‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 499 sur 588 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Les caractères des persécutions en général : ils sont appliqués en particulier à celle de Dioclétien : saint Jean nous en donne un premier crayon, qui sera perfectionné dans le chapitre suivant.

1. Léve-toi, et mesure le temple... Le commencement de la persécution de Dioclétien est marqué dans tous les auteurs par le renversement des églises que les chrétiens avoient bâties dans une longue paix '. Afin qu'on ne s’en étonne pas, saint Jean nous montre un temple et un autel queles hommes ne peuvent abattre.

Et ceux qui y adorent. Dans cette méme persécution de Dioclétien, il devoit arriver aussi beaucoup de chutes et d'apostasies : mais saint Jean fait voir que tout ce qui est parfaitement au dedaus selon l'élection éternelle, ne périt point.

Mesure le temple de Dieu, et l'autel, et ceux qui y adorent. Ceci représente la société des élus, où tout est mesuré et compté, parce que Dieu ne veut pas que rien y périsse.

2. Mais laisse le parvis qui est hors du temple... Il ny a point de mesure prise pour ce qui est hors de cette société.

Il a eté abandonné aux gentils. La sainte société des élus est inaccessible aux gentils, qui ne peuventla diminuer : mais l'extérieur de l'Eglise leur est en quelque sorte abandonné, et ils y feront d'étranges ravages. Ne croyez donc pas que tout soit perdu quand vous en verrez la profanation. On renversera les églises matérielles; mais il y a un sanctuaire qui n'est pas bâti de main d'homme, et sur lequel aussi la main des hommes ne peut rien.

Les tourmens feront tomber plusieurs chrétiens : mais le fondement de Dieu demeurera ferme. « Et voici le sceau qu'il a : Le Seigneur connoit ceux qui sont à lui, et bienheureux celui qui invoque le nom du Seigneur!» II TZm., 11, 19.

Ils fouleront aux pieds la sainte Cité. Les chrétiens seront sous la tyrannie des infidéles : mais si les infirmes tombent, l'Eglise subsistera dans les forts. C'est la premiére chose que saint Jean remarque dans les persécutions : l'Eglise toujours subsistante.

Quarante-deux mois. Voici la seconde chose qu'il faut remar-

1 V. sup., Réflez., n, 6.

quer : les persécutions de l'Eglise, et méme celle de Dioclétien, quoique la plus longue de toutes, auront un terme préfix et marqué de la main de Dieu.

Pourquoi quarante-deux mois ? Ne retombons pas ici dans la petitesse de vouloir toujours trouver des nombres précis : c'est ici un nombre mystique ; et pour nous en faire connoitre l'importance, saint Jean le répète souvent, comme on va voir.

Et je donnerai à mes deux témoins , et ils prophétiseront. C'est moi qui leur donnerai de prophétiser, c'est-à-dire je leur en donnerai l'ordre et la grace. Mille deux cent soixante jours : c'est les quarante-deux mois dont il vient de parler, à composer les mois de trente jours selon lancienne supputation. Ce nombre mystérieux se trouve encore dans le temps où la femme, c'est-àdire l'Eglise sera nourrie dans le désert, c'est-à-dire dans la persécution. «Elle y sera, dit saint Jean, mille deux cent soixante jours, » xri, 6. Et un peu après : « Elle y sera un temps, des temps, et la moitié d'un temps, » ibid., 14. C'est au style de l'Ecriture, une année, deux années, et une demi-année , en tout trois ans et demi. Et encore au chapitre xur, verset 5, la guerre qu'on fera aux saints doit durer quarante-deux mois. Tout cela sous de différentes expressions, fait le méme nombre d'années, de mois et de jours : car les quarante-deux mois et les mille deux cent soixante jours composent trois ans et demi, etle tout ensemble se réduit au nombre rond de douze fois trente jours. Saint Jean retourne ce nombre en tant de facons par années, par mois et par jours, afin que le lecteur attentif en faisant sa supputation et trouvant toujours le méme nombre, sente enfin que c'est un nombre mystique consacré aux persécutions de l'Eglise, à cause que c'est celui où fut renfermée celle d'Antiochus, qui les figuroit. Et en effet tout ceci est visiblement tiré de la prophétie de Daniel, où lange détermine la persécution d'Antiochus à un temps, deux temps, et un demi-temps, Dan., vi, 95, c'est-à-dire, comme tout le monde en convient, un an, deux ans, et un demian, conformément à ce qui est dit de Nabuchodonosor dans le méme Daniel : «Sept temps passeront sur lui,» c'est-à-dire il passera sept années, Dan., 1v, 13, 22. Selon cette explication du

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