CHAPITRE XIV. A
3. Ils chantoient comme un cantique nouveau devant le tróne et devant les quatre animaux et les vieillards : e£ nul ne pouvoit chanter (ad) ce cantique, que les cent quarante-quatre mille qui ont été rachetés de la terre.
4. Ceux-ci ne se sont pas souillés avec les femmes, parce qu'ils sont vierges. Ce sont eux qui suivent l'Agneau partout où il va:ils sont achetés d'entre les hommes pour étre les prémices consacrées à Dieu et à l'Agneau.
5. IL nes'est point trouvé de mensonge dans leur bouche, parce qu'ils sont purs devant le trône de Dieu.
6. Je vis un autre ange qui voloit par le milieu du ciel, portant l'Evangile éternel pour l'annoncer aux habitans de la terre, à toute nation, à toute tribu, à toute langue et à tout peuple.
7. Il disoit à haute voix : Craignez le Seigneur (b), et donnezlui gloire, parce que l'heure de son jugement est venue; et adorez celui qui a fait le ciel et la terre, la mer et les fontaines.
8. Un autre ange suivit et dit: Babylone est tombée; elle est tombée cette grande ville qui a fait boire (c) à toutes les nations du vin de la colère de sa prostitution.
9. Et un troisieme ange suivit ceux-ci, criant à haute voix : Celui qui adorera (d) la béte et son image, et qui portera (e) son caractère sur son front ou dans sa main :
10. Celui-là boira du vin de la colére de Dieu, qui est préparé pur dans le calice de sa colère; et il sera tourmenté dans le feu et dans le soufre, devant les saints anges et en présence de l'Agneau.
11. Et la fumée de leurs tourmens s’élèvera (f) dans les siècles des siècles; et il n'y aura (gy) de repos ni jour ni nuit pour ceux qui auront adoré (h) la bête et son image, et qui auront porté (7) le caractere de son nom. í
12. Ici est la patience des Saints (j) qui gardent les commandemens de Dieu et la foi de Jésus.
13. Alors j'entendis du ciel une voix qui me dit: Ecris : Heu-
(a) Grec : Apprendre. — (5) Dieu. — (c) Parce qu'elle a donné à boire. — (d) Adore. — (e) Porte. — (f) S'éléve. — (g) I1 n'y a. — (4) Qui adorent. — (7) Portent. — (j) Ici sont ceux.
reux sont ceux qui meurent (a) dans le Seigneur! dès maintenant (b), dit l'Esprit, ils se reposeront de leurs travaux : car leurs ceuvres les suivent.
14. Et je regardai, et je vis une nuée blanche, et quelqu'un assis sur la nuée, semblable au Fils de l'homme, ayant sur la téte une couronne d'or et en sa main une faulx tranchante.
15. Alors un autre ange sortit du temple, criant à haute voix à celui qui étoit assis sur la nuée: Jetez votre faulx et moissonnez; carle temps de moissonner est venu, paree que la moisson de la terre est müre.
16. Celui done qui étoit assis sur la nuée, jeta sa faulx sur la terre, et la terre fut moissonnée.
17. Et un autre ange sortit du temple qui est dans le ciel, ayant aussi une faulx tranchante.
18. Il en sortit de l'autel encore un autre qui avoit pouvoir sur le feu; et il cria à haute voix à celui qui avoit la faulx tranchante : Jetez votre faulx tranchante, et vendangez les raisins de la vigne de la terre, parce qu'ils sont mürs.
19. Alors l'ange jeta sa faulx tranchante sur la terre, et vendangea la vigne de la terre; et il en fit jeter les raisins dans la » grande cuve de la colère de Dieu.
20. Et la cuve fut foulée hors de la ville; et le sang sorti de la cuve, monta jusqu'aux brides des chevaux par l’espace de mille six cents stades.
La vengeance aprés la prédication longtemps méprisée : la moisson et la vendange : deux coups sur Rome : Alaric et Attila.
1. Je regardai encore et je vis sur la montagne de Sion. Après l'affreux spectacle des persécutions, saint Jean nous fait tourner les yeux vers un objet plus agréable, qui est celui de la gloire des Saints. Cent quarante-quatre mille. C’est le nombre consacré à l'universalité desSaints, encore qu'il semble ne comprendre que ceux des Juifs, sup., chapitre vir. Mais c'est qu'on entend le tout
(a) Grec : Maintenant. — (4) Oui certainement.
CHAPITRE XIV. 497 par les premiers; et que le nombre de douze, racine de celui-ci, est également sacré dans la Synagogue et dans l'Eglise.
