CHAPITRE VII
verset 14. Plusieurs raisons nous persuadent que saint Jean veut ici parler principalement des martyrs qui devoient souffrir dans l'Empire romain, et durant les persécutions qu'il décrira dans ce livre : c'est ce qu'on verra, Apoc., xx, 4. Il ne faut pas hésiter à dire avec les saints Péres que le nombre de ces martyrs fut immense, surtout dans la dernière persécution, qui fut celle de Dioclétien : et c'est un soin superflu de se tourmenter avec quelquesuns à diminuer le nombre des martyrs et les trophées de l'Eglise, ou plutót ceux de Jésus-Christ méme.
De toute nation , de toute tribu. Ce n'étoit pas seulement des douze tribus d'Israël, comme ceux qu'on avoit comptés auparavant. Saint Jean aprés avoir vu les saints tirés des Juifs, voit ensuite ceux qui viendront des gentils: ce qui confirme que c'est à la lettre quil a pris les Juifs dans le dénombrement précédent. Savoir si les élus tirés des gentils sont aussi du nombre de ceux pour qui Dieu suspend sa vengeance, au chapitre vi, verset 11, je n'ai pas besoin de l'examiner. Il me suffit que les élus tirés des Juifs soient ceux que saint Jean nous montre d'abord, ou plutót les seuls quil nous montre dans ce chapitre comme expressément marqués; ce qui suffit pour nous faire voir que ce chapitre et le suivant, qui y est lié, regardent les Juifs: c'est aussi pour cette raison qu'il n'y est parlé ni d'idoles, ni d’idolâtrie; ce qu'on ne manque pas de faire aussitót qu'il s'agit des gentils, comme la suite de la prophétie le fera paroitre, à commencer par le verset 20 du chapitre 1x.
Au reste il est bien certain que le plus grand nombre des martyrs devoit dans la suite venir des gentils. C'est aussi une des raisons pourquoi saint Jean ne les réduit pas à un nombre certain et précis, comme il avoit fait les Juifs; mais au contraire qu'il dit qu'on ne le pouvoit compter : ce qui toutefois n'empéche pas qu'en cet endroit il n'ait principalement les Juifs en vue, comme il nous l'a fait assez connoitre.
19. En disant : Amen : comme avoient fait les quatre animaux, v, 14. Cet Amen répété deux fois par le chœur des anges, marque une éternelle complaisance de tous les esprits célestes dans l'accomplissement des ceuvres de Dieu. Plus le reste du chapitre est
intelligible, plus il mérite d’être médité, pour se laisser pénétrer le cœur des bontés de Dieu et de la félicité de ses saints.