‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 434 sur 588 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

pressément «les sept anges qui sont devant Dieu,» vin, 9.

En faveur de la premiere interprétation, on dit qu'il est malaisé d'entendre que sept anges soient les sept cornes, c'est-à-dire la force; et les sept yeux, c'est-à-dire la lumière de l'Agneau : au lieu qu'en parlant du Saint-Esprit par rapport à ses sept dons, tout semble mieux convenir; et on entend très-bien que ces sept esprits, c'est-à-dire ces sept dons, sont envoyés par l'Agneau dans toute la terre, parce que c'est par Jésus-Christ que les dons du Saint-Esprit sont répandus.

Il y a pourtant ici un grand inconvénient. Car, outre que c'est sans exemple qu'on personnifie en cette sorte les dons de Dieu, en saluant de leur part comme d'une personne distincte les fidèles et les églises, on voit encore que ces sept esprits sont mis ici « devant le trône de Dieu,» vur, 2, et qu'ils sont comme «sept lampes brülantes devant le trône de Dieu, » rv, 5. Or il convient au Saint- Esprit d'étre dans le tróne et non pas devant le tróne, comme un simple ornement du temple de Dieu. Et on pourroit dire que les sept anges sont les cornes et les yeux de l’Agneau , au méme sens que les magistrats principaux sont les yeux du prince et les instrumens de sa puissance; ce qui méme convient à des anges plutót qu'au Saint-Esprit, égal au Fils.

On a pu voir dans la réflexion aprés la préface, ce que saint Jean nous a enseigné de la grande part qu'ont les anges à notre salut : c'est ce qui lui a donné lieu de nous saluer en leur nom, et de nous souhaiter de si grands biens de leur part. Voyez encore sur ces sept esprits, chap. ri, 4.

Ceux qui ne trouvent pas bon qu'on mette les anges avec Dieu et avec Jésus-Christ, ont oublié ce passage de saint Paul : « Je vous conjure devant Dieu, devant Jésus-Christ et les saints anges, » I Tim., v, 21.

Que si l'on met Jésus-Christ aprés, ce peut étre en le regardant selon sa nature humaine, par laquelle il est mis « un peu plus bas que les anges,» selon le psaume vi, et selon saint Paul, Hebr., 11, 7, 9; et néanmoins en le relevant aussitôt après par des éloges dignes de lui. Mais il y a, outre cela, dans cet endroit de

YApocahjpse, une raison particulière de mettre Jésus-Christ le dernier pour mieux continuer le discours. |

6. Et nous a faits le royaume et les sacrificateurs de Dieu: selon ce que dit saint Pierre : « Vous êtes le sacerdoce royal, » I Petr., 1t, 9. Et encore : « Vous êtes le saint sacerdoce pour offrir à Dieu des sacrifices spirituels agréables par Jésus-Christ, » Ibid., 5. C'est ce que saint Jean répète souvent, Apoc., v, 10; xx, 6. Le grec : Vous a faits rois et sacrificateurs : c'est le méme sens; car nous sommes le royaume de Dieu, parce qu'il régne sur nous : et par là nous régnons non-seulement sur nous-mémes, mais encore sur toutes les créatures que nous faisons servir à notre salut. Et comme saint Pierre entend que nous sommes sacrificateurs, lorsqu'il nous appelle sacerdoce; ainsi quand saint Jean dit que nous sommes le régne ou le royaume de Dieu, il entend aussi par là qu'il nous fait rois:

7. Et ceux qui l'ont percé, selon ce qui est dit par le prophète : « Ils verront celui qu'ils ont percé, » Zach., xit, 40. Ce passage de Zacharie est rapporté par saint Jean dans son Evangile, Joan. , x1x, 37. Ceci regarde son second avénement.

Amen : Manière d'assurer parmi les Hébreux, très-commune dans l'Evangile et dans la bouche du Fils de Dieu.

8. Je suis l'alpha et l'oméga, le commencement et la fin : celui par qui tout commence, celui à qui tout se termine, que nul ne précéde, à qui nul ne succéde : ce qui est encore répété, Apoc., xx1, 6; xxir, 13. L'alpha et l'oméga sont la première et la dernière lettre de l'alphabet grec, comme tout le monde sait.

9. Moi Jean, votre frére, qui ai part à lu tribulation... Le martyre de saint Jean, lorsqu'il fut jeté dans une chaudière d'huile bouillante, n'est ignoré de personne, et on en trouve l'histoire dans Tertullien et dans les autres Pères. « J'ai été en l'ile nommée Patmos; » incontinent aprés qu'il eut été jeté dans l'huile bouillante, comme le méme Tertullien et les autres l'ont raconté. Saint Irénée marque distinctement le temps de l'Apocalypse par ces paroles précises : «Il n'y a pas longtemps que l'Apocalypse ou la révélation a. été vue (par saint Jean), et cela est arrivé

! De Præsc., XXXV1; Iren., V, xxx.

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