CHAPITRE I
presque de notre temps sur la fin du règne de Domitien *;» ce qui rend cette date très-certaine, à cause que saint Irénée en étoit trés-proche, comme il le remarque lui-même, et d'ailleurs trèsbien instruit des actions de saint Jean par saint Polycarpe, disciple de cet apótre, avec qui saint Irénée avait conversé, comme il le raconte ?.
Saint Clément d'Alexandrie?, trés-ancien auteur, s'accorde parfaitement avec lui, aussi bien que Tertullien, qui met clairement l'exil de saint Jean aprés qu'il eut été jeté dans la chaudière bouillante *. Or cela ne peut étre arrivé que dans la persécution de Domitien, la précédente, qui fut celle de Néron, n'étant signalée par le martyre d'aueun autre apótre que par celui de saint Pierre et de saint Paul.
Quant à ce que saint Epiphane met l'exil de saint Jean à Patmos au temps de Claudius ?, il est seul de son avis : il ne le soutient par aucune preuve; son autorité ne peut être considérable à comparaison des auteurs beaucoup plus anciens que lui, dont nous avons vu le témoignage, et surtout à comparaison de saint Irénée, qui est presque contemporain de saint Jean. Aussi Eusèbe, saint Jéróme et tous les autres anciens et modernes ont-ils suivi saint Irénée *. On sait d'ailleurs que saint Epiphane est peu exact dans l'histoire et pour les temps. Ce qui pourroit l'avoir trompé, c'est ce qui est écrit dans les Actes, que Claudius chassa de Rome les Juifs? : mais cela méme fait contre lui, parce que si on écrit que Claudius chassa les Juifs de Rome, on n'écrit pas qu'il leur fit souffrir aucun supplice, et encore moins celui de la mort, comme il faudroit qu'il eût voulu faire à saint Jean, puisque constamment c'est après cette chaudière bouillante qu'il fut relégué à Patmos; outre qu'il y a grande différence entre une simple relégation hors de Rome, telle qu'on la voit dans Aquila, et une déportation dans une île, comme elle arriva à saint Jean; et il n'y auroit pas de raison qu'Aquila füt avec saint Paul tranquillement à Ephése dans une si belle ville, pendant que saint Jean auroit été banni dans
1 Jren., V, irr. — ? Idem., Epist. ad Florin., apud Euseb., V, xix, et in op. S. Iren., p. 340. — ? Clem. Alex., Quis dives salvetur, n. 49. —* De Præsc., xxxvi. — 5 Epiph., her. Lr; A4/og., XII, 33. — 6 Euseb. III, xvii; Hieronym., De Scrip. Eccl., in Joan., etc. — ? Act., XVII, 2, — 8 Ibid,
une île aussi misérable et aussi éloignée de tout commerce que celle de Patmos.
10. Un jour de dimanche : saint Jean remarque soigneusement qu'il a recu la révélation étant dans la souffrance et en un jour de dimanche, au jour consacré à Dieu et à la dévotion publique.
Une voix : les voix que saint Jean entend viennent de divers endroits. Il en vient de Jésus-Christ méme, comme ici, et encore iv, 4, ilen vient des anges, et c'est ce qu'on voit presque partout. Ilen vient des quatre animaux ou des vieillards en divers endroits; mais trés-souvent il en vient dont saint Jean dit en général qu'elles partent du tróne, ou du temple, ou de l'autel, ou du ciel, sans l'intervention d'aueun ange ou d'aucune autre eréature , comme Vi, 6; 1x; 43; x, 4,85 x1, 195 xu, 10; x1v; 135; xv 15475 xvut, 4; xix, 5; etlàil faut remarquer quelque chose qui part de Dieu d'une manière en quelque facon plus immédiate et plus spéciale.
13. Au milieu des sept chandeliers d’or, quelqu'un qui ressembloit au Fils de l'homme : Jésus-Christ paroit dans cette prophétie en diverses formes qui ont toutes leurs raisons particulières. Entre autres, il paroit deux fois sur un cheval, vr, 2, et xix, 41, c'est quand il va combattre. Ici il marche au milieu des sept chandeliers, qui sont les sept églises pour les gouverner. Voyez aussi n, 4. Qui ressembloit au Fils de l'homme: ce n'étoit pas lui-méme, mais un ange sous sa figure et envoyé par son ordre; ainsi Dan., x, 16 : au contraire saint Etienne dit : « Je vois.... le Fils de l'homme, » Act., vu, 55, « vêtu d'une longue robe et ceint sur les mamelles d'une ceinture d'or. » Cette apparition est
toute semblable à celle que vit Daniel sur le Tigre, Dan., x, 5, par où le Saint-Esprit nous montre le rapport des prophéties du Nouveau Testament avec celles de l'Ancien. Ceint d'une ceinture d'or : l'Eglise interprète cette ceinture d'or de la troupe des Saints 1, dont Jésus-Christ est environné et comme ceint ; et cette “terne est aussi d’un ancien auteur, qu’on croit être Ty-
conius, dont saint Augustin loue Segiconp les interprétations, encore qu'il füt donatiste ?,
! Pontif., in Admonit. ad Subd. — ? Expl. Apoc., hom. I | tom. IX (nune in Append., tom. III.) eta vy ^w d ME t^
CHAPITRRE I. 357.
1A. Ses cheveux étoient blancs comme la laine blanche et comme de la neige. Ainsi paroit « l'Ancien des jours, » Dan., vi, 9. Saint Jean exprime que le Fils est coéternel à son Pére, à qui aussi il disoit : « Glorifiez-moi de la gloire que j'ai eue avec vous, avant que le monde fût, » Joan., xv, 5.
Ses yeux... comme une flamme de feu, terribles, pénétrans.
15. Ses pieds étoient semblables à l'airain fin; ils étoient fermes, ils étoient lumineux et éclatans. Les pieds de Jésus-Christ signifient son avénement, selon cette parole : « Que les pieds (c'est-à-dire l'avénement) de ceux qui nous annoncent la paix sont agréables! » /sa., ri, 7.
16. De sa bouche sortoit une épée à deux tranchans.... C'est sa parole, « plus pénétrante qu'une épée à deux tranchans, » Hebr., IV, 12, par laquelle, comme dans une anatomie, les plus secrétes pensées sont découvertes pour ensuite étre jugées.
17. Je suis le premier et le dernier : celui par qui tout a été créé au commencement, et tout renouvelé dans la fin des temps, Béde. Comme il a été dit de Dieu: « Je suis l'alpha et l'oméga, le commencement et la fin, » verset 8; et encore en Isa., xut, 4 : « Moi le Seigneur, je suis le premier et le dernier;» et encore : «Je suis le premier et le dernier; et il n'y a de Dieu que moi, » Ibid., xuvv, 6. Ainsi c’est une qualité manifestement divine que Jésus-Christ s'attribue ici.
18. J'ai été mort, mais je suis vivant...; et j'ai les clefs de la mort ; parce que j'ai vaincu la mort en ressuscitant, j'en suis le maitre; je renferme qui je veux, et je tire qui je veux de son empire. Jusqu'ici saint Jean a comme ouvert le théâtre et préparé les esprits à ce qu'on doit voir : l'exercice des fonctions prophétiques va commencer dans le chapitre suivant.