‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 397 sur 588 · A L'ABBÉ LEDIEU · texte numérisé non relu

A L'ABBÉ LEDIEU

À bord du Foudroyant, le 11 octobre 1703.

Jai recu, Monsieur, la réponse de Monseigneur l’évêque de Meaux. Je me donne l'honneur del'en remercier par cet ordinaire ; mais je vous dois aussi un remerciement de me l'avoir procuré, et de l'attention que vous avez bien voulu avoir à lui parler de ma question pour l'engager à y répondre. On ne peut étre plus sensible que je suis à la bonté avec laquelle il le fait, ni plus pénétré des lumières avec lesquelles il a bien voulu m'instruire. Si par hasard , dans les promenades des Tuileries ou les autres qu'il fera cet automne, la conversation retomboit encore sur la méme question, et que vous puissiez lui pouvoir faire une nouvelle difficulté sans crainte d'altérer sa santé, à laquelle rien n'est plus contraire que le trop d'application, je vous prierois de vouloir bien lui dire que le fond de l'objection consiste à dire que la prophétie d'Isaie, dont il s'agit, non-seulement n'éclaircit point les Juifs et ne leur montre point que Jésus-Christ étoit le Messie , et c'est à quoi notre admirable et respectable prélat a divinement répondu, mais que cette méme prophétie les aveugle et leur fournit un argument auquel il leur étoit impossible de trouver la réponse, et c’est sur quoi je désirerois qu'il eût la bonté de m'instruire. Car Isaie disant positivement que le Messie doit naître d'une vierge, et Jésus-Christ paroissant aux yeux de tout le monde êtré né d'une femme mariée, il s'ensuivroit qu'ils pouvoient conclure que Jésus- Christ n'étoit pas le Messie et qu’ils ne pouvoient le reconnaitre pour tel sans démentir la prophétie. Il est méme si vrai que cela leur pouvoit passer par l'esprit, qu'ils en fontl'objection eux-mémes

en disant : « Lorsque le Messie viendra , on ne s'aura d’où il est venu ; mais pour celui-là nous savons parfaitement d'oü il vient.» C’est sur cela, Monsieur, que je désirerois fort être instruit; mais je désire avant toutes choses et préférablement à tout, que l'on ne propose rien à Monseigneur l’évêque de Meaux qui puisse le moins du monde, comme j'ai déjà eu l'honneur de vous dire, altérer sa santé par quelque application que ce puisse étre. Ainsi je vous laisse le maitre de supprimer ma difficulté qui ne vaut assurément pas la moindre peine que cela pourroit lui donner. Je suis de tout mon cour,

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