‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 474 sur 588 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

toit plus qu'à nous dire de quel peuple devoient être tirés ceux en faveur desquels la vengeance de Dieu étoit suspendue; et saint Jean nous apprend ici que ce sont ceux qui furent marqués, c'est-à-dire constamment les Juifs.

C'est qu'il y avoit dans Jérusalem une église sainte de cette nation, qui y avoit subsisté même depuis la ruine du temple, et qui y fut conservée jusqu'au temps d'Adrien, sous quinze évéques tirés des Juifs convertis, comme on a vu dans l'Histoire abrégée, n. 4. Il y venoit beaucoup de Juifs; et lorsque tous ceux que Dieu avoit élus pour y entrer furent venus, les Juifs alors furent dispersés et exterminés de la Judée. On voit donc les sceaux levés, etle livre ouvert, c'est-à-dire les conseils de Dieu révélés. On voit sur qui doit tomber d'abord la colère du juste Juge, et ce sont les Juifs. On voit pourquoi on diffère de venger le sang des martyrs, et d'ou se devoit tirer un si grand nombre de leurs fréres qu'il falloit remplir auparavant, Apoc., vi, 9, etc.

Cent quarante -quatre mille. On doit voir avec beaucoup de consolation ce grand nombre de saints qui devoient sortir des Juifs ;- et cela s’accorde très-bien avec ce que saint Jacques disoit à saint Paul : « Vous voyez, mon frére, combien de milliers de Juifs ont cru, » Act., xx1, 20. Ce qui fut continué dans la suite et tant que Dieu conserva dans Jérusalem une Eglise formée de Juifs convertis. Ainsi comme dit saint Paul, la nation n'étoit pas tellement réprouvée, qu'elle ne düt recevoir dans un très-grand nombre d'élus l'effet des promesses faites à ses pères. Rom., xr.

Cent quarante-quatre mille : ce seul endroit devroit faire voir combien se tromperoient ceux qui voudroient toujours s'imaginer un nombre exact et précis dans les nombres de lA pocalypse. Car faudra-t-il croire qu'il y ait précisément dans .chaque tribu douze mille élus, ni plus, ni moins, pour composer ce nombre total de cent quarante-quatre mille? Ce n'est pas par de telles minuties, ni avec cette scrupuleuse petitesse d'esprit, que les oracles divins doivent être expliqués. Il faut entendre dans les nombres de l'Apocalypse une certaine raison mystique, à laquelle le Saint-Esprit nous veut rendre attentifs. Le mystère qu'il veut ici nous faire entendre, c'est que le nombre de douze, sacré dans

la Synagogue et dans l'Eglise, à cause des douze patriarches et des douze apótres, se multiplie par lui-méme, jusqu'à faire douze mille dans chaque tribu, et douze fois douze mille dans toutes les tribus ensemble, afin que nous voyions la foi des patriarches et des apôtres multipliée dans leurs successeurs; et dans la solidité d'un nombre si parfaitement carré, l'éternelle immutabilité de la vérité de Dieu et de ses promesses. C'est pourquoi nous verrons ensuite, Apoc., xiv, 1, 3, ce méme nombre de cent quarantequatre mille, comme un nombre consacré à représenter l'universalité des Saints, dont aussi les Juifs «sont la tige, et le tronc béni sur lequel les autres sont entés, » Rom., xt, 17.

5. IL y en avoit douze mille de marqués de la tribu de Juda. Il commence par la tribu de Juda comme par celle qui, selon les conseils de Dieu, avoit donné son nom à toutes les autres et les avoit recueillies comme dans son sein : celle qui avoit recu des promesses spéciales touchant le Messie, et de la bouche de Jacob en la personne de Juda méme, Gen., xixx, 10, et dela bouche du prophète Nathan, en la personne de David, II Reg., v1; celle enfin d'oü le Sauveur venoit de sortir : c'est pourquoi on l'a nommé « le Lion de la tribu de Juda, » Apoc. v, 5.

Il n’y a plus rien à remarquer dans tout le reste du dénombrement, sinon que Dan y est omis, et que Joseph y paroit deux fois pour accomplir le nombre des douze tribus; une fois en sa personne, verset 8, et une autre fois en celle de Manasses, son fils, verset 6. Quelques Péres ont cru que Dan étoit omis expres, parce que l'Antechrist devoit naitre de sa race. Peut-étre ne faut-il entendre ici autre chose, si ce n'est que saint Jean voulant remarquer la bénédiction de Joseph, dont les deux enfans , Ephraim et Manassès ont été considérés dans le partage de la terre promise comme faisant chacun une tribu, il a fallu omettre Dan pour conserver le mystère du nombre de douze.

9. Apres cela, je vis une grande troupe que personne ne pouvoit compter : cette troupe innombrable paroit étre la troupe des saints martyrs, à cause des palmes qu'ils portent dans leurs mains, comme des combattans qui ont remporté la victoire, et à cause aussi qu'il est dit qu'ils viennent d'éprouver une grande affliction,

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