PARTIE IIT, N. XVI
et pour moi qui pourrois peut-étre en rencontrer quelques-uns, s'il y en avoit dans l'Eglise autant que dit le ministre, je n'en puis pas nommer un seul. Mais aprés tout et pour le prendre de plus haut, la question n'est pas de savoir si le nombre des indifférens, c'est-à-dire celui des impies, s'augmente dans la chrétienté , et s'il peut y en avoir de cachés parmi nous : ce qu'il faut examiner, c'est d'oü cette race est venue, de quel principe elle est née, et pourquoi elle se déclare hautement parmiles protestans. D'abord on avouera, pour peu qu'on ait de bonne foi, que l'Eglise romaine y est opposée par sa propre constitution. Une Eglise qui pose pour fondement qu'il n'y a de vie ni de salut que dans sa communion, sans doute est opposée par sa nature à l'indifférence des religions. Une Eglise qui a pour règle dela foi, qu'elle doit avoir aujourd'hui celle qu'elle avoit hier, qui croit que celle d'hier est celle de tous les siècles passés et futurs, en sorte que la vérité régnera éternellement dans sa communion, et qu'il y a une promesse divine qui l'en assure, est incompatible par son propre fonds avec toutes les nouveautés ; et d'autant plus opposée à celle des sociniens et des tolérans ou indifférens, que leurs innovations sont plus hardies. Qu'on vienne dire à une telle Eglise qu'elle ne doit pas adorer le Fils de Dieu autant que le Pére, ou que Jésus-Christ n'est pas proprement un Rédempteur qui ait vraiment satisfait pour elle et payé un prix infini;ou que l'enfer n'est pas éternel comme la béatitude qui nous est promise; ou qu'on puisse trouver son salut autre part qu'avec Jésus-Christ et son Eglise : elle bouchera ses oreilles pour ne point ouir de tels blasphémes, et repoussera de toute sa force ces novateurs avec un concours universel : il faut qu'ils sortent ou qu'ils se cachent si bien, qu'il neleur reste d'asile que celui de l'hypocrisie, qui se condamne elle-même à des ténèbres éternelles. Voilà où en sont réduits tous les novateurs dans lEglise catholique. Qu'on laisse reposer les peuples sur cette foi et sur la promesse divine, jamais les nouveautés ne seront seulement écoutées. Mais quel'on commence à dire avec la Réforme qu'il y a sept ou huit cents ans, plus ou moins, que l'erreur et l'idolátrie règnent dans l'Eglise, c'en est fait; la chaîne est rompue; la promesse est anéantie; on ne tient plus à la suc- TOM. XVI. 9
cession. L'Antechrist, quine commencoit qu'au septième ou huitième siècle, si l'on veut, prendra naissance au cinquième ef en la personne de saint Léon : si l'on veut, la corruption aura commencé au concile de Nicée : ce sera plus tôt, si l'on veut, et dés le temps qu'on a condamné Paul de Samosate qui nioit la préexistence du Fils de Dieu : il n'y a plus de digues à opposer à cette pente secréte qui porte l'esprit de l'homme à cette religion de plain-pied qui supprime tout l'exercice de la foi; et tout devient indifférent.
XVIL. Qu'ainsi ne soit; mettons aux mains un de ces protestans in-
diirence différens, sociniens, pajonistes, arminiens, si l'on veut, car tous sons as Ces noms symbolisent fort, avec quelque bon réformé, avec Saw s M. Jurieu lui-même; et voyons s'il pourra le vaincre par les prind né- cipes communs de la Réforme. Cet indifférent a trois règles : la vorige premiere : Il ne faut connoitre nulle autorité que celle de l'Ecrids andi
férens. (ure : celle-là seule est divine : ne me parlez ni d'Eglise ni d'antiquité ni de synode : ce sont tous moyens papistiques; et la Réforme m'apprend que tout cela n'est pas ma règle. La seconde règle de notre indifférent : L' Ecriture pour obliger doit être claire ; ce qui ne parle qu'obscurément ne décide rien et ne fait qu'ouvrir le champ à la dispute : telle est la seconde règle de l'indifférent. La troisième et la dernière : « Où l'Ecriture paroist enseigner des choses inintelligibles, et où la raison ne peut atteindre, comme une Trinité, une Incarnation, et le reste; il faut la tourner au sens. dont la raison peut s'accommoder , quoyqu'on semble faire vio lence au texte. » Tout roule sur ces trois maximes : mais voyons un peu plus dans le détail comment les indifférens les emploient, et si les vieux réformés pourront les nier ou en éviter les conséquences.
xm — Parla première maxime, Nulle autorité que celle de l'Ecriture, ak às ils excluent d'abord toutes les confessions de foi de la Réforme, "We de parce qu'elles sont faites, reçues, autorisées par des hommes à ri. Sujets à errer comme les autres. Quand donc les'trente-quatre inde réfugiés d'Angleterre pressent le synode d'Amsterdam de réduire ^. et les proposans et les ministres à Ja. confession belgique ; première-
qu'elle les
met à cou Inent, ils ne disent rien; car ils ne veulent les y soumettre que
- PARTIE III, N. XIX, XX. 131 dans les articles capitaux, sans expliquer quels ils sont t. Secon- vet de ce
: ? . 3 - 5 que les dement, ils demandent qu'on impose à ces proposans et à ces mi- — vowe- ) a 2 , ^ . ; / quatre rénistres un joug humain, et qu'on leur óte la liberté que l'Evan- tusiés proposent
gile réformé leur a donnée de tout examiner, et méme les réso- contre eux lutions et les décisions les plus authentiques de l'Eglise.
