‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 77 sur 403 · PARTIE III, N. XV · texte numérisé non relu

PARTIE III, N. XV

raires sement dans le public et dans le particulier des erreurs capitales, et d'autant plus dangereuses que sous le nom affecté de la charité et de la tolérance, elles tendent à faire glisser dans l'ame des simples le poison du. socinianisme et l'indifférence des religions. » Les avis ne viennent done pas d'Angleterre seulement, mais encore de plusieurs églises des Pays-Bas protestans : le mal se répand partout en decà et au delà dela mer; et on exhorte les fidèles à résister courageusement à ce torrent *. C'est donc toujours un torrent dont le cours menace la Réforme: le synode aussi n'épargne rien de ce qui dépend de sa lumière et de son autorité : il suspend, il excommunie; il suscite de tous cótés des observateurs pour veiller sur ce qui se dit non-seulement dans les chaires, mais encore dans les conversations : il autorise autant qu'il se peut les dénonciateurs; il fait en un mot ce que la Réforme a tant blàmé dans la conduite de Rome, et ce qu'elle a tant appelé une tyrannie, une gêne des consciences. Encore n'est-ce pas assez; et voici à quoi les exhorte M. Jurieu. « Il est juste, leur dit-il?, afin que peu de gens soient suspects, que vous employiez des voies seures et non équivoques pour distinguer les innocens des coupables. Les mesures que vous avez prises dans votre dernière assemblée, (c'est celle dont on vient de voir la sévérité) quelque bien concertées qu'elles paroissent, ne se trouvent pas encore suffisantes pour découvrir les ennemis de nos véritez, et pour soumettre ces esprits qui méprisent vos derniers réglemens avec tant de hauteur. C'est pourquoy j'espère, poursuit-il, que dans votre prochaine assemblée vous prendrez des résolutions encore plus fortes et plus efficaces pour arrester le mal: » par où nous voyons tout ensemble et le peu d'effet du synode d'Amsterdam, et les nouvelles rigueurs qu'on prépare, non plus pour punir les tolérans déclarés, mais pour les discerner etles découvrir comme gens qui se cachent. La Réforme change de méthode : tout s'y échauffe : ceux qu'on ne pourra convaincre d’être hérétiques, seront recherchés, seront punis comme suspects, et rien ne sera à couvert de l'inquisition que M. Jurieu veut établir.

On demandera peut-étre ici quel rapport il y a ou de l'indiffé-

1 P. 567. — ? Tabl., lett. vint, p. 397.

xy.

Rapportdu

socinianis- TeDee au socinianisme ou du socinianisme à l'indifférence : c'est me avec . . M 22 LA

riam. €e que M. Jurieu explique trés-nettement, lorsqu'il dit que la rence

&s rai- Méthode des sociniens, qu'il entreprend de combattre, est d'insi-

gions selon

x.Jwie; Quer d'abord « qu'il ne s'agit de rien d'important entre eux et les "ume. autres protestans qui ont abandonné le papisme : que ce sont des "S we! disputes très-légères, et qu'on peut croire là-dessus tout ce que a qu. l'on veut '; Quand cela est fait, continue-t-il, et qu'ils ont per- "7 -suadé que le socinianisme est une religion oü l'on peut se sauver, il ne leur est pas difficile d'achever et de pousser les esprits dans la religion socinienne : parce que le socinianisme est une religion de plain-pied, qui léve toutes les difficultez et aplanit toutes les hauteurs : » ce qui fait, conclut-il, « qu'on est bien aise de trouver un lieu oü l'on puisse se sauver, sans étre obligé de croire lant de choses qui incommodent l'esprit et le cœur. » On ôte tous les mystères, on éteint les feux éternels, et on ne cherche qu'à se mettre au large. C'est ainsi que l'indifférence et le socinianisme sontliés; et il est aisé de comprendre que ce torrent débordé de sociniens ou d'indifférens dont la Réforme se plaint elle-méme et qu'elle ne peut retenir, entraîne naturellement les esprits à cette

religion de plain-pied qui aplanit toutes les hauteurs du chri-

stianisme.

TAS Pour exténuer un mal à qui la Réforme prépare déjà d'extrémes ue la * : * . .

cotim- remèdes, le ministre voudroit nous faire aecroire qu'il nous est

lion. de j ; eps Ed commun avec elle. « La communion de Rome a senti, dit-il *, ce catholique i e ; ; - | : à s'oppose à 2» A z n S

se à torrent d'impiétez qui a presque inondé toute l'Eglise : ce qui a

qe obligé ses auteurs à écrire plusieurs ouvrages pour prouver la ae vérite de la religion chrétienne. » Sur ce fondement il nous donne qui lice « des déistes à la Cour et des sociniens dans l'Eglise en assez grand ie nombre : » en sorte que nous n’avons rien à reprocher à la Ré- Mq forme de ce côté-là. Pour rendre les choses égales, il faudroit

mal que a encore nous nommer les royaumes catholiques où lon préche publiquement le socinianisme et l'indifférence; les conciles qu'on. y lient contre ces erreurs, et les moyens extraordinaires dont on croit y avoir besoin pour en exterminer les sectateurs. Du moins peut-on assurer que les sociniens font peu de bruit dansle monde,

! p, 42, 13. — ? Tabl., lett. 1, p. 11, 12.

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