‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 433 sur 588 · EXPLICATION DU CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

EXPLICATION DU CHAPITRE PREMIER

Apocalypse : c'est la méme chose en grec que révélation en francois.

De saint Jean, apôtre : le grec l'appelle ici le Théologien, qui est le titre ordinaire que les saints docteurs de l'Eglise d'Orient donnent à cet apótre, à cause de la sublimité de la doctrine de son Evangile, où plus que dans tous les autres, et dès le commencement, est proposée la théologie de la naissance éternelle de Jésus-Christ.

1. La révélation de Jésus-Christ : on voit ici que Jésus-Christ est le véritable auteur de cette prophétie, selon qu'il est remar-

(a) Grec. : Que tu as vus, 1 :

CHAPITRE I. 354 qué, pref., n. 1. C'est donc ici la prophétie de Jésus-Christ même; ce qui donne beaucoup de dignité à ce livre.

Que Dieu lui a donnée : à Jésus-Christ, qui en effet parle et ordonne presque partout : qui apparoit à saint Jean et lui parle dés le commencement de ce chapitre, verset 13, et qui dit encore à la fin du livre : « Moi Jésus, j'ai envoyé mon ange pour vous rendre témoignage de ces choses dans les Eglises, » xxr, 16.

: Qui doivent arriver bientôt : c'est ce que saint Jean répète souvent, comme dans ce chapitre, vers. 3, oü il dit : « Le temps est proche; » et encore plus expressément, xxi, 10 : « Ne scelle point les paroles de la prophétie de ce livre, car le temps est proche ; » au lieu qu'il est dit à Daniel, vur, 26; xm, 4, 9 : « Scelle la prophétie, car le temps est éloigné : » par où le Saint-Esprit nous fait entendre que si les choses qu'il révéloit à Daniel devoient arriver longtemps aprés, il n'en étoit pas ainsi de celles qu'il révéle à saint Jean. Nous verrons en effet que ce saint apótre prédit la suite des événemens qui alloient commencer à paroitre incontinent aprés lui.

En envoyant son ange : c'est Jésus-Christ qui envoie l'ange à saint Jean pour lui annoncer l'avenir. Ainsi Jésus-Christ est le prophète, l'ange est son interprète et le porteur de ses ordres à saint Jean; et saint Jean est l'écrivain sacré choisi pour recueillir cette prophétie et l'envoyer aux églises.

2. Qui a rendu témoignage à la parole de Dieu : par la prédication, comme les autres apôtres; car il n'avoit point encore écrit son Evangile.

De tout ce qu'il a vu : c'est l'ordinaire de saint Jean, d'avertir toujours qu'il écrit de Jésus-Christ ce qu'il en a vu. « Nous avons vu sa gloire,» Jean, 1, 14. Et encore : « Celui qui l'a vu, en a rendu témoignage, » Ibid., xix, 35, etdans la [°° épitre: «Ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons considéré attentivement et que nous avons touché de nos mains, touchant la parole de vie, » c’est ce que «nous vous annoncons, » / Jean, 1, 4. Saint Jean se désigne donc dans son Apocalypse par son caraetère le plus ordinaire, afin qu'on ne doute pas qu'il ne soit l'auteur de cette prophétie.

3. Heureux celui qui lit : on ne pouvoit rien dire de plus fort pour concilier l'attention et attacher le chrétien à la lecture de ce livre, où il trouvera en effet de sensibles consolations.

Et garde les choses qui y sont écrites : principalement contre l'idolátrie. <

Car le temps est proche : le temps de la tentation et des grandes persécutions va arriver, et il est temps que les églises s'y préparent.

4. La grace et la paix soient avec vous. C’est une manière de saluer très-familière aux Hébreux : mais d’une force particulière parmi les fidèles, parce que la vraie grace et la vraie paix leur est donnée par Jésus-Christ.

De la part de celui qui est, grec : àz» où 6 ó», dont le nom est : « Celui qui est, » Exod., 11, 14; et saint Jean ajoute : « Qui étoit, et qui doit venir : » pour spécifier davantage toutes les différences des temps. « Qui étoit : » c’est la marque de l'éternité qui n'a pas de commencement, où, quelque temps qu'on marque, il étoit : c'est ainsi qu'est désignée l'éternité du Verbe : « Au commencement le Verbe étoit, » Jean, 1, 1; où, si l'on disoit qu'il a été, il sembleroit qu'il ne fût plus. « Qui doit venir;» grec : qui vient : pour marquer que c'est bientót. Ainsila Samaritaine : « Le Christ vient, » Jean, 1v, 25, c'est-à-dire il va venir. Saint Jean ne dit point « qui sera, » mais «qui vient; »"car il n'y a de futur en Dieu que par rapport à ses œuvres.

De la part des sept esprits : les interprètes et les Pères mêmes sont partagés sur ce passage : quelques-uns entendent le Saint- Esprit, par rapport à ce qui est écrit dans Isaie, xt, 2 : « L'esprit du Seigneur, lesprit de sagesse, d'entendement, » etc.; oü le Saint-Esprit, un dans sa substance, est comme multiplié en sept, à cause qu'il se distribue par sept dons principaux. D'autres entendent sept anges qui sont représentés comme les premiers, To0b., XIt, 15, par rapport aux sept principaux seigneurs du royaume de Perse, Esth., 1, 4. Et on voit dans ce livre-ci méme, «les sept lampes brülantes, qui sont les sept esprits de Dieu,» 1v, 5; -« les sept cornes et les sept yeux de l'Agneau, qui sont encore les sept esprits de Dieu envoyés par toute la terre,» v, 6; et plus ex-

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