Cette raison met à couvert nos indifférens de la décision du xx. synode même, lorsqu'il leur défend « de rien supporter de ce qui snc pourra contrevenir à la doctrine enseignée dans la parole de Dieu, itis: dans la confession de foy , et dans le synode national de Dor- convert de drecht ? : » car d'abord la parole de Dieu visiblement n'est mise là du synade que pour la forme : autrement de deux choses l'une; ou le synode dam qui leur défendroit de supporter les luthériens contre le décret de duis
Charenton et le sentiment unanime de la Réforme calvinienne; ou passée. elle les forceroit à confesser que la présence réelle, l'ubiquité et le
reste qu'il faut passer aux luthériens, n'est pas contraire à la parole de Dieu, puisque s'il y étoit contraire, selon les termes de
ce synode, on ne pourroit plus le supporter.
Il en faudra done venir à dire que la parole de Dieu n'est mise là qu'à condition de l'entendre selon les interprétations des confessions de foi et du synode de Dordrecht : ce qui est manifestement la doctrine que la Réforme a improuvée dans les catholiques, et une restriction de la liberté qu'elle a donnée d'interpréter l'Ecriture chaeun selon son esprit particulier.
Que si M. Jurieu répond, selon les principes de son Système, xx. que ces confessions de foi n'obligent pas en conscience, mais à wie ds titre de confédération volontaire et arbitraire, comme il parle ?, aoi où l'on a pu recevoir et d'où aussi l'on peut exclure qui l’on veut, "uc, il demeurera pour certain qu'on en peut croire en conscience x, Turin, tout ce qu'on voudra, et que le refus qu'on feroit d'y souscrire ne s con. pourroit avoir que des effets politiques qui n'auroient aucune ‘wemporte liaison avec le salut. ood
Qu'ainsi ne soit : selon ce ministre, on pouvoit régler de telle "^ manière ces confédérations des églises, par exemple, de Genève et de Suisse, que les pélagiens et semi-pélagiens n'en auroient
1 p. 561. — ? P. 567. — 9 Préj. lég., p. 6; Syst., p. 246 et suiv., 254 et suiv.;
Hist. des Var., liv. XV, n. 66 et suiv.
pas été exclus : «et ce qui est bien certain, dit-il, c’est qu'on n'a pas eu dessein de damner ceux qui embrasseroient le semi-pélagianisme ! : » en les excommuniant on ne les exclut que de cette confédération particulière, de cette église et de ce troupeau particulier, et non pas en général de la société de l'Eglise et encore moins du salut. On est donc encore libre en conscience de croire ce qu'on voudra de ces confessions de foi : quoiqu'elles se soient déclarées contre les semi-pélagiens, on peut encore étre ou n'étre pas de cette secte. Ainsi il en faut toujours revenir au fond; et les censures lancées sur le fondement de ces confédérations arbitraires ne regardent qu'une police extérieure de l'Eglise, qui ne géne en aucune sorte la liberté intérieure de la conscience,
xx. Il en faut dire autant de tous les synodes, et méme de celui de i us Dordrecht, le plus authentique de tous. A quelque autorité qu'on demo s'efforce de l'élever dans la Réforme, le plus rigide des intolérans, es, et de
cli de C'est-à-dire M. Jurieu, se contente qu'on lui accorde que ce sy-
Dordrecht ettouteen node « a pu obliger, non tous les membres de sa société, mais au
n'est pas
we ji Moins tous ses docteurs, prédicateurs et autres gens qui se meslent
pour les
prélendus d'enseigner, sans pourtant obliger à la mesme chose les autres
au en églises et les autres communions ?. » Ses décrets ne sont donc pas
Tw. une règle de vérité proposée à tout le monde, mais une police
7"* extérieure du calvinisme, qui selon les principes de la Réforme ne peut lier les consciences.
Ainsi les indifférens ont gagné leur cause contre les SyRodes et les confessions de foi : et à parler sincèrement, il ne faudroit les presser que par l'Eeriture selon les anciens principes de la Réforme.
xut Venons au second principe des indifférens : L’Ecriture pour i des obliger doit être claire. Ce principe n'est pas moins indubitable ürée 4c dans la Réforme que le précédent, puisque c'est sur ce fondement Edge: qu'elle a tant dit que l’Ecriture étoit claire, et qu'il n'y avoit per-
elte n . . 4 . x9 X We les Sonne, pour occupé ou pour ignorant qu'il fût, qui n'y püt trouver
met à cou-
vert ds les vérités nécessaires, en considérant par lui-même attentive-
attaques
de 14 né- ment les passages et les conférant avec soin les uns avec les autres.
1 Hist. des Var., liv. XIV, n. 83, 84. — ? Jurieu, Sur les méthodes, sect. xvii,