits des deux souver., préf. ci-dessus, n. T. —

3 Basn., t. I, cap. vi, p. 492. — * Tabl., lett. vitz, p. 369. — 5 Jbid., p. 402.

la tolévin- le magistrat à toutes les sectes, dans l'esprit de ceux qui la soui ND tiennent est liée nécessairement avec la tolérance ecclésiastique, Min et il ne faut pas regarder ces deux sortes de tolérances comme «ne des opposées l'une à l'autre, mais la dernière comme le prétexte dont

icu l'autre se couvre. Si on se déclaroit ouvertement pour la tolérance

AME ecclésiastique, c'est-à-dire qu'on reconnüt tous les hérétiques pour vrais membres et vrais enfans de l'Eglise, on marqueroit trop évidemment l'indifférence des religions. On fait done semblant de se renfermer dans la tolérance civile. Qu'importe en effet à ceux qui tiennent toute religion pour indifférente, que l'Eglise les condamne? Cette censure n'est à craindre qu'à ceux qui ont des églises, des chaires, ou des pensions ecclésiastiques à perdre : quant aux autres indifférens, pourvu que le magistrat les laisse en repos, ils jouiront tranquillement de la liberté qu'ils se donnent à eux-mémes, de penser tout ce qu'il leur plait, qui est le charme par où les esprits sont jetés dans ces opinions libertines. C'est pourquoi ils font tant de bruit, lorsqu'on excite contre eux le magistrat : mais leur dessein véritable est de cacher l'indifférence des religions sous l'apparence miséricordieuse de la tolérance civile.

C'est ce qui fait dire à M. Jurieu, « que de tous les voiles derriere lesquels se cachent les indifférens, le dernier et le plus spécieux c'est celui de la tolérance civile'. » Elle ne fait done pas, encore un coup, dans la Réforme un parti opposé à celui de l'indifférence des religions, mais le voile sous lequel se cachent les indifférens, et le masque dont ils se déguisent.

xi. Mais si cela est, comme il est certain, et que le ministre le prouve ue par des argumens démonstratifs ?, on peut juger combien est immense le nombre des indifférens dans la Réforme, puisqu'on "hue, y voit les défenseurs de la tolérance civile se vanter publiquement oem qu'ils sont mille contre un ?. Et que ce ne soit pas à tort qu'ils s'en glorifient, l'embarras de M. Jurieu me le fait croire : car écoutons ce qu'il leur répond: « Ils se font, dit-il*, un plaisir de

voir je ne scay combien de gens qui paroissent les flatter, et cela

! Tabl., lett. var, art. 1, p. 398. — ? Ibid. et suiv. — 3 Ibid., 415, 495. — * Ibid.

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