CHAPITRE XI
Il ne restoit plus après cela, pour nous marquer toute la suite dela vengeance de Dieu sur ses ennemis , qu'à nous représenter le dernier coup donné tout ensemble à l'idolátrie et à Rome persécutrice : mais comme il devoit être la punition de ses cruautés contre l'Eglise, saint Jean, aprés l'avoir annoncé en général au chapitre x, nous y est encore montré comme le prophète destiné de Dieu à nous en décrire les causes et toute la suite dans les chapitres suivans.
Il paroit par toutes ces choses que l' Apocalypse est comme une histoire suivie des jugemens que Dieu exerce sur les ennemis de son Eglise, en commencant par les Juifs et finissant par les gentils, sans oublier entre deux les hérétiques, à cause des secrets rapports qu'ils ont avec les uns et avec les autres, aussi bien qu'avec l'Eglise elle- méme, pour en exercer et éprouver les vrais fidèles; et cette histoire est suivie, non -seulement par l’ordre des choses, mais encore en quelque facon par celui des temps.
Au chapitre xi commence l'histoire des persécutions romaines, dont nous voyons d’abord quatre caractères. Nous voyons aussi la raison pourquoi saint Jean s'arréte principalement à celle de Dioclétien, qui par la méme suite des conseils de Dieu, devoit tout ensemble et ravager l'Eglise avec le plus de fureur , et en même temps la porter au plus haut point de sa gloire. |
On voit en méme tempsla grande cité qui persécutoit les Saints, c'est-à-dire Rome, dans une commotion si violente, que tout son empire en est ébranlé. Les guerres contre Maxence nous sont ici figurées , et cette suite de choses nous mène au verset 14, où se voit aussi l'accomplissement du second Ye.
On entend aussitôt aprés le son de la septième trompette, où autant qu'on est consolé par le règne de Jésus-Christ, autant eston saisi de frayeur par les menaces qu'on y entend mélées en confusion avec celles du jugement dernier. Mais des choses si importantes y sont dites encore tellement en général, qu'élles doivent dès là nous faire attendre un plus grand éclaircissement dans les chapitres suivans, selon le génie des prophéties et en particulier de celle-ci, où Dieu nous mène comme par degrés dans une plus
grande lumiere et tout ensemble dans une considération plus profonde de ses jugemens. Jj
Tout ceci démontre done que la prophétie de saint Jean, depuis le chapitre rv jusqu'au xvin, où la chute de Rome est marquée avec des traits si percans et si vifs, n'est qu'un seul et méme tissu ; etsaint Jean le marque très-expressément, lorsque dans ce chapitre x1, verset 7, il attribue le massacre des deux témoins à la bête qui s'élévera de l'abime. On n'en avoit point encore oui parler, et on ne la verra paroitre qu'aux chapitres xut et xvii. On ne peut donc pas douter que le chapitre xr n'ait sa relation avec les suivans, et que ce ne soit de là qu'il en faut attendre la parfaite explication.
Les trois Væ sont encore un signe certain pour faire comprendre à un lecteur attentif la liaison de tous ces chapitres, c'està-dire des précédens et des suivans. Car évidemment le premier Ve finit au verset 12 du chapitre 1x, où finit en méme temps ce qui avoit une relation plus particulière avec les Juifs ; et le second Vo qui finit au chapitre xr, verset 14, comprend ce qui devoit arriver aux gentils, à commencer au verset 13 du chapitre 1x , depuis les malheurs de Valérien jusqu'à ceux de Maxence, chapitre xr, verset 14. On nous avertit dans le méme verset que le troisième Væ viendra bientôt. Il faut donc l'attendre encore ; et nous n'en verrons nulle mention que vers la fin de la prophétie, oü nous l'entendrons retentir avec un cri si terrible et si percant, que les plus sourdes oreilles en seront émues.
Il paroit donc encore un coup par tout ceci que toute la prophétie est liée ensemble depuis le chapitre rv jusqu'aux chapitres xvii et xix. Les sceaux nous engagent dans les trompettes. A la quatrième trompette commencent les trois Væ, dont les deux premiers achèvent dans la cinquième et dans la sixième trompette ; et le dernier est réservé à l'explication de l'effet de la seplieme , qui ne paroitra tout entier qu'au chapitre xvi, dont le Xix* est la suite, où aussi nous prendrons soin de le faire entendre,