Son nom et le nom de son Père, écrit sur le front : en signe de la glorieuse servitude par laquelle ils lui ont été dévoués, comme on vient de voir. « Le nom de Dieu et de Jésus-Christ écrit sur leur front, » figure la profession de la piété chrétienne jusqu'à la fin; et c'est la marque des élus de Dieu.
2. Comme le bruit des grandes eaux, et comme le bruit d'un grand tonnerre, et... comme le son de plusieurs joueurs de harpes. Le bruit des eaux et du tonnerre marque une joie abondante; et celui des instrumens de musique, une joie réglée.
3. Nul ne pouvoit chanter ce cantique; le grec dit : Apprendre. La félicité des Saints « ne monte pas dans le cœur de l'homme , » I Cor., x, 9, et il faut l'avoir expérimentée pour la comprendre.
4. Ceux-ci ne se sont pas souillés avec les femmes, car üls sont vierges. Ce sont des ames innocentes et courageuses, qui ne se sont pas mélées dans les foiblesses humaines : ainsi parle l'Apótre : « Je vous ai promis, dit-il, comme une vierge chaste à un seul Epoux, qui est Jésus-Christ, » II Cor., x1, 2. Ce sens, qui est le littéral, n'empéche pas que saint Jean n'ait aussi voulu tracer quelque chose des prérogatives de ceux qui ont vécu dans une perpétuelle continence, parmi lesquels les saints Péres lui ont donné le premier rang. Saint Augustin leur applique ce passage : « Ils chantent un cantique particulier, comme ils pratiquent une vertu au-dessus du commun : leur joie est d'autant plus abondante, qu'ils se sont plus élevés que les autres hommes au-dessus de la joie des sens‘. » Ils suivent l'Agneau partout où il va, parce que non contens de le suivre dans la voie de ses préceptes, ils le suivent méme dans la voie des conseils : « L'Agneau marche, dit saint Augustin, par un chemin virginal : sa chair, formée d'une vierge, est toute vierge; et il ne pouvoit pas n'étre point soigneux de conserver en lui-méme ce qu'il avoit conservé en sa sainte Mère, méme en, naissant de son sein ?. »
6. Je vis un autre ange qui voloit par le milieu du ciel, portant l'évangile éternel... Aprés que l'Evangile de Jésus-Christ
1 Aug. De sanct, Virg., XXVII, XXVIII , XXIX. — ? Ibid.
eut éclaté avec tant de force au milieu du monde, il étoit temps de punir ceux qui n'y avoient pas voulu croire. C'est aussi ce qui va paroitre. L'évangile éternel, qui ne change plus, à la différence de la loi de Moise, qui devoit étre abrogée et ne pouvoit d'elle-méme « mener les hommes à la perfection, » et à la vie éternelle, Hebr., vit, 19.
7. ll disoit à haute voix. Un premier ange annonce en général les jugemens de Dieu : « L'heure est venue, » disoit-il, de les faire éclater sur Rome persécutrice, dont la punition sera une image du dernier jugement de Dieu.
8. Un autre ange... Cet autre ange explique en particulier la chute prochaine de Babylone, c'est-à-dire de l'Empire et de l'idolâtrie romaine.
Babylone est tombée, elle est tombée... Dans la lumiére prophétique, on voit déjà comme fait ce qui doit être bientôt accompli.
9. Un troisième ange... Celui-ci emploie les menaces des deux autres pour détourner les hommes de l'idolátrie, comme s'il disoit : Elle va tomber avec son empire, cette ville si redoutée; elle va tomber : ne vous laissez pas séduire par ses illusions, ni effrayer par sa puissance.
10. Celui-là boira du vin qui est préparé pur : ce sont les paroles du psaume rxxiv, vers. 9, où le Psalmiste met dans la main de Dieu une coupe pleine de vin pur, qui signifie la vengeance divine, dont les méchans boiront jusqu'à la lie. Devant les saints anges, et en présence de l'Agneau : il n'y a rien de plus cruel que de se voir misérablement périr aux yeux de ceux qui ne demandoient que notre salut.
M. Et la fumée de leur tourment s élévera, comme un sacrifice éternel de la justice divine.
12. ci est la patience des Saints : c’est ici qu'ils doivent apprendre à souffrir des supplices temporels pour éviter les éternels.
13. Qui meurent dans le Seigneur : c'est en général tous les Saints, et en particulier les saints martyrs, qui meurent pour l'amour de lui.