XIX. Profonde sagesse de Dieu dans cette dispensation
Il ne faut point douter qu'il n'en ait été de méme de beaucoup d'autres prophéties. La conduite du Saint-Esprit dans les prophéties est un grand mystère. Dieu qui excite, quand il lui plait, l'esprit des prophètes, par la suite du même mystère excite aussi, quand il lui pláit, l'esprit de ceux qui les doivent entendre ; quelquefois méme une prédiction révélée à un prophète, selon l'ordre de la Providence , a besoin d'un autre prophète pour l'expliquer. Ainsi Daniel, « l'homme de désirs *, » jeünoit et prioit pour en-
1 Joan., XIL, 16. — ? Zach., 1x, 9.:— * Joan., xit, 16. — * Dan., 1x, 22.
tendre ce que Dieu avoit révélé à Jérémie sur les septante ans de la captivité de son peuple. Il y a des prophéties dont il plait à Dieu que le sens soit clairement entendu lorsqu'elles s'accomplissent : les prophètes, quand il lui plaît, parlent sans énigmes. Dans le dessein que Dieu avoit de faire entendre à Cyrus qu'il vouloit se servir de lui pour la délivrance de son peuple et pour le rétablissement de son temple, il le fait nommer par son nom à Isaïe plusieurs siècles avant la naissance de ce prince ?; et ainsi il lui donna lieu de commencer son édit par ces paroles : « Voici ce que dit Cyrus :... Dieu m'a commandé de rétablir sa maison dans Jérusalem ?. » Mais voyons s'il en est ainsi de toutes les autres prophéties, je dis méme des plus expresses. La persécution d'Antiochus, par combien de vives couleurs étoit-elle marquée dans Daniel*? On y en voit le temps, la maniére, les circonstances particulières, le caractère du persécuteur, toute son histoire circonstanciée, son audace, ses blasphémes, sa mort. Cependant nous ne lisons pas qu'on ait pensé à la prophétie quand elle s'accomplissoit. Nous avons deux livres divins, qui sont les deux livres des Machabées, où cette persécution et toutes ses circonstances sont écrites fort au long. Nous avons l Histoire de Josèphe, qui nous en apprend beaucoup de particularités mémorables. Nous avons dans saint Jérôme, sur Daniel, des extraits de beaucoup d'historiens qui ont écrit de ces temps-là ; en tout cela il ne paroit pas qu'on ait seulement songé à la prophetie de Daniel: cependant on appliquoit à l'état oü se trouvoit alors le peuple juif le psaume rxxvir. On connoissoit Daniel, et on trouve dans les Machabées deux endroits tirés de son livre: mais pour sa prédiction, on n'en parle pas : elle n'en est pas moins constante, et il y a démonstration plus que morale de son véritable sens. Bien plus, et les livres des Machabées et ceux de Josèphe nous marquent si fort en particulier tous les faits qui la justifient, qu'on ne peut point douter de son intelligence : cependant on ne voit en aucun endroit qu'on tournát les yeux de ce cóté-là, Mais pourquoi donc, dira-t-on, étoient faites ces prophéties qu'on n'entendoit pas dans
1 Jerem., XXV, XXIX. — ? Isa., XLIV, XLV, XLVI. —
3 [I Paralip., xxxvr, 22, 23; 1 Esd., L 2. — * Dan., vit, VIII, D.» » 44, 49;
X, XI. — 5I Mach., vit, 17; ibid., 1i, 59, 60.
le temps qu'on en avoit le plus besoin, c'est-à-dire lorsqu' elless'accomplissoient? Ne demandons point de pourquoi à Dieu : commencons par avouer un fait constant, et par adorer la secrète conduite de son Saint-Esprit dans la dispensation de ses lumiéres : mais aprés l'avoir adorée, nous verrons bientót qu'elle a ses raisons; et outre celles qui passent notre intelligence , en voici une qui touchera les enfans de Dieu qui aiment sa sainte parole : c'est que pendant que les uns accomplissoient et exécutoient cette prophétie ; pendant que les autres écrivoient ce qui s'étoit fait pour l'aecomplir et en faisoient pour ainsi dire, par ce moyen, un commentaire trés-clair sans y penser : Dieu préparoit cette preuve, pour faire sentir dans un autre temps la divinité de son Ecriture ; preuve d'autant plus convaincante, qu'elle venoit naturellement et sans qu'on püt soupconner ceux qui la donnoient d'étre entrés le moins du monde dans ce dessein.