CHAPITRE XI
on ne vient point à un temps complet, ni au but que les persécuteurs avoient espéré, comme il a été dit verset 3.
10. Les habitans de la terre se réjouiront : en faisant entre eux des fétes, comme il est porté dans le texte, et des festins, des réjouissanees. Ces inscriptions qu'on vient de voir, ne permettent pas de douter que l'extinetion du christianisme, dont les gentils se vantoient, ne füt un sujet de joie et de triomphe dans tout l'univers.
Et s'enverront des présens : ce signe de conjouissance mutuelle est marqué parmi les fêtes et les festins, Esíh., 1x, 18, 19, 22. Parce que les deux prophètes les tourmentoient. La prédication de l'Evangile tourmentoit ceux qui vouloient mener une vie sensuelle; témoin le tremblement de Félix, gouverneur de Judée, pendant que saint Paul traitoit devant lui de la justice, de la chasteté et du jugement futur, Act., xx1v, 25. D'ailleurs les gentils attribuoient aux chrétiens tous les malheurs de l'Empire, et ils étoient ravis d'en étre défaits.
41. Aprés trois jours et demi. Les gentils ne jouirent que trèspeu de temps du plaisir de s'imaginer l'Eglise morte et son témoignage éteint; car on la vit se relever plus glorieusement que jamais.
L'esprit de vie entra en eux : le rétablissement d'un peuple abattu est figuré par une résurrection, Ezech., xxxvi.
19. Alors ils entendirent une voix : Montez ici. Et ils montérent dans le ciel... C'est la grande gloire de l'Eglise sous Constantin, incontinent après la grande persécution.
13. Acette méme heure il se fit un grand, tremblement de terre... Dans le temps qu'il plaisoit à Dieu de relever son Eglise, que les paiens croyoient à bas, tout l'Empire fut ébranlé par les guerres des empereurs les uns contre les autres. Maxence, fils de Maximien, établi à Rome et soutenu par Maximin en Orient, est attaqué par Galère et bat Sévère, un autre empereur que Galère envoyoit contre lui. Toute l'Italie est ravagée par les vainqueurs et par les vaincus. Galère court à la vengeance avec une armée immense. Maximien rappelé à l'empire, se brouille avec son fils et avec son gendre, qu'il arme l'un contre l'autre : son gendre, c'é-
toit Constantin, qui marche contre Maxence et le taille en pièces, ce qui le rend maitre de Rome et tôt aprés de tout le monde. La dixième partie de la ville tomba. Cela signifie de grands ravages et de grandes ruines dans tout le corps de l'Empire par ces effroyables mouvemens.
Et sept mille hommes y périrent : c’est dans le nombre parfait la victoire parfaite de Constantin sur Maxence.
Et le resté fut saisi de crainte : quand on vit Constantin victorieux par la croix, en ériger le trophée dans Rome et faire publiquement profession du christianisme.
Et ils donnèrent gloire au Dieu du ciel. Voilà les grandes conversions dont la victoire de l'Eglise fut suivie par tout l'univers. On voit souvent dans l’histoire ‘ durant la dernière persécution, et dans quelques actes des martyrs, ces acclamations du peuple étonné de leur constance : « Le Dieu des chrétiens est grand : » ces cris de joie s'augmentérent quand on vit l'Eglise victorieuse par sa patience et par tant de miracles qui arrivoient tous les jours au tombeau des Saints.
14. Le second malheur est passé. C'est celui des persécutions, et surtout de la derniére, qui fut si sanglante; et ce sont en méme temps tous les maux que Dieu envoyoit au monde pour punir son impiété, à commencer depuis le temps de Valérien jusqu'à celui de Maxence, et de la paix de l'Eglise, comme il paroit, 1x, 14; x1, 5, 6, 13. Mais ce qu'il faut le plus remarquer, c'est que les persécutions dont saint Jean parle tant ici, sont comprises parmi les malheurs publies de tout l'univers, n'y en ayant point de plus grand ni qui en attire tant d'autres que de ne pouvoir souffrirla vérité, comme on le verra encore plus expressément, xir, 192.
Et voilà le troisième qui le suit de près. C'est celui où sera comprise la ruine de Rome idolâtre, comme on verra,dans la suite; mais saint Jean donnera encore quelques chapitres à décrire plus particuliérement les persécutions qui ont attiré à l'Empire un si terrible châtiment,
15. Le septième ange... Le ciel retentit de grandes voix qui disoient : Le royaume de ce monde est devenu le royaume de notre
! Euseb., IX, 1, 8.