‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 494 sur 588 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

donneroit des bornes à leur fureur , et renfermeroit les persécutions dans un certain temps limité, versets 2, 3.

Troisièmement le même saint Jean fait connoitre que nulle persécution, quelque violente qu'elle soit, n'aura le pouvoir d'empécher ou d'affoiblir le témoignage que l'Eglise doit rendre éternellement à la vérité de l'Evangile, et c'est ce qu'il nous explique par ces deux témoins dont il sera tant parlé dans ce chapitre, versets 3, 4, etc.

La quatriéme chose qui devoit paroitre dans la souffrance de l'Eglise, c'est que la persécution loin de l'éteindre et de l'affoiblir, en devoit toujours augmenter la force et la gloire : de sorte que par la suite des conseils de Dieu, il devoit être réservé à celle de Dioclétien, comme à la plus violente , d'élever l'Eglise au comble de la gloire. C'est aussi ce qui est arrivé, et saint Jean nous le fait entendre dans la glorieuse résurrection de deux témoins, aux versets 12, 13, de ce chapitre.

De ces quatre caracteres des persécutions, celui qui est le plus consolant pour les chrétiens, c'est le second, c'est-à-dire celui qui leur fait voir que Dieu préside secrètement aux conseils des persécuteurs, dont il retient et lâche le bras autant qu'il lui plait : car c'est ce qui fait sentir aux enfans de Dieu que celui qui leur envoie les persécutions, c'est Dieu méme leur bon Père; en sorte que leurs souffrances venues de cette main leur deviennent chéres.

Dieu avoit commencé à faire paroitre cette vérité à ses fidèles dés le temps de l'Ancien Testament par plusieurs exemples, mais principalement dans la persécution :d'Antiochus. Elle fut d'une violence extraordinaire, et il sembloit d'abord que Dieu ne voulüt plus donner de bornes aux souffrances de son peuple. Mais en méme temps il marqua sensiblement le contraire par deux effets surprenans : l'un fut le terme trés-court qu'il voulut donner aux fureurs d'Antiochus, puisque la persécution dura seulement trois ans et demi , ainsi qu'il étoit prédit, Dan. , xu, 7, 44 , et qu'il est aisé de le recueillir, tant des livres des Machabées que de l'histoire de Josèphe ; l'autre qui n’étoit pas moins considérable , c'est que Dieu finiroit la persécution par la punition éclatante de son auteur.

C'étoit le conseil de Dieu d'en user à peu prés de méme avec ses fidèles. Car encore qu'aprés la croix de Jésus-Christ, son Eglise düt étre plus fortement et plus longuement exercée qu'elle ne l’avoit dû être dans le judaïsme, où les promesses temporelles étoient en vigueur : néanmoins il plaisoit à Dieu que les persécutions qu'il faudroit soutenir pour l'Evangile, eussent à peu près les mêmes caractères que celle d'Antiochus, où elles étoient comme dessinées par la main de Dieu, c’est-à-dire premièrement qu’elles fussent courtes et que Dieu y donnât de temps en temps quelque relâche à son peuple; et ce qui n’est pas moins remarquable, qu'elles finissent pour l'ordinaire par un châtiment public des persécuteurs.

On voit en effet ces deux marques du doigt de Dieu presque dans toutes les persécutions. Dieu faisoit sentir à ses enfans affligés, par le repos qu'il leur procuroit de temps en temps , qu'il savoit mesurer leurs souffrances à leurs forces, et comme Jésus- Christ l'avoit dit lui-méme, « qu'il en abrégeoit le temps pour l'amour des élus, » Matth., xxiv, 22.

Les chrétiens ont bien connu ce secours de Dieu durant les persécutions ; et comme on leur objectoit que Dieu les abandonnoit à leurs ennemis, Origene répondoit pour toute l'Eglise, « que ce n'étoit pas les abandonner, mais plutót leur rendre sensible sa protection, que de leur donner de temps en temps le loisir de respirer, en réprimant de telle sorte leurs persécuteurs , qu'on voyoit bien qu'il ne vouloit pas qu'on püt éteindre la race des saints, ni qu'il füt permis àleurs ennemis et aux princes mémes de les affliger au delà d'un certain point, ou d'un certain temps.» Orig., III, Cont. Cels. (Edit. Bened., t. I, n. 8, p. 452.)

II. — Histoire abrégée des persécutions de l'Eglise, qui fait voir que Dieu y mettoit des bornes.

Tout est plein de ces sentimens dans les écrits des saints Pères, et l'expérience en justifioit la vérité. La persécution de Néron , où saint Pierre et saint Paul furent couronnés, finit par sa mort

environ quatre ans aprés qu'il l'eut commencée : : celle de Domi- ! An. Chr. 64, 65, 68.

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