‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 493 sur 588 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

41. Alors il me dit : Il faut encore que tu prophétises aux na-

tions, aux peuples, aux hommes de diverses langues, et à plusieurs rois.

Les jugemens cachés, et les jugemens découverts : la douceur et l'amertume du livre.

1. Je vis un autre ange... La derniére vengeance va étre ici proposée comme prochaine par des menaces terribles. C'est un ange fort, qui va frapper fortement; et sa face qui éclate comme " le soleil, marque une vengeance éclatante.

2. Il avoit à la main un petit livre ouvert. Notez que ce n'est plus ici le livre fermé de sceaux dont le mystère est caché : les sceaux sont levés, et les six premières trompettes ont révélé une grande partie de cet admirable secret. L'ange paroit donc ici avec un petit écrit ouvert en sa main : c'est la sentence déjà prononcée et préte à s'exécuter.

Le pied. droit sur la mer... L'Empire est foulé aux pieds et affoibli par mer et par terre.

3. Et il cria... Le rugissement du lion, dans le style prophétique, est partout la menace d'une vengeance prochaine.

Sept tonnerres firent éclater leurs voix... C'est encore la vengeance plus prochaine.

4. Scelle ce qu'ont dit les sept tonnerres. Outre les jugemens que Dieu nous découvre par ses prophétes, il y en a de cachés, qui souvent sont les plus terribles.

5. L'ange...levala main...6. Et il jura... Dans Daniel, ch. xit, 7, l'ange qui jure, léve les deux mains; mais celui-ci en avoit une occupée à tenir la sentence. Qu'il m'y auroit plus de temps. Ce n’est plus comme auparavant, Apoc., v1, 11; vit, 1, 2, 3, où la vengeance est différée : ici tout est accompli, tout est prêt.

7. Mais qu'au jour que le septième ange..., le mystère de Dieu seroit accompli. Ce mystère, c'est la glorification de l'Eglise et la fin des persécutions par de terribles châtimens des persécuteurs.

8. Va, et prends le livre ouvert. 9. Prends le livre et le dévore.

Le méme en Ezéchiel, 111, 4.

10. LL étoit doux dans ma bouche... Ce livre doux à la bouche et qui fait dans l'estomac l'effet des choses amères, c'est la dernière sentence que l'ange tenoit. Saint Jean s'en devoit ‘remplir pour en annoncer l'effet. D'abord elle est douce, comme le fut à Ezéchiel ce livre qu'il dévora. C'est une consolation de voir la puissance de Dieu exercée sur ses ennemis : mais dans la suite on est affligé de voir tant d'hommes perdus : et il y a ici un sujet d'affliction particulière, en ce qu'on y va voir les souffrances de l'Eglise persécutée.

41. Alors il me dit: Il faut encore que tu prophétises : il faut que tu expliques le détail de cette sentence aux rois et aux peuples, et c'est ce que saint Jean va commencer dans le chapitre suivant : mais il faut avant toutes choses, pour le bien entendre, que nous prenions quelque idée des persécutions de l'Eglise que saint Jean nous va proposer dans les visions-suivantes.

Réflexions sur les persécutions, où l'on en voit l'idée générale et quatre de leurs caractéres marqués par.saint Jean.

I.— Quatre caractères des persécutions marqués par saint Jean, au chapitre XI de Y Apocalypse.

Saint Jean ayant à nous exposer dans la suite les grands châtimens de Dieu sur Rome persécutrice, il commence par expliquer les persécutions qui les ont attirés, et s'arréte principalement à celle de Dioclétien, qui fut la dernière comme la plus violente. Il nous donne donc d'abord dans ce chapitre une idée générale de ces persécutions, et il en remarque quatre choses les plus propres à soutenir le courage des chrétiens, qu'on püt jamais imaginer.

Premièrement, afin qu'on ne s’étonnât pas de voir tant de sang répandu, et ce qui étoit le plus à déplorer, tant d'apostasies durant les persécutions, il fait voir qu'il ne faut pas craindre que le temple de Dieu, c'est-à-dire son Eglise, soit renversée; et qu'au contraire elle demeurera toujours invincible dans ceux qui sont vraiment à Dieu, c'est-à-dire dans ses élus, versets 1, 9*

Secondement il fait voir que quelque grande que soit la haine et la puissance des persécuteurs, il ne leur seroit pas permis de nuire aux chrétiens autant qu'ils voudroient ; mais que Dieu

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